"100 000 variétés de plantes menacées seront protégées d'ici deux ans" L'Américain Cary Fowler dirige le Global Crop Biodiversity Trust. A ce titre, il a coordonné la mise en oeuvre d'un caveau au Spitzberg, près de l'Arctique, destiné à conserver les semences des variétés de plantes cultivées Le 15 février, lors de l'assemblée de la Société des sciences des Etats-Unis, il a annoncé que, d'ici deux ans, 100 000 variétés de plantes en danger de disparition seraient protégées dans ce "coffre-fort". Pourquoi est-il nécessaire de protéger les semences d'espèces cultivées ? Afin de préserver des caractéristiques génétiques dont les sélectionneurs auront besoin dans le futur pour adapter l'agriculture au changement climatique, aux sécheresses, aux maladies, ou simplement pour être plus productive. En cherchant à identifier les collections de semences les plus importantes pour la biodiversité, nous avons découvert que beaucoup des banques de semences sont situées dans des pays en développement, et que les conditions de conservation n'y sont pas souvent bonnes. Et, de surcroît, que de nombreuses collections ne présentent que des exemplaires uniques, qui sont réellement menacés. Comment procédez-vous pour protéger ces semences ? La première étape a été d'identifier les variétés les plus menacées. On a choisi de se focaliser sur 22 espèces de plantes, parmi environ 300 cultivées dans le monde. Ensuite, on a passé contrat avec les banques de graines pour les aider à régénérer les semences avant qu'elles s'éteignent. Techniquement, il faut recultiver les semences et les multiplier - parfois, il ne restait qu'un seul échantillon de la plante. Ensuite, on laisse un échantillon à la banque d'origine, et on expédie un autre échantillon au Spitzberg, dans le caveau des semences, où le froid, l'isolement et les dispositifs assurent une protection maximale. D'ici deux ans, 100 000 variétés uniques de différentes cultures, qui auraient disparu si on n'avait rien fait, seront protégées. Que pensez-vous de la conservation in situ, dans les champs ? Conserver in situ implique un effort répété de génération en génération ; or les semences ainsi cultivées n'ont généralement plus de valeur commerciale, et leur culture ne permet pas de maintenir la rentabilité des exploitations. Un autre problème est que les collections in situ sont vulnérables aux désastres naturels et, dans l'avenir, au changement climatique. Il n'y a pas de compétition entre les deux méthodes, in situ et au froid. Mais y a-t-il assez de soutien pour la conservation in situ ? Non, et pas assez non plus pour les banques de semences. La société néglige ce problème. Qui devrait le faire ? C'est un problème international. Aucun pays n'est indépendant du point de vue de la biodiversité génétique dont il a besoin. C'est encore plus vrai en situation de changement climatique. Aucune communauté de paysans, aucun organisme de conservation, n'a les ressources nécessaires pour s'adapter à ce qui va arriver. Il faut coordonner une approche globale pour conserver cette biodiversité. Combien coûte votre méthode ? Cinquante dollars par variété, soit environ 50 millions de dollars (près de 40 millions d'euros). Vous êtes financé en partie par la Fondation Bill Gates, qui soutient par ailleurs les cultures transgéniques... Nous ne sommes pas impliqués dans les techniques utilisées pour sélectionner les nouvelles variétés. Notre but est simplement de conserver la biodiversité agricole. Celle-ci est le matériau de base des OGM (organismes génétiquement modifiés) aussi bien que de la sélection traditionnelle. Quel que soit l'avenir de l'alimentation, on aura besoin d'une biodiversité des cultures. Par ailleurs, la Norvège interdit l'importation d'OGM, et il n'y en aura pas dans le caveau du Spitzberg.