Course de vitesse contre le diabète. Les chercheurs tentent de prendre de vitesse l'épidémie de diabète qui frappe chaque année 110.000 Français de plus. La Journée mondiale du diabète, dimanche, éclaire les toutes nouvelles avancées. Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune Trouver des alternatives aux injections d'insuline, relancer la production d'insuline, faciliter le contrôle de la glycémie : pour les équipes de chercheurs du monde entier, autant de pistes de recherche pour les diabètes de type 1 et 2. De quoi faciliter grandement la vie des malades, au quotidien. Le Pr Eric Renard, chef du département d'endocrinologie, diabète et nutrition du CHU de Montpellier, détaille les dernières avancées et les travaux en cours. * Pancréas artificiel : le dispositif expérimental est un succès. Cela fait près de trente ans que la quête du pancréas artificiel - un dispositif interne qui délivrerait de l'insuline de façon continue et adaptée automatiquement selon le niveau de glucose dans le sang - motive la communauté scientifique. La difficulté : ajuster les doses aux besoins en temps réel, ce qui nécessite de mesurer en permanence le taux de glucose dans le sang, et de calculer en conséquence la dose adéquate. Où en est la recherche ? Le dispositif est prêt, mais à titre expérimental : un capteur de glucose (une petite aiguille placée sous la peau) mesure le taux de sucre. Le capteur est relié à un logiciel qui calcule la dose d'insuline à délivrer par une pompe et son cathéter. Cette année, l'université de Cambridge a testé avec succès (en particulier la nuit, quand les risques d'hypoglycémie sont importants) un dispositif chez des enfants atteints de diabète de type 1. Six équipes européennes, dont celle du Pr Renard, ont par ailleurs uni leur force au sein d'un vaste projet : « L'objectif est de mettre au point ce pancréas artificiel dans un délai de quatre ans, et qu'il soit fonctionnel jour et nuit, à la maison », explique le spécialiste. * Greffe de cellules : premiers succès sur des cas graves. Dans le diabète de type 1, les îlots de Langerhans, qui contiennent les cellules du pancréas qui sécrètent l'insuline, sont détruits. L'objectif de la thérapie cellulaire est de greffer non pas un nouveau pancréas, mais uniquement ces îlots. Ceux-ci sont récupérés à partir du pancréas d'un donneur, préparés puis perfusés dans la veine porte du foie, où ils vont s'implanter pour sécréter l'hormone. Où en est la recherche ? En 2004, l'équipe du Pr François Pattou (Unité Inserm 859 « Biothérapies du diabète ») a réalisé sa première greffe de cellules pancréatiques. Cinq ans plus tard, 14 autres patients ont bénéficié de cette thérapie, et la majorité d'entre eux n'a plus besoin d'injection d'insuline. En septembre dernier, l'équipe est allée plus loin en réimplantant ces cellules dans le muscle de l'avant-bras d'une patiente devenue diabétique après l'ablation du pancréas. Un an plus tard, ces cellules sécrètent de l'insuline. Un bémol toutefois, précise le Pr Renard : « Comme toutes les greffes, cette méthode implique la prise d'un traitement antirejet, à vie. C'est un traitement lourd, qui peut s'avérer toxique. La greffe est donc réservée aux diabètes de type 1 les plus graves. » * Thérapie génique : pas au point chez l'homme. Il s'agit non pas de greffer des cellules, mais d'activer le gène de l'insuline dans des cellules dont ce n'est pas la fonction première, afin qu'elles produisent l'hormone. Où en est la recherche ? Plusieurs équipes dans le monde travaillent sur le sujet. Une équipe israélienne a réussi à faire produire de l'insuline en activant le gène dans des cellules du foie. chez la souris. « Il ne suffit pas de produire de l'insuline : il faut la produire au bon moment, quand le taux de glycémie est élevé. Les cellules doivent donc être sensibles au glucose », ajoute le professeur. L'application de la thérapie génique en matière de diabète n'est donc pas pour demain. * Le vaccin : rien de concluant. Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune : dans l'organisme, certains lymphocytes T sont anormalement activés et détruisent les cellules du pancréas chargées de produire l'insuline. L'objectif du vaccin serait de stopper ce processus de destruction. Où en est la recherche ? Le vaccin est le Graal de la communauté scientifique depuis plus de vingt ans. Beaucoup de bruit, de fausses annonces, d'essais. En avril dernier, une étude relatait les résultats positifs d'un vaccin pour rétablir une glycémie normale et ralentir la survenue des symptômes. chez la souris encore une fois. « Ces recherches ne sont pas applicables à l'homme, précise le spécialiste. Un vaccin nécessite d'agir en amont, or il n'y a aucun moyen de repérer la plupart des personnes en risque de développer un diabète de type 1. » Piste peu concluante donc. * Contrôler la glycémie sans douleur. Plusieurs fois par jour, les diabétiques doivent prélever du sang, en se piquant le doigt, pour vérifier leur taux de glycémie. Le but : trouver une alternative, moins invasive. Où en est la recherche ? Des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) ont mis au point, au terme de quinze années de recherche, un dispositif de contrôle de la glycémie utilisant le principe de la spectroscopie. Il suffit de poser la sonde infrarouge sur le bras ou le doigt pour estimer le taux de glucose. Il faudra attendre encore quelques années pour valider la fiabilité de cette estimation, et pour que les appareils soient commercialisés. * Les deux types de diabètes. Le diabète est un trouble de l'assimilation, de l'utilisation et du stockage du glucose des sucres apportés par l'alimentation. L'insuline, hormone produite par le pancréas, ne joue plus bien son rôle de régulation du taux de glucose. Dans le diabète de type 1 (10 % des patients), dit insulinodépendant, les cellules qui produisent l'insuline sont détruites. Le traitement consiste en des injections régulières d'insuline. Dans le diabète de type 2, dit non-insulinodépendant ou gras, l'insuline ne joue plus bien son rôle. Des médicaments permettent d'améliorer l'activité de l'insuline produite par le pancréas ou d'en augmenter la production. Mais dans près de la moitié des cas, des injections d'insuline deviennent nécessaires au fil de la maladie. * Clés. Plus de 220 millions : le nombre de personnes diabétiques dans le monde. 4 % : la part de la population française traitée pour un diabète, soit 2,5 millions de personnes. 5,7 % : le taux de progression continue du diabète entre 2000 et 2005. 17 milliards d'euros : le coût estimé du diabète pour l'Assurance maladie. Plus de 32.000 : le nombre de décès liés au diabète (en 2005), soit 6 % de l'ensemble des décès. Source : INVS et OMS.