Troyes Troyes : mystères, légendes et cathédrale La ville de Troyes doit surtout sa réputation au fait d'être devenue au XIXe siècle le premier centre français de bonneterie. Nous ne lui contesterons pas ce titre, mais l'antique cité champenoise retiendra néanmoins essentiellement notre attention pour avoir été, aux XIIe et XIIIe siècles, le centre d'un intense rayonnement intellectuel, artistique et spirituel, héritage d'un intérêt indéniablement supérieur même si, pour le redécouvrir, il faut remonter beaucoup plus loin dans le passé. L'histoire de Troyes apparaît, dès le plus haut Moyen Âge intimement liée à celle de la Champagne. L'ancienne Trecae des Gaulois Tricasses, l'Augusto-bona gallo-romaine devint, au Ve siècle, la capitale d'un comté et un centre religieux important. Très vite, le premier comte de Champagne, Herbert II de Vermandois, parvint à unifier l'ensemble des fiefs situés entre le domaine royal et les terres d'Empire. Ainsi, il parviendra à établir sa suzeraineté sur le comté de Meaux et sur celui de Troyes. Cela intervint juste après une série d'invasions dont les plus retentissantes resteront celles des Normands qui saccagèrent Troyes en 889, puis pillèrent la Champagne jusqu'aux confins de la Lorraine en 926, et celle des Hongrois qui, à leur tour, à deux reprises, pénétreront jusqu'au c£ur de la province, en 926 et 937. DES ÉVÊQUES, DES COMTES, DES MARCHANDS Aussi, le pouvoir féodal ne peut-il se renforcer qu'au détriment de celui des prélats. L'histoire de Troyes conserve le souvenir de la sourde lutte d'influence à laquelle se livrèrent, entre 959 et 960, l'évêque Anségise et le comte Robert. Troyes bat monnaie depuis l'époque carolingienne. Bien sûr, ce privilège sera une nouvelle source de rivalités entre évêques et comtes, querelles le plus souvent réglées par des compromis. Toutefois, il faudra attendre le règne d'Henri Ier pour voir frapper des monnaies exclusivement comtales et sans aucune référence épiscopale. Cela n'empêche pas la ville de s'étendre et de se doter d'une nouvelle enceinte, englobant les églises Saint-Aventin et Saint-Nizier à l'est, Saint-Denis au sud, Saint-Jean-du-Marché, Saint-Rémi, l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains et l'église Saint-Nicolas, près du castel, à l'ouest, tandis que des agglomérations jusque-là éloignées, deviennent des faubourgs de Troyes. Car un phénomène nouveau apparaît : le grand mouvement commercial avec les < foires de Champagne >. Seigneurs et marchands y trouvent avantage commun, et la politique comtale, dans une large mesure, assurera la prospérité de Troyes et des autres villes de foire champenoises. A la fin du XIe siècle, expansion économique et autorité seigneuriale se concilient et se renforcent mutuellement. Le dernier des Vermandois meurt en 1023. Le comté de Troyes, tout comme celui de Meaux, revient à la famille de Blois. Aux XIIe et XIIIe siècles, les comtes de Blois-Champagne figurent parmi les grands feudataires du Royaume et, en 1234, cette même famille recueille le Royaume de Navarre, hérité de Blanche de Navarre, fille de Sanche VI et mère du comte Thibaut IV, dit le Chansonnier. Cette époque chevauchant trois siècles, du XIe au XIIIe, constitue véritablement l'âge d'or champenois qui voit la province tout entière, et Troyes, en particulier, resplendir dans tous les domaines. La Champagne organise six foires annuelles, chacune d'entre elles durant plusieurs semaines. Troyes achève le cycle, avec deux foires consécutives. Les marchands du monde entier s'y rencontrent. Les denrées traditionnelles de l'Occident y côtoient les produits rares venant du monde oriental. Ainsi, Troyes et la Champagne canalisent-elles le mouvement des marchandises et des hommes, entre autres à partir des villes de Flandres et d'Italie du Nord. Et, par la même occasion, celui des idées. En outre, Troyes demeure un centre religieux de tout premier plan. Le chantier de la cathédrale est ouvert en 1208. La cité y trouve un nouvel essor, accueillant ainsi d'innombrables corporations d'ouvriers et d'artisans, des tailleurs de pierre aux imagiers, en passant par les orfèvres... LES SEPT ET LE DÉSERT Sylvestre II Mais le foyer philosophique et spirituel qui, partant de Troyes, embrasera la Champagne, puis la France et l'ensemble de l'Europe occidentale, n'est pas apparu spontanément. Il a couvé durant des dizaines et des dizaines d'années, s'alimentant aux courants les plus divers de la Tradition, née avec l'aube des temps, occultée, métamorphosée, mais toujours maintenue par des âmes prédestinées. Tout commence à se manifester, plus ou moins au grand jour, avec Gerbert, moine d'Aurillac puis archevêque de Reims, avant d'être élu pape sous le nom de Sylvestre II en 999. De ce pontife peu commun, on retiendra essentiellement, pour notre propos, qu'il introduisit une somme de connaissances - mathématiques, entre autres - tout à fait incalculables dans son ordre, celui des Bénédictins. Intervient ensuite saint Robert. Le 20 décembre 1075, il fonde, sous le vocable de Notre-Dame, l'abbaye de Molesme, à l'extrémité orientale de la seigneurie de Maligny, dans la vallée de la Laignes. C'est un site boisé et sauvage, se prêtant parfaitement au dessein de Robert : les moines de Molesme pourront y connaître la pauvreté, à ses yeux pierre angulaire de la pratique religieuse monacale. Hugues de Maligny, ses parents, ses alliés, leurs vassaux, unissent leurs efforts pour constituer la première dotation de l'abbaye. Mais Molesme s'interdit la possession d'églises ou de dîmes : les moines ne doivent vivre que du seul fait de leur propre travail. Notoriété et prestige de l'abbé Robert se répandent dans tout le monde chrétien, suscitant vocations monastiques et attirant clercs étrangers. Les libéralités affluent à l'égard de Molesme, devenu centre de vie monastique, dont le rayonnement s'étend jusqu'au Luxembourg et aux diocèses de Bâle et de Lausanne. Avant que ne s'achève le XIIIe siècle, plus de cinquante seigneurs de l'est de la France ont fait appel à ses moines pour défricher leurs terres et les mettre en valeur, soixante-treize prieurés ont été fondés, dont certains dotes a I égal des abbayes. Robert de Molesme s'éteindra, sa mission spirituelle amplement accomplie, le 17 avril 1111. De plus, la continuité a été soigneusement préparée, en la personne d'Etienne Harding, le nouveau maillon. Né vers 1050 en Angleterre, Etienne Harding avait été élevé au monastère de Sherbone, dans le Dosertshire. Lors de la conquête normande, il s'était enfui en Ecosse avec les autres moines, avant d'entreprendre des voyages à Paris et à Rome. C'est en revenant de ce dernier périple qu'il découvrira Molesme. Subjugué par l'objectif de Robert -rétablir l'austère observance bénédictine- il deviendra rapidement le plus fidèle soutien de l'abbé. Louis J. Okai, qui qualifie Harding de < génie > écrit à propos de sa rencontre avec Molesme : < Lorsque, sur le chemin de retour (de Rome), son attention fut attirée par l'aventure pleine de promesse de Molesme, il possédait tout le savoir et l'expérience qu'il était possible d'acquérir à cette époque. Il avait été élevé dans l'atmosphère du monachisme anglais, riche en traditions celtiques et nouvellement réformé par saint Dunstan d'après les modèles clunisien et lotharingien >. (< Les moines blancs > éd. Du Seuil. Paris. 1957). Et Etienne Harding deviendra l'instrument décisif de développement de Tordre, au service duquel il met son immense sagesse, ses longues méditations silencieuses, son expérience étendue et sa pratique de l'ascèse. Avec Robert, il sera l'un des sept fondateurs de Cîteaux, lorsque, en 1098, celui-ci quitte Molesme pour créer la nouvelle abbaye, à la tête de vingt et un religieux, < se mettant joyeusement en marche pour le désert >. Robert demeurera à la tête de Cîteaux durant seize mois - du 21 mars 1098 jusqu'en août 1099 - avant de regagner Molesme. Aubry lui succède alors à Notre-Dame-de-Cîteaux pour s'éteindre l'année suivante. Et, en 1109, date primordiale, Etienne Harding devient troisième abbé de Cîteaux. Etienne est animé d'un farouche désir de retour aux sources. Il applique la règle de simplicité au moindre détail, réforme la liturgie et fait de son abbaye un centre culturel unique. Mais, surtout, il entreprend une oeuvre colossale : la rédaction de la < Bible de Cîteaux >, figurant à la bibliothèque publique de Dijon. Et, avec Louis J. Okai, on peut, à juste titre, s'étonner : < On a peine à concevoir comment cette petite communauté, dont le monastère était perdu dans la campagne, trouva le moyen d'accomplir des tâches aussi difficiles qu'une réforme liturgique de grande envergure, la réunion d'hymnes authentiques et de mélodies grégoriennes, la révision de la Bible. > LE MAILLON CHAMPENOIS Les quatre volumes, entrepris alors qu'Etienne n'était encore que prieur, merveilleusement illustrés, constituent un véritable chef-d'£uvre de miniatures. Toutefois, l'intérêt de la Bible de Cîteaux réside essentiellement dans l'esprit de correction critique qui présida à sa rédaction. Etienne entendait rétablir le texte original de l'Ancien Testament et, pour ce, il ne se contenta pas de comparer les divers textes latins et d'examiner les différences qu'ils présentaient entre eux : il fit appel à des savants juifs, experts renommés de la Bible. La < Bible de Cîteaux >, nous l'avons vu, se trouve présentement à la bibliothèque publique de Dijon. Son monitoire est daté en 1109... Il est intéressant de rapprocher cette date d'une autre, beaucoup plus connue: 1307, l'arrestation des Templiers. La différence entre les deux, fait apparaître une période de 198 ans, soit le produit de 22 par 9... Simple hasard, Peut-être. Pourtant, si, dans ce rapprochement, il est seul en cause, le moins que l'on puisse dire est qu'il semble étonnamment ordonné... LE RABBIN DE NULLE PART Rachi Or, au XIIe siècle, vivait à Troyes un personnage autour duquel, de nos jours encore, plane un certain mystère, et qui, toute sa vie, au fond d'une échoppe, dans une ruelle tortueuse de la vieille ville, aligna sur du parchemin une multitude de caractères hébraïques : le rabbin Salomon Rachi dont le nom résume trois idéogrammes : reisch-schin-yod, < prodigieux mouvement cosmique>, , Carlo Suarés, éd. Du Mont-Blanc. Genèe.1967) >. Ce nom représenterait encore la contraction de Rabbi (reisch), Ché-lomo (schin), ben lsaac (yod). Que dire de ce personnage? Historiquement peu de choses. Il serait né vers 1040 et décédé en 1105, période qui correspond approximativement aux règnes de Louis le Gros, Louis le Jeune et Philippe-Auguste. Malheureusement, les documents le concernant font défaut. Une seule chose est certaine : les Juifs du monde entier le considèrent comme le plus grand exégète des textes hébraïques. Il serait impossible de comprendre les textes talmudiques sans se référer à Rachi. < Il devint pour ainsi dire l'interprète de l'Ecriture et du Talmud. Un des traits qui le distinguent est d'avoir toujours uni à l'explication du sens littéral, l'explication morale et allégorique >, a pu écrire Paul Weil qui lui a consacre une étude. Rachi, vers l'âge de vingt-cinq ans, avait entrepris une série de voyages en Europe et en Asie, partout où les Juifs étaient installés, l-a tradition le fait même rencontrer Maïmonide en Egypte. Pourtant, c'est à Troyes qu'il revint, après ce périple qui lui apporta un maximum de connaissances et de sagesse. A Troyes où, tout en commençant son £uvre sur les textes du Vieux Testament, il gagne sa vie en faisant du vin. Déjà ce détail - le premier - relatif aux occupations de Rachi, qu'il soit réel ou purement légendaire, peu importe, pourra attirer notre attention : le < vin >, liqueur des dieux, ne représente-t-il pas la doctrine ésotérique et initiatique engendrant l'immortalité, le < soma > védique, la < science des états spirituels > pour Ibn Arabi ? Dans le domaine purement légendaire, l'histoire de Rachi apparaît particulièrement riche de sens. On raconte, par exemple, que sa mère, alors qu'elle le portait, faillit être écrasée par deux voitures qui allaient se croiser dans une étroite ruelle. Elle se colla contre l'un des murs et, alors qu'elle allait être broyée immanquablement par l'un des véhicules, le mur se creusa, formant une sorte de niche où elle put s'abriter, sauvant ainsi sa vie et celle de l'enfant à naître. Quant à son père, Isaac, il possédait, dit-on, une pierre précieuse que les chrétiens convoitaient... Un jour, par traîtrise, ceux-ci l'attirèrent sur un vaisseau et, là, le sommèrent de la leur remettre. Plutôt que de s'exécuter, Isaac jeta la pierre dans la mer. Elle disparut au fond des eaux. Alors, ajoute la légende, une voix se fit entendre : < Un fils va te naître, oh ! Isaac ! qui ouvrira les yeux à tout Israël ! qui ouvrira les yeux à tout Israël ! > Que représentait cette pierre convoitée < par les chrétiens > ? Et qu'entendait la voix miraculeuse par cet < Israël > auquel il semblait nécessaire d'ouvrir les yeux? Le mystère plane encore en ce qui concerne la mort de Rachi. Les villes de Worms - où il aurait étudié renseignement de Guerchom ben Juda et où l'on montrait, jusqu'au XIXe siècle, le fauteuil de pierre et l'oratoire où il aurait professé à son tour - et celle de Prague, assurent posséder sa dépouille. Tout comme Troyes que < la majorité des Israélites pratiquants du monde entier considère comme l'un des hauts lieux du Judaïsme (Bulletin du Centre communautaire Rachi. 27 mars 1966.) >. Etienne Harding a-t-il connu Rachi ? On ne peut répondre catégoriquement à cette question, bien que cela paraisse chose fort vraisemblable : Rachi serait mort en 1105 et, sans nul doute, le prieur de Cîteaux avait déjà entrepris la rédaction de la Bible à cette époque. Cependant Rachi eut trois filles, et ses gendres et petit-fils continuèrent ses travaux : il apparaît certain que ses gendres - sinon lui-même - vinrent travailler à Cîteaux avec les moines d'Etienne qui, parallèlement à leur £uvre de rédaction, avaient entrepris l'étude de l'hébreu. De toute manière, nous pouvons constater qu'à cette époque, les éléments les plus responsables, au sens véritable du terme, des communautés hébraïques et chrétiennes de Troyes et de sa région, se sont concertés pour effectuer un véritable retour aux sources... A suivre : Le val de Lumière Daniel Réju Troyes Troyes : le val de Lumière Bernard de Fontaines La chaîne continue avec Bernard de Fontaines qui rejoint Cîteaux à la tête de trente compagnons. Ce jeune homme de vingt-deux ans, né en 1090 au château de Fontaines, près de Dijon, du chevalier Tescelin de Fontaines et d'Aleth de Montbard, est issu de la famille des comtes de Bar-sur-Seine. Ses études, très poussées, se déroulèrent chez les chanoines de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine. Trois ans après son entrée à Cîteaux, sur demande du comte Hugues lui-même, Bernard part en Champagne fonder une nouvelle abbaye emmenant douze frères avec lui. Les moines, parmi lesquels figurent quatre frères de Bernard, son oncle Gaudry de Trouillon et ses deux cousins, choisissent une vallée désolée et profonde sur la rive gauche de l'Aube située entre Langres et Troyes, le Val d'Absinthe où ils y construiront Clairvaux. Lorsqu'il décède en 1153, celui qui deviendra saint Bernard vingt ans plus tard sur décision d'Alexandre III, laisse une abbaye de Clairvaux -l'une des < quatre filles de Cîteaux >- en pleine prospérité, dont dépendent trois cent cinquante maisons. Mais, surtout, il a mené à bien la mission de sa vie : la reconnaissance de l'Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Et cela devait se faire à Troyes, lors d'un concile, le cinquième organisé en cette bonne ville. Après une intensification soudaine des courriers entre Bernard de Clairvaux et les neuf Chevaliers de Terre Sainte, dans les derniers mois de 1127, Baudoin II envoie Etienne de la Fierté et plusieurs d'entre eux en Europe. Pour cette ambassade, ils sont porteurs d'une lettre du roi de Jérusalem dont la teneur résonne d'un singulier écho : Cette mission diplomatique les mène donc auprès de Bernard de Fontaines et d'Honorius II. L'affaire devant sans doute être menée rondement, dès l'aube du 14 janvier 1128, un Concile d'une importance exceptionnelle se réunit à Troyes, sous la présidence de Mathé, évêque d'Albano, légat pontifical. En effet, pour obtenir la réunion rapide d'un Concile solennel, Bernard n'hésite pas à recourir au pape, à son légat, aux archevêques de Reims et de Sens. Une satisfaction totale, on le voit, lui fut donnée avec célérité. Troyes, en ce 14 janvier 1128, compte une pléiade d'ecclésiastiques : deux archevêques (Reims et Sens), dix évêques, dont Hugues de Montaigu d'Auxerre, sept abbés, parmi lesquels Etienne Harding en personne, les plus hauts dignitaires du monde chrétien réunis autour de leur chef spirituel à tous, Bernard de Fontaines, abbé de Clairvaux, réelle autorité du Concile. Marion Melville remarque que <...l'assemblée se compose presque entièrement de ses amis, ses disciples, ses correspondants assidus >. Assemblée comprenant en outre les scoliastes, maître Foucher et maître Auberi de Reims, le comte de Nevers, Thibaud II le Grand, septième comte de Blois et huitième comte de Champagne, l'un des plus grands seigneurs de son temps, une foule de puissants personnages dont Jehan Michiel, < humble écrivain des sentences qu'il dirent et jugèrent>. Et, bien sûr, Hugues de Payns avec cinq de ses frères... Cette élite de la spiritualité chrétienne médiévale a donc pour tâche de reconnaître officiellement l'Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, devenu Ordre du Temple, fort de ... neuf frères ! Pour lui consacrer une telle solennité, il fallait qu'on attende beaucoup de cet embryon... Jusqu'au Concile de Troyes, les Chevaliers vivent suivant une règle proche de celle de saint Augustin, adoptée avant eux par les chanoines du Saint-Sépulcre. Le Concile doit à la fois entériner l'existence de leur Ordre et conférer une nouvelle règle à celui-ci. Préparée sans doute successivement par le patriarche Théoclète, 67e successeur de Jean, puis par Etienne de la Fierté, patriarche de Jérusalem, et Hugues de Payns, premier Grand Maître, la règle proposée à Troyes s'inspire de celle des Bénédictins. Elle est révisée par Bernard lui-même, d'où la marque de Cîteaux alliée à l'inspiration occulte de la règle essénienne du Maître de Justice. UNE FAMILLE POUR LE TEMPLE Les descendants de Herbert de Vermandois gouvernent Troyes jusqu'au XVe siècle en ligne directe, puis en collatérale, avec Eudes de Blois (1023-1037). Tous, jusqu'au dernier des comtes de Champagne, Henri III, lequel rendit l'âme en 1274, ont, d'une manière ou d'une autre, participé à l'avènement de l'Ordre du Temple, dans un premier temps, se sont montrés alliés fidèles de celui-ci dans un second. Et cette province est une terre d'élection pour les Templiers. Historiquement, on peut voir en cette région privilégiée, la jonction de certains courants traditionnels, d'origines différentes : courant gréco-latin signifié par Ovide, courant celtique symbolisé par le Graal, fusionnant dans le courant judéo-chrétien qui les reçut < en dépôt > grâce, entre autres, à la personnalité éminente de Bernard de Clairvaux. En outre, la Champagne se révèle particulièrement perméable à l'influence arabe véhiculant certains éléments proprement hermétiques. Avec celle-ci se dévoile, sans aucun doute, l'apport de Gerbert d'Aurillac archevêque de Reims avant de devenir Sylvestre II. Tout comme Troyes, Chartres relève de la même famille, ce dès 995, Chartres où siège une école platonicienne florissante. De fréquents rapports et des contacts multiples, infiniment variés en leur essence, unissent ces deux cités. Hugues de Payns, selon certaines sources, premier Grand Maître de l'Ordre, serait issu d'une famille noble apparentée à la maison comtale. Thibaud Ier, comte de 1063 à 1089, sera le protecteur des abbayes et favorisera la réforme monastique. De son union avec Alix de Valois, naît en 1076 celui qui deviendra Hugues Ier... et sera l'un des neuf premiers Chevaliers du Temple. Il assiste au Concile de 1128 et après plusieurs voyages entre la Terre Sainte et Cîteaux, céde le Val d'Absinthe dans la forêt de Bar-sur-Aube à Bernard, à charge d'y construire Clairvaux, avant de s'en retourner mourir en Orient. Son neveu, Thibaud II le Grand, eut saint Bernard pour conseiller ordinaire, lequel lui écrit, à la veille du Concile de 1128 : < Daignez vous montrer plein d'empressement et de soumission pour le légat, en reconnaissance de ce qu'il a fait choix de votre cité de Troyes pour tenir un grand concile, et veuillez donner votre appui et votre assistance aux résolutions que celui-ci jugera convenable, dans l'intérêt du bien. > Preuve, s'il en est besoin, que le choix de Troyes ne relève nullement du hasard et de la confiance de Bernard envers la famille de Champagne. Thibaud II le Grand, après avoir pris la tête de la ligue féodale contre Louis VI, puis Louis VII, se range néanmoins aux côtés du roi de France afin de l'aider à repousser l'empereur Henri V. Mais surtout, à peine clos le Concile de Troyes, il montre l'exemple: grâce à ses largesses, les Templiers sont bientôt pratiquement partout maîtres entre Seine et Aube. Finalement, répondant à l'appel de Bernard de Clairvaux résonnant depuis le narthex de la Sainte-Madeleine, à Vézelay, il prend part à la seconde croisade (1147-1149) suscitée par la chute d'Edesse en 1144 et dirigée par Louis VII le Jeune. Le comte de Champagne donne même sa fille Adèle en mariage à son suzerain. Son fils, Henri Ier le Libéral, devient comte à l'âge de vingt-cinq ans, lorsque Thibaud IV meurt en 1152. Tout jeune encore, il participe, lui aussi, à la croisade de Louis VII, monarque qu'il soutient ensuite puissamment dans sa lutte contre l'Anglais. Il épouse en 1164 Marie de France, fille de Louis VII et d'Aliénor, puis se croise à nouveau en 1178. Capturé par les Turcs lors de son voyage de retour, il ne retrouve sa capitale qu'un mois environ avant sa mort, survenue le 17 mars 1181. Il est inhumé dans le ch£ur de la collégiale Saint-Étienne, qu'il a fondée, et où sa veuve lui fait élever un grandiose tombeau semé de larmes d'argent. Il doit son surnom de < Libéral > à ses innombrables bienfaits, aux largesses qu'il n'hésite pas à prodiguer, à l'imitation de ses ancêtres, aux établissements religieux. Il établit ou pourvoit en donations < treize églises, treize hôpitaux et une foule d'édifices religieux > de sa cité. Son fils aîné, Henri II, aura un destin tragique : croisé en 1190, il participe à la prise de Saint-Jean-d'Acre, le 12 juillet 1191, avec Philippe Auguste puis, son suzerain regagnant la France, il s'attache à la fortune de Richard C£ur de Lion et épouse Isabelle de Jérusalem, s£ur et héritière de Beaudoin V. Il meurt en tombant d'une fenêtre de son palais, le 10 septembre 1197, et est enterré dans l'église Sainte-Croix-d'Acre. Son frère, Thibaud III lui succède sur le trône de Champagne de 1197 à 1201. A cette dernière date, apparaît l'ultime comte de la Champagne indépendante, Thibaud IV le Chansonnier, personnage complexe, fascinant et romanesque. Lui aussi lutte d'abord contre le pouvoir royal. Puis, spectaculaire renversement, il se range aux côtés de Blanche de Castille pour combattre ses anciens alliés. Devenu Robert de Navarre en 1234, il améliore l'administration champenoise en la calquant sur celle de la monarchie française. C'est un chevalier au sens véritable du terme, et un poète auquel on doit des vers < dolents et gracieux >, dont les < chansons > comptent parmi les plus belles du florilège courtois. Aussi est-il < aussi célèbre par ses exploits que par ses cours d'amour>. Peut-être est-il secrètement épris de Blanche de Castille, ce qui lui aurait alors valu son surnom < d'amant platonique de la Reine Blanche >. Mais notons que celui-ci peut aussi bien présenter une résonance hermétiste, car son sens religieux n'a rien de commun avec celui des docteurs de l'université. Ce qui ne l'empêche pas, en revanche, de chasser, et éventuellement de faire brûler les ennemis de la Sainte Religion et autres hérétiques... LE SENTIER DE L'ATHANOR La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, entourée de ruelles aux vieilles maisons champenoises, se dresse au centre du Quartier-Bas, à proximité de l'ancienne voie romaine tracée dans l'axe du soleil. Si l'évêque Hervé en pose la première pierre en 1208 et, en vingt ans, réussit à en pousser la construction jusqu'au transept, elle ne fut en fait achevée qu'à la fin du XIVe siècleà Encore, faut-il convenir de remarquer qu'une seconde tour était prévue qui ne sera jamais élevée. Cet édifice, reposant, si on en croit les experts, sur un sol marécageux, fut réalisé en plusieurs périodes successives, offrant ainsi une diversification certaine de styles et des marques correspondant aux transitions entre ceux-ci. Rien que pour le ch£ur, Norbert Bongartz, archéologue allemand, préparant une thèse de doctorat devant l'université de Fribourg-en-Brisgau, relève le passage de trois architectes différents. Curieusement, l'abbé Jean Durand rapporte une étrange tradition liée à Saint-Pierre-et-Saint-Paul : < Au XVIIIe siècle, le peuple considère la cathédrale de Troyes comme l'ouvrage et le travail des Anglais>. L'un des principaux attraits de cette cathédrale réside dans l'abondance et la perfection de ses vitraux. L'édifice en présente une surface totale de 1 500 m2, rangeant ainsi la cité parmi les < villes saintes du vitrail >. Troyes fut en effet le centre d'une école de peinture sur verre de tout premier plan. Dans une étude intitulée < Les Templiers étaient-ils alchimistes >, le regretté Louis Charpentier avance l'hypothèse d'une collusion entre verriers et Ordre du Temple après avoir énuméré un certain nombre d'indices et d'exemples. Et, finalement, d'écrire à propos du sujet qui nous intéresse en ce présent chapitre : < Malheureusement, rien ne demeure à Troyes de cette époque et les vitraux n'y sont plus que de verre, peints dans des époques postérieures > Et effectivement, les vitraux qui ornent la grande nef, épisodes de la vie de Daniel, songe de Joseph, Arbre de Jessé, etc., ne datent que du XVe siècle. Le trésor de la cathédrale de Troyes figure parmi les trois premiers de France. Si on tient compte des seuls émaux, il apparaît sans conteste au premier rang. Mais notre propos n'est pas d'en dresser un inventaire. Contentons-nous de citer au passage une Vierge en bois du XIIIe siècle, une seconde en ivoire, des reliquaires richement ornés, deux magnifiques croix à double traverses d'or rehaussées de pierreries, etc. Ce qui nous intéresse particulièrement, par contre, trône au centre de la salle : une magnifique châsse vitrée du XIIe siècle séparée en deux parties. Dans la première, le crâne de Malachie, dans la seconde celui de Bernard de Fontaines. En effet, nous savons que Malachie rend l'âme à Clairvaux dans les bras de son ami Bernard. L'évêque irlandais est alors inhumé dans l'abbatiale de Clairvaux où il demeure aux côtés de Bernard jusqu'à la Révolution françaiseà époque à laquelle tous les corps enterrés à Clairvaux furent exhumés sans exception ni ménagement. Mais les dépouilles des deux saints purent être recueillies et sauvées et, après de multiples péripéties, elles furent enfin données à l'évêque de Troyes qui les dépose au trésor de la cathédrale. Dans < A l'Orient de France >, le chanoine Charles J. Ledit démontre l'utilisation systématique de la proportion dorée, avec une canne de huit pieds, choisie pour exprimer la signification mystique de l'édifice : < Le problème à résoudre à Troyes est donc relativement simple. Le Maître aurait pu le formuler ainsi à ses élèves en loge pour un examen de maîtrise : élever à la gloire du Christ un sanctuaire selon la proportion dorée. Il leur donne à la fois le chiffre clef (88'8") < leur suggérait une canne (8') et le moyen de s'en servir (la modulation 1,618).> Conclut-il au terme de son étude sur cette < cathédrale au nombre d'or >. De fait, au Moyen Âge, la cathédrale n'est pas un simple lieu de prière. Elle est aussi, et surtout, un < sentier > que l'homme doit suivre selon un itinéraire strict et précis, de préférence pieds nus. Le sol primitif de nos cathédrales présentait visuellement les points de repaire de ce < labyrinthe > sacré - qui n'est pas sans rappeler celui du Minotaure de Cnossos - et que d'aucuns ont qualifié de < chemin de Jérusalem >. La cathédrale est un athanor résonant de rythmes cosmiques et telluriques. Sa voûte a été dessinée puis élevée suivant des proportions la rendant apte à attirer les courants magnétiques. Tout cela dans le but d'£uvrer à la transmutation de l'homme, en le plongeant dans des forces relevant de l'harmonie universelle. Quant à l'officiant, s'il se trouve convenablement orienté par rapport à l'autel dont l'emplacement doit être inamovible, mieux que quiconque, il capte le courant et, l'ayant reçu, le transmet à l'assemblée. Celle-ci se trouve alors rééquilibrée à la fois sur le plan du corps et sur celui de l'esprit. Mutation de l'homme par le courant vital, Spiritus Mundi dans ce grand contenant dressé à seule fin de diviniser son contenu... AU CîUR DE LA VILLE Autre merveille de Troyes, la cité aux neuf églises classées, que la collégiale Saint-Urbain. A la fin du XIIe siècle, le quartier situé entre les actuelles places du Maréchal-Foch et de la Libération sont un obscur labyrinthe de ruelles bordées d'échoppes et de masures. Un jeune garçon, Jacques Pantaléon, fils d'un savetier, y voit jour, on ne sait trop en quelle année, approximativement entre 1185 et 1200. Il devient pape le 29 août 1261 sous le nom d'Urbain IV. Enfant de ch£ur, puis petit chantre à la maîtrise de la cathédrale, il poursuit des études à Paris lui valant les titres de maître des arts et de docteur en théologie. Ordonné prêtre en 1215, il est successivement archidiacre de Laon puis de Liège, légat du pape en Pologne et en Prusse, évêque de Verdun en 1253, puis, dernière étape, patriarche de Jérusalem. L'histoire a surtout retenu son action politique. Urbain IV, dans l'Italie compliquée du XIIIe siècle, £uvre essentiellement à asseoir l'indépendance de l'Église en soutenant les ambitions de Charles d'Anjou dans la péninsule. Celui-ci, élu sénateur par le peuple de Rome en août 1263, se voit offrir la Sicile par Urbain IV : les négociations entre le prince français et le pape troyen aboutissent le 15 août 1264. Aussitôt, Manfred, héritier de Frédéric II de Hohen-stauffen, assiège Rome. Urbain IV se réfugie à Viterbe, puis à Pérouse. Il y meure le 2 octobre après avoir prêché la croisade contre Manfred. Plus tard, après ses victoires d'Orvieto, puis de Tivoli et surtout de Bénévent où Manfred trouve la mort, le 26 février 1266, Charles d'Anjou parvient à soumettre toute la Sicile. Sur le plan purement religieux, Urbain IV se signale en instaurant la Fête-Dieu, le 11 août 1264. Mais, devenu Urbain IV, Jacques Pantaléon n'a pas oublié sa bonne cité champenoise ni l'échoppe de savetier qui l'avait vu naître. Il décide, dès la première année de son pontificat, de manifester à sa ville < une marque d'affection et de magnificence >. Aussi se fit-il céder, par les religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains, l'emplacement de l'échoppe de son père avec tout le pâté de maisons qu'il fait raser en 1262 afin d'édifier une collégiale en l'honneur de saint Urbain Ier, pape et martyr. Les travaux aussitôt entrepris ne furent pas interrompus par sa mort : son neveu, le cardinal Aucher, également natif de Troyes < tint à l'honneur de poursuivre l'£uvre commencée >. Ceux-ci furent pourtant troublés momentanément et d'une manière fort curieuse : Odette de Pougy s'y oppose et, à la tête de ses religieuses, saccage ch£ur et transept en 1266. Le XIXe siècle romantique redécouvre Saint-Urbain. L'£uvre fut poursuivie une nouvelle fois et finalement achevée en 1905 grâce à l'acharnement des abbés Jossier, curés de Saint-Urbain, et de l'architecte des monuments historiques, M. Silmersheim. Transférés de Pérouse, les restes d'Urbain IV sont déposés dans le mur à gauche du maître-autel, en 1935. Trente ans plus tard, Paul IV érige Urbain IV en basilique mineure. Celle-ci avait fasciné Viollet-le-Duc qui qualifie de < génie > l'architecte anonyme de l'édifice. Un autre archéologue, en le découvrant, le définit sublimement en s'écriant : < C'est l'impossible : C'est la pierre spiritualisée !... > Quelle surprenante intuition puisque l'art gothique peut, semble-t-il, se résumer en ces quelques mots : le triomphe de la lumière et des lignes verticales... Cette double notion s'épanouit merveilleusement à Saint-Urbain dont les murs n'apparaissent que comme une simple ossature de pierre, dépouillée et harmonieuse. La lumière transcendée par les vitraux fuse de toute part, baignant la nef, épousant l'élévation pleine d'audace des piliers, irradiant bas-reliefs, pierres tombales et médaillons en enveloppant clefs de voûtes et statues... Parmi le foisonnement de celles-ci, trois captent tout particulièrement le regard : celles de la < Vierge au raisin > au regard si pur, d'un Saint-Bernard de l'école bourguignonne du XVe siècle et d'un Saint-Michel maitrisant le dragon... Le chanoine Charles J. Ledit a magistralement relevé la signature des < Chanoines de Pythagore > dans la construction de Saint-Urbain : ses mesures font apparaître la < double et souveraine Tétraktys >, le nombre et les rythmes d'or, 33'3" et 66'6" (nombre de la bête de l'Apocalypse!), passage de 33'3" à 55'5" puis à 88'8" par médiation du nombre d'or, etc. A sa mort survenue en 1274, Henri III le Gros ne laisse qu'une fille, Jeanne de Navarre qui épouse le 16 août 1284 celui qui devient Philippe IV le Bel l'année suivante : la Champagne et la Navarre reviennent ainsi à la couronne de France. Avec l'union de la Champagne au Royaume, toute une époque est révolue, tout un contexte disparait. La décadence commence avec l'interdiction, faite par Louis X le Hutin, aux marchands flamands de fréquenter les foires de Champagne. Au cours du XIVe siècle, celles-ci cessent d'être des foires de marchandises pour devenir progressivement des foires d'argent. Leur déclin s'accélère jusqu'à leur disparition totale à l'aube des guerres de Cent Ans. Troyes, tout au long des siècles, sut garder un certain rayonnement, comme Reims et d'autres cités champenoises. Mais, néanmoins, sonne la fin de l'âge d'or pour la province. Parallèlement se dissout peu à peu l'étonnante conjonction spirituelle qui l'avait accompagné. De cette époque intense et glorieuse, il reste de nombreuses traces et d'innombrables souvenirs, à découvrir au hasard de la vieille ville < que le géomètre de Rome ouvrit au matin de sa fondation sur le soleil levant (...) perspective sur l'infini>. Autour de la vieille église Saint-Jean, de son ossuaire et de sa pierre tombale aux deux blasons - l'un représentant un croissant surmontant deux étoiles, le second un c£ur gravé en son centre de la croix du Temple avec trois étoiles entourant un chevron - errent les ombres de Rachi et de ses filles, Etienne et de Bernard, Hugues Ier le Grand, Thibaud IV le Chansonnier, Jacques Pantaléon et surtout du Maître inconnu de Saint-Urbainà qui hanterait tout à tour les vieilles ruelles et les quartiers piétonniers aux maisons restaurées, empruntant la rue des Chats, à l'atmosphère si particulière, secrète et ensorcelante. La tradition affirme que le lieu aurait été jadis hanté par le < voir-loup >, un énorme chat noir aux yeux flamboyants comme des escarboucles, dévorant au plus profond de la nuit les promeneurs attardésà et d'humain les métamorphose en une sorte de variante du loup-garou... Carrefour des grandes voies médiévales du Rhône aux Flandres, de l'Orléanais au Rhin et aux Terres d'Empire, creuset des hermétistes et des amants d'Isis, berceaux des Chevaliers de l'Ordre du Temple, ostensoir du christianisme monacal, Troyes se souvient de la fantastique mission spirituelle et civilisatrice qui lui fut impartie au c£ur du Moyen Age.