Tara-Océans: la nouvelle aventure du voilier polaire Une nouvelle aventure humaine et scientifique sur tous les océans, 50 pays concernés, des dizaines de chercheurs d'une quarantaine de prestigieux laboratoires internationaux: la goélette polaire Tara repart en expédition pour une étude inédite de la vie marine à l'échelle planétaire. Le bateau qui fait escale à Paris depuis novembre dernier après sa dérive historique sur la banquise arctique de septembre 2006 à janvier 2008, quittera la capitale le 6 février avant d'entreprendre à partir de septembre une mission océanographique et biologique sur les micro-organismes marins. "Sans ces micros espèces, l'homme n'aurait jamais vu le jour. Sans elles, il disparaîtrait", explique Eric Karsenti, le responsable scientifique de l'expédition, par ailleurs chef du département de biologie cellulaire et de biophysique au Laboratoire Européen de Biologie Moléculaire (EMBL) d'Heidelberg en Allemagne. "Cette nouvelle mission s'inscrit dans la continuité de la précédente en Arctique qui a montré avec force la réalité du réchauffement climatique. Son objet est de mesurer l'impact de ce réchauffement dans les océans qui absorbent la majorité du CO2 atmosphérique et produisent 50% de l'oxygène. Les océans ont enfanté la vie. La vie sur Terre dépend toujours des océans dont 90% de la bio-masse est constituée de ces micros organismes, coeur du réacteur climatique terrestre", souligne-t-il. La grande circumnavigation triennale de Tara qui débutera en septembre prochain de Lorient, son port de rattachement, se décline comme une onirique invitation au voyage, des régions les plus chaudes à celles les plus froides de la planète, d'Occident en Orient et de pôle à pôle. Méditerranée, Mer Rouge, Golfe Persique, océan Indien, océan Atlantique, Antarctique, océan Pacifique, océan Arctique.... Une soixantaine d'escales dans une cinquantaine de pays, des atolls coralliens tropicaux au pôle Sud, des isthmes moyen-orientaux au passage du Nord-ouest dans les plus hautes latitudes boréales. "C'est une aventure humaine et scientifique internationale avec des équipages, marins et scientifiques, de toutes les couleurs, de toutes les nationalités qui navigueront pour apporter leur pierre à l'édifice de sauvegarde de la planète en portant haut et fort les couleurs de la France et de l'Europe", dit Etienne Bourgois, le patron de Tara Expéditions. Tara va parcourir 150.000 km avec un équipage tournant de 14 personnes: 1 chef d'expédition, 1 capitaine, 5 marins et 7 scientifiques. Tous les 300 milles nautiques (570 km), l'équipage procèdera à des prélèvements de plancton et phytoplancton à différentes profondeurs. Les scientifiques (océanographes, biologistes, généticiens) de prestigieux organismes de recherche mondiaux -CNRS, MIT (Massachusetts Institute of Technology), EMBL en Allemagne pour ne citer que ceux là-, de neuf pays (France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, Japon, Australie, Canada, Israël), se relaieront à bord pour passer au crible de la microscopie moderne, dans un labo aménagé sur le bateau à cet effet, les échantillons ramenés des abysses. "Du virus (0,1 micron) à la méduse, en passant par les larves de poissons, les coraux, les différents micros organismes comme les coccolithophores, les diatomées et d'autres aux noms moins poétiques, nous allons étudier l'ensemble des écosystèmes qui sont la base de la chaîne alimentaire marine. Cela n'a jamais été fait dans la globalité et la continuité sur toutes les mers du monde". "Là se tient la singularité de cette mission", souligne Eric Karsenti.