Alerte! la chenille processionnaire à la conquête des terres du nord Quatre centimètres de poils hirsutes et horriblement urticants, qui cheminent en processions de 20 mètres et plus: bien connue dans les Landes, la chenille processionnaire du pin remonte désormais jusqu'à Saint-Malo, sous l'effet du réchauffement climatique. "Partout en Europe, son aire de répartition s'étend depuis le début des années 90 vers le nord et en altitude", constate Jérôme Rousselet, entomologiste expert de la chenille processionnaire (Thaumetopoea pityocampa) à l'Inra, l'Institut national de recherche agronomique, à Orléans. En France, elle a gagné un front qui va des rivages de la Manche, atteints depuis quatre ou cinq ans, à Chartres, Melun, Auxerre puis les vallées de la Saône et du Rhône. "Depuis le début des années 90 et son installation en région Centre, elle opère un mouvement progressif et continu vers le nord qui concorde avec l'augmentation constatée des températures en hiver", d'environ un degré en moyenne. "Elle est pour nous un vrai témoin du changement climatique", poursuit-il. Les Landes la connaissent au moins depuis près de 15.000 ans, la Catalogne la subit depuis la nuit des temps. Mais sur les nouvelles terres de conquête, la population, mal informée, ignore encore souvent ses nuisances. Récemment installé à Seignosse, près de Bayonne, Christian Angleys a aperçu ses premières chenilles début mars, en procession d'une trentaine de mètres sur la route en lisière de forêt. Puis il a vu la terre de son jardin s'animer: "Ca grouillait. Dans les jours qui ont suivi, j'ai compté une trentaine de monticules, comme avec une taupe". Depuis, il mène l'inspection 3 à quatre fois par jour et, sur les conseils de ses voisins, dégaine le bidon d'essence pour enflammer ses envahisseurs. Installée tout l'hiver dans un cocon de fils de soie en suspension dans les pins, la chenille n'en descend généralement que pour s'enterrer et se transformer en papillon de nuit, terne et peu gracieux, de préférence dans un coin de terre meuble et ensoleillé. Alors, rien ne l'arrête, pas même le bitume. Dans le sud, les processions commencent en janvier/février, voire décembre dans les Landes, et dans le nord plutôt en mars/avril. En Ile-de-France, "elles sont apparues la semaine dernière avec les beaux jours", indique Céline Magen de la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon), qui conseille aux promeneurs de signaler les nids. La forêt de Fontainebleau en est infestée - et l'alerte a également sonné chez Mickey, à Marne-la-Vallée. Or, c'est au temps des processions que la chenille est la plus urticante, son mode de défense. Pour les animaux domestiques, la rencontre peut provoquer une nécrose de la truffe et de la langue. "Chez le bétail, l'urticaire peut être confondu les premières heures avec la fièvre aphteuse ou la maladie de la langue bleue", relève M. Rousselet, qui redoute de fausses alertes préjudiciables aux troupeaux. "On a favorisé son implantation en plantant des pins partout, notamment en ville, multipliant les risques de contact", ajoute-t-il. "La Beauce aurait dû constituer un obstacle naturel, elle est au contraire devenue un corridor!". Car si le mâle-papillon peut voler jusqu'à 50 km (3 à 4 km seulement pour une femelle), l'expert envisage surtout l'hypothèse de l'introduction accidentelle: "Les chenilles repérées à Marne-la-Vallée sont originaires du sud-ouest, pas du front nord. Elles ont probablement été acheminées lors du transport d'arbres adultes. Mais si elles peuvent s'acclimater, c'est parce que la température a évolué".