Au coeur de la grande région mégalithique de l'ouest français, le Morbihan, tout spécialement dans sa zone littorale, regroupe un grand nombre de monuments exceptionnels par leur ampleur et leur variété, ce qui suppose un peuplement particulièrement dense et dynamique, ayant su dégager la prospérité indispensable à de telles réalisations. Cette situation exceptionnelle parait commencer dès la première moitié du 5e millénaire av. J.-C. et s'arrêter au début du troisième. Il convient donc de s'interroger sur les raisons qui ont pu favoriser un tel épanouissement. Avec un niveau marin inférieur de 7-8 m à l'actuel, le tracé du littoral devait, au début du 5e millénaire, être très différent de celui que nous connaissons aujourd'hui. Il est probable que les hauts-fonds situés entre Quiberon et les îles d'Houat et d'Hoedic servaient encore d'ossature à de vastes étendues émergées (que l'on devine encore sur les cartes marines actuelles). Celles-ci ont dû se réduire progressivement sous l'attaque de la mer, mais rester longtemps suffisantes pour protéger efficacement une véritable mer intérieure, ancêtre de l'actuel Mor-bras. Accessible à une navigation côtière, toute cette zone devait constituer un écosystème aux ressources diversifiées : une mer semi-fermée peu profonde, particulièrement favorable à la pêche ; une plaine littorale facile à mettre en culture ; les estuaires des rivières d'Auray et de Vannes, de la Vilaine et de l'Oust, fournissant d'autres opportunités (la remontée des saumons...) et ouvrant sur l'intérieur de la péninsule ; un arrière-pays vallonné, boisé et riche en beaux affleurements rocheux. Répartition des monuments Près de 500 sites mégalithiques sont actuellement recensés dans le département du Morbihan, mais leur répartition est loin d'être uniforme. La portion du littoral comprise entre l'estuaire du Blavet et la presqu'île de Rhuys (y compris les abords du Golfe du Morbihan, la presqu'île de Quiberon et l'île de Groix) est le théâtre d'un véritable grouillement de monuments, surtout entre les estuaires des Rivières d'Etel et d'Auray. Une seconde concentration concerne les Landes de Lanvaux, ligne de hauteurs qui s'allonge entre les vallées de la Claie et de l'Arz, depuis le Blavet à l'ouest jusqu'à l'Oust à l'est. Le nord du département comporte un semis lâche mais assez régulier. Un vide relatif se dessine par contre entre la zone littorale et les Landes de Lanvaux. Les différents types de monuments ne sont pas également représentés dans ces différentes zones : les menhirs sont représentés à peu près partout, suivant la distribution générale ; Les menhirs peuvent se dresser isolément ou constituer des ensembles parfois très complexes comme les grands "champs" de la région de Carnac. les tombes de type ancien ( dolmens à couloir et cistes sous tumulus) se cantonnent dans la zone littorale, mis à part quelques exemplaires dans la partie orientale des Landes de Lanvaux ; Le dolmen de Kermario à Carnac, largement dégagé par l'érosion de son cairn, montre bien sa structure à chambre funéraire desservie par un couloir. les tombes en galerie funéraire du Néolithique récent se concentrent au contraire dans la moitié nord du département où elles représentent les seuls types connus. L'allée-couverte de Bot-er-Mohed à Cleguerec, bien représentative des tombes mégalithiques en galerie funéraire du Morbihan intérieur. La disponibilité en roches susceptibles de fournir de belles dalles a fortement influencé cette répartition, mais pas de manière absolue. Il existe des cas de transports importants, parfois sur de grandes distances (Locmariaquer). Certains monuments ont mis à profit des matériaux pourtant médiocres (Cournon). Des zones géologiquement favorables semblent avoir été plus ou moins négligées (comme le nord-est de Vannes). Le pays de Carnac Sur 3271 hectares, la vaste commune de Carnac occupe le littoral de la baie de Quiberon entre ses voisines de la Trinité-sur-mer et Plouharnel, mais elle s'enfonce aussi profondément dans les terres jusqu'à jouxter Ploemel et Erdeven. Le "granite de Carnac" des géologues constitue l'essentiel du sous-sol ; c'est une belle roche claire légèrement feuilletée, dans laquelle l'érosion a pu dégager des blocs tantôt massifs tantôt tabulaires, propices à la construction de monuments mégalithiques. L'altitude de la région est faible mais le terrain est mollement ondulé avec de nombreuses petites croupes qui, pour la plupart, portent un toponyme en Mané - (d'où les noms sous lesquels sont connus bien des monuments de la région). Les bâtisseurs de mégalithes ont en effet été attirés par ces buttes qui dominaient le paysage (mais où se trouvaient aussi les meilleurs affleurements rocheux). Aussi modestes soient elles, ces hauteurs séparent des dépressions parfois marécageuses en hiver. Cependant, le drainage était sans doute moins déficient au Néolithique, lorsque le niveau marin était inférieur de plusieurs mètres à ce qu'il est de nos jours. Trois zones naturelles se partagent la commune. Sur le littoral (estrans, plages et cordons dunaires, marais littoraux), mer et continent s'interpénétraient jadis de façon intime et fluctuante avant que divers aménagements ne séparent clairement la terre et les eaux (depuis les salines qui firent jadis la fortune de Carnac jusqu'aux dernières installations balnéaires de Carnac-plage). Cette zone "au péril de la mer" a évidemment beaucoup évolué depuis la préhistoire. Juste en arrière, le bas-pays, sur lequel est installé le bourg de Carnac, repose directement sur le socle granitique dont certains bombements sont loin d'être négligeables (tel celui qui porte le Tumulus-Saint-Michel). Il se termine au nord par un surhaussement, peu marqué vers l'ouest mais plus net à l'est. L'arrière-pays commence sur cette sorte de balcon naturel le long duquel ont été installés les fameux "alignements" (et qui correspond sans doute à une très ancienne ligne de rivage soulignant peut-être une ligne de failles). Le pays de Carnac Sur 3271 hectares, la vaste commune de Carnac occupe le littoral de la baie de Quiberon entre ses voisines de la Trinité-sur-mer et Plouharnel, mais elle s'enfonce aussi profondément dans les terres jusqu'à jouxter Ploemel et Erdeven. Le "granite de Carnac" des géologues constitue l'essentiel du sous-sol ; c'est une belle roche claire légèrement feuilletée, dans laquelle l'érosion a pu dégager des blocs tantôt massifs tantôt tabulaires, propices à la construction de monuments mégalithiques. L'altitude de la région est faible mais le terrain est mollement ondulé avec de nombreuses petites croupes qui, pour la plupart, portent un toponyme en Mané - (d'où les noms sous lesquels sont connus bien des monuments de la région). Les bâtisseurs de mégalithes ont en effet été attirés par ces buttes qui dominaient le paysage (mais où se trouvaient aussi les meilleurs affleurements rocheux). Aussi modestes soient elles, ces hauteurs séparent des dépressions parfois marécageuses en hiver. Cependant, le drainage était sans doute moins déficient au Néolithique, lorsque le niveau marin était inférieur de plusieurs mètres à ce qu'il est de nos jours. Trois zones naturelles se partagent la commune. Sur le littoral (estrans, plages et cordons dunaires, marais littoraux), mer et continent s'interpénétraient jadis de façon intime et fluctuante avant que divers aménagements ne séparent clairement la terre et les eaux (depuis les salines qui firent jadis la fortune de Carnac jusqu'aux dernières installations balnéaires de Carnac-plage). Cette zone "au péril de la mer" a évidemment beaucoup évolué depuis la préhistoire. Juste en arrière, le bas-pays, sur lequel est installé le bourg de Carnac, repose directement sur le socle granitique dont certains bombements sont loin d'être négligeables (tel celui qui porte le Tumulus-Saint-Michel). Il se termine au nord par un surhaussement, peu marqué vers l'ouest mais plus net à l'est. L'arrière-pays commence sur cette sorte de balcon naturel le long duquel ont été installés les fameux "alignements" (et qui correspond sans doute à une très ancienne ligne de rivage soulignant peut-être une ligne de failles). Une armée de pierres "Il n'est pas de menhirs que de Carnac" Un peu partout en Bretagne, des milliers de pierres dressées ont survécu aux multiples causes - naturelles ou humaines - de destruction. Ce qui fait l'"exception carnacoise", c'est l'ampleur inégalée que prend ici le phénomène avec les grands "champs de menhirs" dont on trouvera des répliques encore spectaculaires sur les communes voisines d'Erdeven, Saint-Pierre-Quiberon ou la Trinité-sur-mer. Le "champ de menhirs" idéal Un problème de base dans la compréhension d'un tel complexe est d'évaluer la valeur "individuelle" de chaque pierre par rapport à la valeur "collective" de l'ensemble. La comparaison des différents ensembles conservés (mais tous plus ou moins dégradés) permet de dégager quelques constantes : une série de "files" plus ou moins parallèles au sein desquelles les monolithes sont assez régulièrement espacés (l'espace à l'intérieur de chacune étant étant nettement moindres que celles séparant les files). Leur longueur est variable (d'une centaine de mètres à un kilomètre), une "enceinte" de dimensions et de forme variables (ovoïde à quadrangulaire), délimitée par des pierres dressées quasi-jointives, forme "butée" pour les files, en général à leur extrémité occidentale. L'enceinte du Menec au début du siècle avec ses menhirs quasi-jointifs en situation culminante. Les blocs utilisés sont restés bruts, même s'ils sont parfois très irréguliers. Ils proviennent en général d'affleurements naturels et non d'une exploitation en carrière. Les plus volumineux se regroupent en tête des files, au voisinage de l'enceinte où certains peuvent dépasser 3m de haut. La taille diminue ensuite mais de façon assez irrégulière jusqu'à moins d'un mètre. L'installation sur le terrain n'est pas aléatoire. Typiquement, l'enceinte couronne un petit mamelon dont les files dévalent un versant (quitte éventuellement à escalader plus loin une autre pente). Dans l'hypothèse d'un terrain dégagé, un observateur placé entre les files à une certaine distance de l'enceinte peut ainsi voir celle-ci se découper sur l'horizon avec une impression de perspective faussement raccourcie. Les deux éléments fondamentaux du sanctuaire archaïque, communs à la plupart des religions primitives se retrouvent dans ce dispositif : l'espace sacré, clairement délimité de l'espace profane environnant (mais pas nécessairement bâti), la voie sacrée, itinéraire privilégié et généralement initiatique permettant d'accéder au premier. Les files de menhirs dévalant le flanc est de la butte du Menec depuis l'enceinte. Cependant, rien n'indique que la perception transversale, avec les pierres s'occultant mutuellement d'une file à l'autre, n'ait pas été elle aussi hautement significative. Enfin, une certaine concentration de monuments funéraires s'observe au voisinage des champs de menhirs, comme si ces sanctuaires avaient attiré leurs constructeurs (à moins que ce ne soit l'inverse). Dater les champs de menhirs carnacois n'est pas facile en l'état actuel des connaissances. La seule chronologie relative claire est fournie par le tertre du Manio, monument précoce (5e millénaire avant J.-C.), recouvert par l'extrémité des alignements de Kermario qui seraient donc significativement plus récents. Il est d'ailleurs probable que de tels ensembles ne se sont pas faits en un jour et que les recherches à venir y mettront en évidence plusieurs "tranches" de construction. Des menhirs discordants par rapport à leurs voisins (orientés à contresens, non alignés ou de taille anormale) se rencontrent ici et là ; ils pourraient correspondre à des reliques d'états antérieurs. Du Menec à Toul-Chignan Le "champ du Menec" est le plus occidental des grands ensembles carnacois. Selon les derniers comptages, il rassemble quelque 1050 menhirs répartis sur 950m de long selon une orientation générale SW-NE. Le complexe commence au sud-ouest par une enceinte ovoïde de 70 x 90m comprenant encore 71 blocs rescapés dont certains se faufilent entre les bâtiments du village du Menec qui s'installa, sans doute au Moyen-Âge, à l'intérieur de cette protection toute trouvée. Onze files réparties sur 100m de large partent de cette enceinte. Plus précisément, sept s'appuient sur la partie septentrionale de son flanc tandis que les quatre autres sont décalées vers le nord. Malgré quelques manques, notamment dans la file la plus méridionale, ce dispositif continue sur près de 400m. A ce niveau, la file sud se fond avec sa voisine, puis oblique vers le nord et disparaît. L'ensemble du système marque alors une légère angulation vers le nord, sa largeur descend à moins de 70m et l'organisation des blocs, devenus fort modestes, devient plus confuse. Un hiatus brutal apparaît au bout de 700m à hauteur d'une parcelle anciennement cultivée (mais où des pierres se voyaient jadis). Tout aussi brutalement, les pierres reprennent à l'est de la route départementale 119, au nord du carrefour de la Croix-Audran, dans une zone humide (mais où la rétention d'eau est largement due à la route moderne). Dix files se développent à nouveau sur 70m de large et les blocs reprennent progressivement de l'ampleur. Au bout d'une centaine de mètres, leur taille moyenne dépasse 2m et le système butte sur une file transversale de pierres quasi-jointives que l'on s'accorde à reconnaître comme appartenant à une autre enceinte ovoïde largement démantelée. Quelques particularités méritent d'être soulignées dans cet ensemble du Menec. A une centaine de mètres de l'enceinte occidentale, dans la partie nord du champ, un menhir se détache de ses voisins par sa forme élancée et sa hauteur (plus de 3m) ; c'est le "géant du Menec", que l'on présume être un menhir préexistant, incorporé au système actuel. A quelques dizaines de mètres de là, un menhir isolé se dresse comme en "serre-file", à l'extérieur du champ de menhirs. Dans la partie médiane, la file sud qui recoupe ses voisines en "aiguillage de chemin de fer" pourrait garder le souvenir d'un état antérieur. Deux des files les plus méridionales, aux blocs particulièrement serrés et réguliers, arrivent à une brèche dans l'enceinte. Il n'est pas impossible que ce soit là une via sacra privilégiée pour accéder à l'intérieur du sanctuaire. De Kermario au Manio L'ensemble de Kermario est le plus développé des "champs de menhirs" carnacois puisqu'il atteint 1100m de long avec plus de 980 pierres. Comme au Menec, l'orientation générale est SW-NE mais la disposition des files y est moins régulière. A l'extrémité occidentale, on reconnaît 10 files sur 100m de large, avec des blocs souvent considérables (plus de 3m de haut). A 400m de là, à hauteur de la "Petite métairie", les files ne sont plus que neuf et, plus à l'est, leur nombre diminue encore, suite à des empiétements de la route ou de carrières. En même temps, la taille des blocs diminue et leur organisation devient plus confuse. Le système s'arrête pratiquement à 850m de son point de départ peu avant l'étang artificiel de Kerloquet. Le dispositif reprend à l'est de l'étang pour former le "champ du Manio" avec 9 files attestées sur 45m de large et 200m de long. C'est cette partie, quelquefois considérée indépendamment du groupe principal, qui escalade un tertre tumulaire au bombement bien reconnaissable et marqué par un grand menhir décalé par rapport aux files avoisinantes. Les files de menhirs descendent la butte de Kermario en direction de la Petite-Métairie (et remontent au loin vers le moulin de Kermaux). De nombreux manques plus ou moins anciens viennent perturber la régularité de l'ensemble : les habitats antiques de l'extrémité occidentale, étudiés par J. Miln en 1877, sont sans doute liés à la disparition de l'enceinte terminale, plusieurs parcelles ont été déroctées et cultivées à l'ouest de la "petite métairie" dont les bâtiments d'habitation et d'exploitation ont eux-mêmes été installés dans l'emprise du monument, des carrières ont empiété sur les files nord aux abords de l'ancien moulin à vent de Kermaux, l'actuelle RD 196 a repris en l'élargissant (et en aggravant les dégâts déjà commis) une voirie ancienne qui sinuait en bordure sud du champ de menhirs, la création d'une réserve d'eau à Kerloquet a gravement perturbé la continuité autrefois attestée entre les deux parties de l'ensemble. L'ensemble de Kermario est remarquable par la concentration de monuments que l'on observe à ses abords : un dolmen à couloir, à l'extrémité occidentale, jouxte l'emplacement présumé de l'enceinte disparue, Le quadrilatère du Manio, probable enceinte d'un tertre tumulaire arasé. le dolmen de Kercado, à quelque distance au sud de la partie orientale, Le "géant du Manio" dont la surface corrodée montre qu'il s'agit d'un bloc d'affleurement utilisé par les Néolithiques. les cinq tertres du Manio autour de la partie orientale; l'un est "enjambé" par les alignements tandis qu'un autre, complètement arasé, n'est plus marqué que par son enceinte de petits blocs dressés, le fameux "quadrilatère" du Manio. le "géant du Manio", le plus grand menhir de Carnac (6,5m de haut), redressé par Z. Le Rouzic, se trouve en position de "serre-file" par rapport à l'extrémité orientale des alignements. Kerlescan Ce troisième champ de menhirs de Carnac, le plus oriental, le plus petit mais semble-t-il le mieux préservé, se distingue par plusieurs points : son orientation générale est franchement est-ouest et non plus SW-NE, le dispositif est beaucoup plus trapu (350m de long seulement pour 13 files sur 140m de large au départ), une partie des files au moins (celles de la partie sud) est clairement disposée en éventail ouvert à l'ouest en direction de l'enceinte, les files de la partie nord restent sub-parallèles mais leur longueur décroissante vers la périphérie donne la même impression globale d'éventail qu'au sud, dans la partie centrale, deux des files les plus longues semblent tracer une "allée principale" en direction du coin nord-ouest de l'enceinte, l'enceinte, presque carrée (80 x 90m), a conservé 39 pierres qui en matérialisent clairement trois côtés (le quatrième, au nord, a totalement disparu). Une ligne de blocs quasi-jointifs forme le côté est de l'enceinte, la séparant des files de menhirs. L'environnement mégalithique du "champ" de Kerlescan est particulièrement digne d'intérêt. Un grand tertre (98m de long, 15m de large, 2m de haut) jouxte au nord l'enceinte occidentale. Il a été exploré à plusieurs reprises (dont la dernière fois durant la guerre), mais toujours dans des conditions assez précaires. On sait néanmoins qu'il recouvre une série de "foyers" et de "coffres" en pierres à l'intérieur d'un entourage de petits blocs dressés. Le grand menhir dit "le géant du Manio" se dresse à 300m à l'ouest de l'enceinte de Kerlescan, pratiquement dans l'axe des files principales (en compagnie des tertres situés à son voisinage, il assure la liaison avec l'extrémité orientale des alignements de Kermario). Une grande enceinte en fer à cheval (280m de diamètre), largement ouverte à l'est, rassemble une quarantaine de blocs immédiatement au nord du tertre de Kerlescan, Une tombe "à entrée latérale" se trouve à 200m au nord de la partie orientale du champ de menhirs. Autres menhirs Outre le Menec, Kermario et Kerlescan plusieurs autres groupes de menhirs sont connus dans le pays carnacois. Les alignements du Petit-Menec, à la Trinité-sur-mer, se trouvent dans le prolongement de ceux de Kerlescan mais adoptent une forme générale arquée avec orientation générale est-ouest à leur extrémité occidentale et nord-est - sud-ouest à l'opposé. Ils se développent sur près de 400m mais seule la partie médiane a conservé une certaine ampleur (jusqu'à 8 files sur 50m de large). Il est bien difficile d'interpréter cet ensemble qui a été gravement mutilé, notamment pour la construction du phare de Belle-Ile à la fin du siècle dernier. Les alignements de Kerzerho, à Erdeven. Les descriptions les plus anciennes (peut-être idéalisées) parlent de files serpentant sur près de 2km de long mais, dès la fin du siècle dernier, seules les deux extrémités restaient bien identifiables. La partie occidentale (une dizaine de files au départ) a malencontreusement été recoupée en 1877 par la R.D. 781, sans doute au niveau de son enceinte terminale. Un peu au nord, une file d'une quinzaine de blocs s'en éloigne à partir d'une série de monolithes géants dont le principal atteint 6m de haut. La partie orientale, dans le bois de Coat-er-bleis, s'arrête au voisinage de la tombe à couloir du Mané-Groh et du tertre tumulaire de Lannec-er-Gadouer récemment étudié. Les alignements de Saint-Pierre, près de l'église de St. Pierre-Quiberon, regroupent encore 23 menhirs disposés en 4 files, au voisinage d'un grand arc largement ouvert à l'est qui rassemble quelque 40 blocs jointifs. Des enceintes se rencontrent aussi indépendamment de tout alignement. La double enceinte en fer-à-cheval d'Er-Lannic dans le golfe du Morbihan (commune d'Arzon) est justement célèbre comme témoignage de la montée des eaux depuis le Néolithique. En 1927, Le Rouzic a montré que les menhirs étaient accompagnés de structures enfouies complexes ; l'abondant mobilier archéologique recueilli a permis de les dater du Néolithique moyen. D'autres enceintes mégalithiques : à Crucuno (Plouharnel), 22 blocs dessinent un rectangle de 17x13m dont les diagonales actuelles correspondent aux levers et couchers solaires solsticiaux. Toutefois, un plan antérieur aux restaurations du siècle dernier montre que la disposition d'origine était loin d'être aussi régulière, à Crucuny (Carnac), une trentaine de menhirs forment un vaste arc de cercle largement ouvert à l'est, non loin d'un tertre funéraire. De petits alignements se rencontrent en de nombreux endroits dans la campagne carnacoise : les alignements de Sainte-Barbe et du Vieux-moulin à Plouharnel, les alignements de Keriaval près d'une tombe à couloir, dans le nord de la commune de Carnac, les deux beaux menhirs de Kerderff, à l'ouest du Menec, etc. Le tumulus Saint-Michel Cette véritable colline artificielle de plus de 30 000m3 (125m de long, 60m de large et 10m de haut) s'est implantée sur un des points hauts de la topographie naturelle et son sommet constitue un belvédère d'où l'on domine toute la région. La dédicace d'un tel lieu à l'archange est classique. Elle remonte sans doute au haut Moyen-Âge, tout comme l'établissement étudié par J. Miln au pied sud du monument. La chapelle actuelle, héritière de toute une succession d'édifices cultuels, a été reconstruite en 1927. Ce monument peut être considéré comme le type des "tumulus carnacéens" petite série de monuments qui se relie au phénomène plus général des tumulus géants. Les premières fouilles du Tumulus Saint-Michel sont dues à Galles et Lefebvre en 1862-64. Ils creusèrent une galerie à partir de l'ouest et des puits verticaux depuis le sommet dont l'un atteignit un caveau au somptueux mobilier, au centre du monument. La campagne suivante fut dirigée par Le Rouzic de 1900 à 1907 ; une série de galeries de mine devait rencontrer plusieurs caveaux annexes autour de la tombe principale ainsi qu'une chambre à couloir près de l'extrémité orientale. Ces galeries, ensuite consolidées pour la visite, ont cependant dû être fermées pour raison de sécurité voici quelques années. La structure interne ne peut être que déduite de ces observations qui restent très partielles à l'échelle de l'énorme monument. Les différents caveaux semblent pris dans un noyau pierreux central long et étroit. Une épaisse chape de "vase" (en fait, un limon grisâtre probablement extrait d'une zone humide avoisinante) recouvre le tout et enveloppe directement le "dolmen" oriental. Les fouilles dirigées par Z. Le Rouzic à l'extrémité est du monument. La galerie de gauche atteint le dolmen, celle de droite va jusqu'au caveau central. Une carapace pierreuse superficielle complète la structure et explique sa bonne tenue à l'érosion (la terrasse actuelle semble avoir été surajoutée plutôt que résulter d'un arasement du sommet). Le caveau central est bien caractéristique des cryptes des grands "tumulus carnacéens" avec ses parois en maçonnerie sèche "cyclopéenne" grossière et sa couverture faite d'une grande dalle. Construite sur le sol, cette chambre mesure 2,4 x 1,4 m pour 0,9m de hauteur interne. Un prestigieux mobilier ne comprenait pas moins de 11 grandes lames de haches polies (de 37 à 19 cm de long et une autre plus modeste de 9,7 cm en pyroxénite), 25 haches en fibrolite, 97 perles discoïdes et 10 pendeloques piriformes en variscite. On peut leur ajouter une quarantaine de petites perles discoïdes en os. Des restes d'ossements humains et animaux furent également recueillis dans plusieurs caveaux tandis que des fragments de céramique du Néolithique moyen provenaient du "dolmen" oriental. On a beaucoup discuté sur l'âge d'un tel monument, ainsi que sur la chronologie relative des caveaux centraux et du dolmen périphérique. Des datations radiocarbone tentées à partir d'échantillons anciens ont donné des résultats trop dispersés pour être crédibles. A la lumière de fouilles récentes (Locmariaquer, Erdeven), on peut penser que ce grand tumulus a été construit en plusieurs étapes (mais dans un laps de temps sans doute assez bref), vers le milieu du 5e millénaire avant J.-C. L'association de caveaux scellés et d'une tombe à couloir peut correspondre à une complémentarité fonctionnelle autant qu'à un décalage chronologique entre les deux types de structures. Autres tertres, du Moustoir au Manio Le tumulus du Moustoir, bien que plus modeste que le Tumulus Saint-Michel, atteint encore 85m de long, 35m de large et 5m de haut. Lui aussi a été fouillé par R. Galles en 1863 puis réétudié et consolidé par Z. Le Rouzic. La structure est comparable : un noyau central de pierres enveloppe deux caveaux principaux (ici couverts en encorbellement) et un vaste foyer. Une chape de "vase" recouverte de "terre" enveloppe le tout, ainsi qu'un petit dolmen à l'extrémité ouest. Des épandages pierreux s'observent en surface. Un petit menhir se dresse sur l'extrémité orientale du tumulus, un autre à quelques mètres en avant de l'extrémité occidentale et un troisième à une centaine de mètres au nord. Le mobilier est moins spectaculaire qu'au Tumulus saint-Michel. La pièce principale est une grande "marmite" en terre cuite ornée de quatre boutons qui était associée à des ossements d'animaux dans le grand foyer central. Les tombes ont livré une "hachette-pendeloque", une sorte de sifflet en serpentine et une perle discoïde en variscite. De belles lames en silex blond et les fragments de plusieurs poteries dont un gobelet campaniforme témoignent d'une réutilisation du dolmen au Chalcolithique. Le tumulus de Crucuny est une butte oblongue de 35m de long, 23m de large et 3m de haut. Comme au Moustoir, un menhir se dresse à son sommet. Après une fouille ancienne sans résultat connu, ce monument fut réétudié par Le Rouzic et Péquart en 1922. Les structures exhumées comprennent à l'ouest, une petite chambre mégalithique ouverte au nord et, au centre, un noyau pierreux avec un système de coffres assez confus contenant des restes humains. Les indices d'importantes perturbations gallo-romaines ont également été reconnus. Le Manio V est ce monument bas qui est enjambé par la partie orientale des alignements de Kermario et qui appartient à un petit ensemble de cinq tertres. En 1922, les fouilles de Le Rouzic et Péquart y ont mis en évidence une enceinte maçonnée trapézoïdale (35m de long, 16m de large à l'est et 11m à l'ouest) contenant deux caveaux et une série de calages qui pourraient avoir maintenu des superstructures en bois. Un menhir de 4m de haut est implanté juste au nord-est du caveau le plus oriental ; sa partie basse, protégée en terre, avait conservé cinq gravures serpentiformes auxquelles semblaient répondre cinq lames de haches polies plantées dans le vieux-sol à sa base. Le reste du mobilier, essentiellement céramique, est datable du Néolithique moyen. Il provient surtout de l'extérieur, comme s'il correspondait à des dépôts d'offrandes. Les dolmens à couloir de Kercado et du Mané-Kerioned Le dolmen de Kercado Situé en propriété privée mais ouvert au public, il occupe un point haut de la commune comme en témoigne le château d'eau installé à son voisinage. Le monument a été fouillé en 1863 par R. Galles puis réétudié et restauré par Z. Le Rouzic en 1925 qui en a remodelé le cairn et implanté quelque peu artificiellement le menhir qui trône aujourd'hui à son sommet. Le cairn de 40m de diamètre semble circonscrit par un parement. Il est entouré à distance par une enceinte de 27 petits menhirs, bien conservée sur sa moitié sud. A l'intérieur, la tombe à couloir est à chambre simple quadrangulaire (2,2 X 3,2m). Les parois sont faites de 17 dalles jointives et la couverture de cinq tables pour le couloir et une pour la chambre. Deux piliers du couloir et celui qui marque l'entrée de la chambre côté sud portent un décor réticulé assez proche de celui qu'on peut observer au Mané-Kerioned ou au Petit-Mont d'Arzon. Le montant nord au débouché du couloir ne montre aucun décor conservé mais affecte une silhouette anthropomorphe qui semble résulter d'un façonnage sommaire. Le plafond de la chambre s'orne d'un grand signe en "hache-charrue" comparable à celui que l'on observe sur les stèles de Locmariaquer. Sa position anormale vient appuyer l'hypothèse d'un réemploi bien que le contour de la dalle soit inconnu. Peut-être est-ce à cette éventuelle phase préliminaire que correspond la date radiocarbone livrée par un charbon de bois provenant des fouilles de Z. Le Rouzic; malheureusement, sa trop grande imprécision (5200-4360 avant J.-C.) lui enlève beaucoup de son intérêt. Le monument de Kercado a livré un mobilier abondant et varié traduisant de multiples fréquentations ; des éléments anciens (dont 147 perles en variscite) y côtoient en effet des céramiques du Néolithique récent et du Campaniforme. L'ensemble du Mané-Kerioned Aujourd'hui entamée par la R.D. 768, cette "butte aux lutins" est couronnée par un un vaste cairn d'une quarantaine de mètres de diamètre aux formes indécises. En émergent trois dolmens à couloir tandis que trois menhirs en marquent la limite occidentale et un quatrième la bordure nord. L'ensemble a été étudié à plusieurs reprises de 1866 à 1901 puis restauré en 1921. Il a livré un mobilier relativement abondant mais assez disparate et sans intérêt particulier. Le dolmen central s'ouvre à l'est ; il semble le plus ancien dans la mesure où son accès est occulté par son voisin de l'est et où sa chambre quadrangulaire est bien différenciée, avec un grand dallage monolithique. Les dolmens occidental (au fond) et central (à gauche) de Mané-Kerioned. Au premier plan, le menhir nord. Elévation interne de la chambre du dolmen oriental du Mané-Kerioned (paroi est montrant deux des principaux piliers ornés). Les deux autres dolmens sont orientés parallèlement, avec entrée plein sud. Ils ont une chambre trapézoïdale s'évasant très progressivement à partir du couloir. Celui de l'ouest est le plus spectaculaire car le mieux dégagé du cairn, mais celui de l'est est le plus important à la fois par ses dimensions (plus de 11m de longueur interne) et par sa décoration (6 des 27 piliers en sont ornés). On y trouve notamment une dalle en "écusson" rappelant la stèle de chevet de la Table-des-Marchands ainsi que des "zigzags" et "réseaux" proches de ceux de Kercado. Autres dolmens Plusieurs dizaines de tombes mégalithiques dignes d'intérêt jalonnent le territoire de Carnac et des communes limitrophes. Quelques-unes ressortent cependant pour leur intérêt archéologique ou monumental. Le dolmen de Kermario n'est a priori qu'un modeste monument situé à l'extrémité sud-ouest des alignements de ce nom, en bordure de route. Il montre encore les restes d'un cairn circulaire très étalé mais dont la base semble bien conservée. Le dolmen de Kermario, dans son cairn arasé. La chambre de Crucuno à Plouharnel, seule subsistante d'un énorme monument progressivement mutilé par le développement du village. Le dolmen de Crucuno, à Erdeven, reste la chambre la plus monumentale de la région. Au siècle dernier encore, des éléments du couloir de cet énorme monument gisaient devant la maison au pignon de laquelle il est adossé. A Rondossec, en Plouharnel, un grand cairn rassemble trois dolmens, dont deux à long couloir qui atteignent 11 et 13m de développement. L'un de ceux-ci possède une petite cellule annexée à la chambre principale, sans doute un premier pas en direction d'une différenciation de l'espace funéraire. Les dolmens de Keriaval (Carnac) et de Mané-Groh (Erdeven) sont deux beaux exemples de tombes à espace funéraire subdivisé, le premier avec son double transept, le second avec sa grande chambre compartimentée. Le dolmen de Keriaval à Carnac et son L'architecture complexe. La tombe à entrée latérale de Kerlescan, au nord-est des alignements, est le seul témoin des architectures en "galeries funéraires" du Néolithique récent subsistant dans la région. Ce monument, autrefois remarquable pour ses deux passages en "hublot", a été malheureusement très abîmé. Cependant, son tertre rectangulaire, de 40m de long pour 9m de large et paré de belles dalles dressées, reste spectaculaire. Avant et après les mégalithes La notoriété des mégalithes de Carnac ne saurait éclipser l'intérêt des vestiges laissés par les autres époques dans cette région, avant comme après le Néolithique. Pour le Paléolithique inférieur, c'est aux abords du village de Saint-Colomban qu'ont été repérées les traces d'une fréquentation humaine du remontant à plusieurs centaines de milliers d'années et figurant parmi les gisements les plus anciens de l'ouest de la France. A l'Âge du Bronze, certains monuments mégalithiques sont encore fréquentés, comme en témoignent les deux colliers en feuille d'or ("gargantillas") qui furent trouvés au siècle dernier lors des premières fouilles des dolmens de Rondossec à Plouharnel, ainsi que quelques petits tertres au mobilier tardif. Une des gargantillas du Bronze ancien trouvées à Rondossec. A l'Âge du Fer, la fréquentation est encore attestée par quelques tombes (notamment près du Bono), par les premières salines (il s'agit de fours à évaporer la saumure et pas encore de marais salants) et surtout par plusieurs "stèles" bien caractéristiques (dont celle qui a été transportée au sommet du Tumulus-saint-Michel pour supporter la table d'orientation !). Ces monolithes (qui sont les véritables "menhirs" d'Obélix !) ne doivent pas être confondus avec les véritables mégalithes néolithiques... Un aspect de la villa des Bosseno durant les fouilles de James Miln. A l'époque romaine, le littoral morbihannais est largement investi. Parmi les établissements bien connus figurent notamment celui qui occupait la tête des alignements de Kermario et la grande villa des Bosseno, l'un et l'autre étudiés par J. Miln à la fin du 19e siècle. Dans la région, les romains ont également fréquenté de nombreux mégalithes (comme en témoignent les débris souvent rencontrés de leurs céramiques), transformant plusieurs d'entre eux en petits lieux de dévotion, comme par exemple le Petit-Mont d'Arzon. Le Moyen-Âge est marqué par la christianisation du paysage, avec croix de chemin, fontaines aménagées et chapelles. Plusieurs monuments mégalithiques sont appropriés à cette occasion (le Tumulus-saint-Michel, le dolmen de Cruz-Moquen). D'autres ont sans doute été détruits ou rendus méconnaissables (on assure que plusieurs vieilles croix de Carnac - Kerluir et Coet-a-Tous notamment - ont été taillées dans des menhirs...). La fontaine christianisée au pied du Tumulus Saint-Michel, lui-même surmonté de sa chapelle. Pour les époques récentes, la prospérité liée entre autres à l'exploitation des salines est sans doute à l'origine de la somptueuse église paroissiale qui, aux 17e et 18e siècles, a remplacé l'église romane préexistante. Une autre prospérité venue de la mer devait marquer le paysage carnacois à la fin du 19e siècle : l'L'architecture "balnéaire" de Carnac-plage témoigne du désenclavement de la région avec l'arrivée du chemin de fer.