Mégalithisme en Morbihan: Locmariaquer La presqu'île et ses monuments Cette langue de terre s'allonge sur 6km de long et 2 à 3km de large pour fermer à l'ouest le Golfe du Morbihan et constituer la rive droite de la profonde ria de la Rivière d'Auray. L'altitude n'y dépasse qu'exceptionnellement 10m et des zones basses plus ou moins marécageuses abondent dans sa partie occidentale. Le socle rocheux est presque totalement formé par le granite de Carnac, roche à grain moyen et texture orientée, mais souvent très diaclasée de sorte que les gîtes ayant pu fournir de belles dalles y semblent peu abondants. Des bandes de migmatites au litage tourmenté traversent ce granite dans l'est et le sud de la presqu'île ; elles ont fourni quelques dalles modestes ainsi que le menhir de Kerpenhir. Deux roches allochtones ont en outre été mises à contribution par les bâtisseurs de mégalithes. Un orthogneiss à gros grain a fourni les principales dalles (dont quelques blocs géants comme le Grand-Menhir). Sa provenance locale est géologiquement exclue et les gisements aujourd'hui accessibles se trouvent au nord d'Auray, au sud de Vannes (Arradon) ou sur la côte nord de la presqu'île de de Rhuys (Sarzeau). Tous sont distants d'une dizaine de kilomètres et impliquent un passage d'eau pour atteindre Locmariaquer. Une dalle de grès "ladère" constitue la dalle de chevet de la Table-des-Marchands ; les restes d'une telle formation superficielle d'âge éocène ont été reconnus à l'est du golfe du Morbihan, mais toujours à une dizaine de kilomètres au moins de Locmariaquer. Sur l'actuel territoire communal se trouvent une douzaine de monuments mégalithiques importants dont sept au moins sont des sites majeurs : le tumulus "carnacéen" de Mané-Lud et son dolmen associé, le long tumulus bas d'Er-Grah, le "Grand-Menhir brisé", le cairn avec dolmen à couloir de la Table-des-Marchands, le dolmen à double chambre de Mané-Rutual, le tumulus "carnacéen" de Mané-er-Hroeg et ses menhirs satellites, la tombe "coudée" des Pierres-plates. Les données sur l'ensemble formé par Er-Grah, le Grand-Menhir et la Table-des-Marchands ont été totalement renouvelées par des fouilles menées de 1986 à 1994 sous la direction de J. L'HELGOUAC'H et C.-T. LE ROUX. La présentation actuelle du site s'appuie sur le résultat de ces recherches dont la publication définitive est en cours. Un berceau de la recherche Dès la fin du 15e siècle, lorsque le navigateur rochelais Pierre Garcie (dit Ferrande) rédigea son Grand routtier et pyllotage et encrage de la mer, il y fit mention de "monts-joie" utilisables comme amers pour entrer dans le Golfe du Morbihan et qui n'étaient autres que les grands tumulus d'Arzon et Locmariaquer. Le tumulus du Mané-er-Hroeg et les deux menhirs qui gisent à son pied. Le dolmen du Mané-Rutual et sa dalle de couverture démesurée ; à côté, le menhir du Bronso, déjà couché et brisé en deux. Le dolmen de la Table-des-Marchands et le Grand-Menhir. Les premières descriptions explicites de ces monuments ne datent toutefois que du milieu du 18e siècle ; elles sont dues au marquis Christophe-Paul de ROBIEN, président à mortier du Parlement de Bretagne et esprit éclairé qui était propriétaire du manoir du Plessis-Caer dans la paroisse voisine de Crac'h. Sur une planche de son Histoire ancienne et naturelle de la province de Bretagne, le "Mont Helleu" (le Mané-Lud) est explicitement désigné et on reconnaît sans peine le Mané-er-Hroeg, le Mané-Rutual, le menhir du Bronso, la Table-des-Marchands et le Grand-Menhir, ainsi que le dolmen de Kergleverit aujourd'hui sur la commune voisine de Crac'h. Tous sont dans un état déjà proche de celui dans lequel les trouveront les premiers fouilleurs, près d'un siècle plus tard. Ces premières fouilles devaient intervenir dès 1811 à la Table-des-Marchands. Elles furent menées par la Société armoricaine d'Auray sous la direction de M. Renaud et suivies en 1813 d'une seconde intervention aux Pierres-plates. L'une et l'autre ont fait l'objet d'un commentaire illustré publié par A. Maudet de Penhouet dès 1814. Les grands tumulus du Mané-Lud et du Mané-er-Hroeg furent quant à eux explorés par la Société polymathique du Morbihan en 1863-64. Les fouilles de la Table-des-Marchands en 1811. Il serait fastidieux d'énumérer toutes les interventions d'archéologues qui suivirent. On rappellera simplement l'action de Z. LE ROUZIC avec une exploration sommaire du tumulus d'Er-Grah en 1908 et plusieurs reprises de fouilles et restaurations, notamment au Mané-Lud (1922 et 1930), au Mané-et-Hroeg (1923), au Mané-Rutual (1923 et 1936), aux Pierres-plates(1935-36) et surtout à la Table-des-Marchands (1921 et 1937), opération qui devait déclencher de vives polémiques autour des bouleversements apportés à la vision traditionnelle de ce monument. Avant les mégalithes A la différence de Carnac, aucun témoignage d'occupation humaine au Paléolithique n'a encore été repérée sur la presqu'île de Locmariaquer, faute sans doute de "pièges sédimentaires" adéquats. Les premiers indices significatifs ne remontent qu'au Néolithique mais ils semblent correspondre au tout début de la néolithisation de l'Armorique. La tourbière de Kerpenhir Comme en de nombreux points de la côte, une "tourbière littorale" est connue depuis 1883 près de la pointe de Kerpenhir qui marque l'extrémité sud-est de la commune. Cette formation argilo-tourbeuse épaisse de 1,5m qui émerge tout juste aux plus grandes marées basses a été étudiée dans le cadre d'une recherche générale sur les paléo-environnements néolithiques de la région. Le diagramme pollinique obtenu par l'équipe de L. Visset révèle de premiers indices de céréales dès le 6e millénaire avant J.-C., ce qui les ferait contemporains des groupes mésolithiques tardifs du Teviecien. L'implantation durable de communautés néolithiques s'imprime fortement dans le "spectre pollinique" de la tourbière à la fin du 6e millénaire avec une dégradation brutale et durable de la forêt, une explosion des plantes "rudérales" et une présence constante des céréales jusqu'à la fin de la séquence tourbeuse conservée, à la charnière des 4e et 3e millénaires. Extrait simplifié du diagramme pollinique de la tourbière de Kerpenhir à Locmariaquer Légende du diagramme pollinique : Céréales (témoignant des débuts de l'agriculture) Plantes "rudérales"(se développant surtout au voisinage des habitats humains) Plantes herbacées diverses (témoignant d'une régression de la forêt) Arbres et arbustes de clairière (noisetier, etc.) Arbres de la forêt dense (chênaie mixte) Sous le tumulus d'Er-Grah Les restes des deux bovins sacrifiés dans leur fosse. Le foyer très ancien occupait l'emplacement de la tache grise en haut de l'image, à gauche de la petite tranchée. Par chance, les mégalithes récemment étudiés à Locmariaquer avaient recouvert et protégé un vieux-sol relativement épais contenant de nombreuses traces de fréquentation antérieures à la construction des monuments. Sous le tumulus d'Er-Grah, deux structures particulièrement anciennes se placent dans une ambiance déjà clairement cultuelle. Une aire de combustion subcirculaire de 0,8m de diamètre moyen, empierrée de petits cailloux et de quelques pierres plates plus importantes a donné une date radiocarbone dont la "fourchette de calibration" tombe entre 5400 et 5100 avant J.-C., soit en plein durant la phase "explosive" de l'implantation agricole détectée à Kerpenhir. A quelques mètres de là, une fosse contenait les restes de deux bovins qui avaient semble-t-il été dépouillés et en partie décharnés avant d'être enfouis ; ces animaux (un mâle et une possible femelle) étaient de grande taille, encore proches de l'aurochs sauvage mais des détails anatomiques relevés par A. Tresset indiquent qu'ils étaient déjà domestiqués. Le remplissage supérieur de la fosse est daté entre 4950 et 4700 avant J.-C. mais il n'est pas impossible que le dépôt des bovins appartienne à une phase antérieure, quasi-contemporaine du foyer voisin. Un des foyers empierrés mis au jours dans le vieux-sol préservé sous le tumulus d'Er-Grah. Le tumulus d'Er-Grah Dans son état restauré actuel, le monument se présente comme un immense trapèze de 140m de long, 16m de large à l'extrémité nord et 26m à l'extrémité sud, allongé vers le N-NW et axé sur le Grand-Menhir. La hauteur reste modeste (moins de 2m) ; la partie nord apparaît comme un cairn entourant la grande dalle d' orthogneiss qui recouvre une tombe inaccessible depuis l'extérieur tandis que le sud est terreux entre de simples bordures pierreuses. Enfin, tout un système de parements structure les massifs de pierres. Le caveau d'Er-Grah tel qu'il apparaissait au début du 20e siècle, artificiellement ouvert au sud. Un monument géant réalisé en plusieurs phases Les fouilles ont montré que le tumulus d'Er-Grah était l'aboutissement d'une histoire architecturale complexe. Une série de fosses et de foyers, postérieure aux deux structures les plus anciennes du vieux-sol, semble par contre liée à des objets du Néolithique moyen ("coupes à socle", vases à décor cannelé dans le style régional dit "de Castellic", perles en variscite). De petits massifs pierreux apparemment dépourvus de toute structure interne se superposent directement à cette fréquentation que plusieurs dates radiocarbone permettent de situer dans le dernier quart du 5e millénaire avant J.-C. L'intérieur du caveau en cours de fouille : portant la dalle d'orthogneiss, la paroi nord (à gauche) est soigneusement maçonnée. Un vaste caveau trapézoïdal (3,9m de long x 2,6 à 1,8m de large) a été construit juste au nord de ces premiers massifs, au c£ur d'un "cairn primaire" de 43m de long pour 11 à 14m de large, lui-même structuré par de nombreux parements. En un premier temps, ce caveau est resté accessible par son côté est, avant que l'achèvement du cairn n'en condamne l'entrée. Deux "extensions" à noyau de limon blanchâtre (matériau extrait de quelque zone marécageuse environnante) sont ensuite venus donner au monument son ampleur définitive. L'extension nord, tronquée par une carrière, n'a jamais dû être très importante (une vingtaine de mètres de long ?). Conservée en hauteur, elle montre que le limon était recouvert d'une chape de pierres complétant les massifs latéraux ; l'aspect extérieur devait donc mimer celui du cairn primaire. L'extension sud dépasse 70m de long, mais elle est très arasée. La fouille a montré que la masse du limon y était structurée par un réseau de palissades en bois organisé de part et d'autre d'une "ligne axiale". pour finir, une sorte de "trottoir" bas semble avoir bordé les deux côtés du monument. Des rapports précis avec le Grand-Menhir Cette extrémité sud d'Er-Grah semble être restée inachevée. Curieusement oblique par rapport à l'axe général du monument, elle est parallèle à l'alignement lié au Grand-Menhir comme si elle tenait compte de sa présence. Jadis, Z. Le Rouzic voyait dans le Grand-Menhir un "menhir indicateur" dressé à l'extrémité d'Er-Grah. Les fouilles n'ont pas confirmé ces vues, montrant que la base du monolithe était prise dans une structure indépendante et stratigraphiquement antérieure au tumulus. Par contre, la symétrie rigoureuse d'Er-Grah par rapport à un axe reliant la base du menhir au caveau indique que le monolithe géant était encore hautement significatif et sans doute toujours dressé au moment de la construction du tumulus (qui a dû se concentrer sur les deux derniers siècles du 5e millénaire). La Table-des-Marchands L'intérieur de ce monument emblématique de Locmariaquer a été fouillé dès 1811. Malgré les méthodes encore rudimentaires de l'époque, les fouilleurs remarquèrent que le contenu de la chambre était stratifié et ils y recueillirent divers objets, dont un "peloton de fil d'or" (sans doute un bijou chalcolithique) qui devait malencontreusement exciter les cupidités. L'entrée de la Table-des-Marchands dans son cairn restauré (initialement, la hauteur pouvait atteindre 4 à 6m, comme à Gavrinis). Un dolmen en l'honneur d'une stèle L'intérieur de la chambre durant les fouilles : la stèle-écusson en grès, entièrement dégagée, supporte l'énorme dalle en orthogneiss décorée à sa face inférieure. Typologiquement, la Table-des-Marchands est un dolmen à couloir classique, à la structure "semi-mégalithique" (des espaces assez importants entre les dalles des parois étaient complétés par une maçonnerie sèche). Le couloir est de longueur moyenne (7m) et sa hauteur (1,4m à l'entrée) augmente rapidement vers l'intérieur. La chambre polygonale est remarquable par sa hauteur interne (près de 2,5m), qui semble avoir été commandée par la dalle de chevet, magnifique dalle de grès blanc transportée depuis une dizaine de kilomètres au moins. Sa forme naturellement ogivale est soulignée par un décor en "écusson" particulièrement élaboré. Les fouilles de J. L'Helgouac'h ont montré que le calage de cette pierre était antérieur à la construction du dolmen. Selon toute vraisemblance, une stèle érigée en plein air (et sans doute liée à l'alignement du Grand-Menhir) aura été incorporée à la place d'honneur dans une chambre à couloir bâtie à sa mesure. Un "recyclage mégalithique" L'énorme dalle recouvrant la chambre (7m de long, 4m de large et jusqu'à 0,8m d'épaisseur) est en orthogneiss allochtone. La cassure qui surmonte le couloir avait déjà été notée par les fouilleurs de 1811 (et même sans doute par le Président de Robien au 18e s.). En 1983, on a pu la raccorder "virtuellement" à la couverture de la chambre de Gavrinis, distante de 5km au delà de la Rivière d'Auray. La cassure de la dalle d'orthogneiss au dessus du couloir, dégagée durant la fouille. Proposition de reconstitution de la grande stèle ornée dont la moitié inférieure constitue le plafond de la Table-des-Marchands. Les décors reconnus sur les deux pierres se complètent parfaitement et le troisième fragment de ce monolithe géant est peut-être la couverture du caveau d'Er-Grah, ce qui conduirait à la reconstitution hypothétique d'un "second grand menhir" de quelque 14m de long, magnifiquement décoré d'une superposition de symboles piquetés dans la roche. Amener à Locmariaquer cette stèle d'environ 65 tonnes (sans doute pour l'ériger à côté du Grand-Menhir) était tout à fait à la portée d'hommes capables de déplacer ce dernier et ses 280 tonnes. L'abattre a sans doute fait partie du processus de dépeçage général de l'alignement. Pour ce qui est du débitage et de la réutilisation des fragments, on peut hésiter entre une logique de simple récupération et une volonté d'incorporer à chacun des monuments concernés une partie des vertus de cette pierre exceptionnelle. La redécouverte d'un cairn et de ses assises Les fouilles dirigées par J. L'Helgouac'h ont dégagé la base d'un cairn ovalaire d'environ 30x25m de diamètre. Celui-ci est limité par un parement en maçonnerie sèche et ses structures internes se limitent à un second parement, subcirculaire et de 18 à 20m de diamètre, tangent au précédent au niveau de l'entrée du couloir. Cette structure monumentale (qui pouvait atteindre 5 à 6m de haut) semble avoir été attaquée dès l'époque gallo-romaine afin de fournir moellons (dans le cairn) et pierres de taille (certains piliers du dolmen) pour la construction de l'agglomération antique toute proche. Comme les autres monuments du site, la Table-des-Marchands n'a pas été construite en terrain vierge ; sous son emprise et alentour, un vieux-sol bien conservé a livré en abondance tessons de poterie et silex du Néolithique moyen, ainsi que plusieurs foyers, des "fosses-carrières" attaquant le rocher et de nombreux "trous de poteaux" témoignant de constructions en bois préexistantes durant la seconde moitié du 5e millénaire avant J.-C. La construction du dolmen et de son cairn a été datée du tout début du 4e millénaire avant J.-C. Elle semble intervenir à un moment où l'alignement lié au Grand-Menhir avait déjà disparu. Les Pierres-plates, une tombe tardive Vers -3000, le groupe particulier des tombes mégalithiques "coudées" ou "en équerre" se développe sur le littoral morbihannais, toujours à proximité immédiate de la mer. Un des plus beaux exemplaires est le monument des Pierres-plates qui se dresse à l'extrémité sud de la presqu'île de Locmariaquer. Pour bien en comprendre l'architecture, très restaurée et privée de son cairn, il faut se référer à d'autres monuments mieux préservé (notamment le Goerem à Gâvres ou Kernours au Bono) : toute la partie terminale (7m de long) représente une vaste chambre funéraire très allongée, le premier tiers de la galerie, un peu plus étroit et oblique par rapport à la chambre, correspond au couloir d'accès, aux Pierres-plates, un petit "cabinet" se greffe au creux du coude de la structure principale. La chambre très allongée des Pierres-plates, aux parois faites d'une alternance de dalles dressées et de panneaux maçonnés. Comme dans les autres tombes de ce type, les parois sont "mixtes", avec d'étroits panneaux maçonnés entre les piliers mégalithiques. La couverture est assurée par une succession de petites dalles étroites en granite (beaucoup ont dû être remplacées). La dernière, plus importante et en orthogneiss, qui a sans doute été récupérée sur quelque monument alors déjà ruiné. Le tertre indécis qui englobe actuellement cette tombe est très largement dû à Z. Le Rouzic qui la restaura en 1931. Par comparaison avec le monument quasi-intact de Gâvres, on peut penser que l'ensemble de la galerie n'était protégé que par un tertre modeste, mais comportant un noyau pierreux important. Quant au "menhir indicateur" qui se dresse à l'entrée, il s'agit d'un bloc qui gisait devant le monument et fut érigé là par le restaurateur. On ignore son rôle originel dans la structure mais on peut constater que sa face orientale porte de nombreuses cupules. Ce monument fut exploré dès 1813 avec des résultats décevants en raison de perturbations anciennes. Cependant, les fouilleurs notèrent que de nombreux piliers étaient décorés, ce qui donna lieu au premier véritable relevé d'art mégalithique dans la région, publié par A. Maudet de Penhouet dès 1814. C'est ce décor, réétudié à maintes reprises mais quelque peu mutilé depuis (un panneau majeur au moins a disparu), qui a permis de définir le "style des Pierres-plates" caractéristique des tombes en équerre morbihannaises. Une des "idoles" si caractéristiques du "style des Pierres-plates". L'art mégalithique à Locmariaquer En quelques monuments majeurs, la presqu'île de Locmariaquer rassemble la quintessence de l'art mégalithique armoricain. Dans le dolmen du Mané-Lud, on trouve un véritable condensé du répertoire ornemental des tombes à couloir : Une imposante série de "corniformes" sur une des dalles du Mané-Lud. l'"écusson" est représenté par la stèle ogivale couchée pour former le sol de la chambre, mais ce signe figure aussi sur le pilier de droite, à l'entrée du couloir dans la chambre ; des "haches emmanchées" schématiques apparaissent sur cette même dalle, ainsi que des "crosses", un cercle de petites cupules et de possibles "bateaux" aux extrémités relevées (avec même une évocation de leur équipage ?) ; au moins 13 "corniformes" constituent un véritable "troupeau sacré" sur l'avant-dernier pilier du couloir, côté gauche ; enfin, un grand signe énigmatique se détache en relief sur la dalle de chevet de la chambre, possible autre stèle en écusson réemployée dans la construction du monument. A la Table-des-Marchands, l'oeuvre majeure est sans conteste la stèle en grès blanc qui forme le chevet de la chambre et qu'il faut imaginer luisant dans la pénombre de la sépulture. Son contour naturellement ogival est souligné par un grand "écusson" à l'intérieur duquel s'organisent quatre registres de "crosses" disposées en une symétrie bilatérale. Cet emblème monumental est complété par d'autres signes à la base de la pierre et à son verso. La grande hache emmanchée au centre du plafond de la Table-des-Marchands. Le plafond de ce même monument correspond à la moitié inférieure d'une grande stèle débitée dont la reconstitution montre une superposition de signes géants, aujourd'hui partagés entre la Table-des-Marchands et Gavrinis mais qui étaient à l'origine destinés à être admirés et vénérés de tous à distance lorsque la pierre se dressait à l'air libre : une grande "hache-charrue", deux représentations animales (sans doute des bovins aux cornes hypertrophiées), une "crosse" et une grande "hache emmanchée". Le Mané-Rutual, dolmen à long couloir et double chambre aux confins du bourg, montre lui aussi une importante réutilisation de stèles ornées : un "écusson" géant surmonté d'une probable lame de hache aujourd'hui mutilée occupe la face inférieure de la grande dalle d' orthogneiss (11m de long) qui recouvre en la débordant largement la chambre principale ; deux "haches-charrues" figurent sur deux petites stèles elles aussi réemployées dans la structure du monument au niveau de l' antichambre ; deux petites "crosses" s'opposent à la base d'un pilier de cette même antichambre. La petite stèle du Mané-er-Hroeg, reconstituée à partir des fragment retrouvés lors de la fouille (et malheureusement détériorée depuis par des vandales...). Le grand tumulus du Mané-er-Hroeg n'a livré qu'un seul bloc orné, qui gisait brisé dans le bourrage condamnant l'accès au caveau. Bien que de taille modeste (1,1m de long), cette pierre est un élément majeur de l'art mégalithique armoricain en raison de la complexité de son décor, organisé autour d'un "écusson" central : à l'intérieur, figurent des crosses opposées et des corniformes ; au dessus et au dessous, une série de haches qui arborent, pour la plupart, un manche à l'extrémité recourbée en crosse ; à la base, l'image mutilée d'un probable petit bovidé complète la composition. Aux Pierres-plates enfin, l'art si particulier des tombes en équerre morbihannaises s'exprime par une série de compositions spectaculaires dont l'interprétation n'a pas manqué de solliciter la sagacité des chercheurs. Le premier pilier, à gauche de l'entrée, en donne cependant la clé avec une série de signes encore assez simples dont certains, avec leur rostre saillant, permettent de faire le lien avec l'écusson des tombes à couloir. Les plus simples des "idoles" des Pierres-plates rappellent encore le graphisme des "écussons" des tombes à couloir.