L'astronomie débute partout de la même façon : on révère le Soleil, la Lune, les planètes, les étoiles. Les astres font souvent partie des divinités importantes et, pour asseoir son pouvoir, le souverain ne manque pas de rappeler son lien privilégié avec eux : l'empereur chinois est « fils du ciel » possédant un « mandat céleste », l'empereur japonais est fils du Soleil, de même que l'Inca ou Pharaon ! Évidemment, plusieurs choses indiquent que ces astres nous sont supérieurs. Tout d'abord leur position, bien sûr, naturellement élevée ! Leur immortalité, ensuite - le Soleil se lève tous les matins, contrairement à l'Homme et aux autres créatures terrestres qui un jour ne se lèveront plus ! Leur éclat, enfin - produire de la lumière n'est pas chose aisée, et tout mourrait sur Terre sans la lumière solaire ! Rien d'étonnant donc à la présence d'astres dans les panthéons. Les faits et gestes de ces divinités célestes sont racontés à travers un ensemble de mythes. Ceux-ci possèdent plusieurs fonctions. Rapporter des faits incontestables, que tous doivent connaître, sur ces objets (phases de la Lune, éclipses, différence d'éclat entre Lune et Soleil, etc.). mais aussi expliquer ces faits, le plus souvent dans une histoire moralisatrice, qui rappelle les lois de la société qui l'a créée (prohibition de l'inceste, traitement égal des diverses épouses en cas de polygamie, respect des parents, etc.). Observer le ciel, une activité banale ? Les Anciens observaient quelques phénomènes simples, soit, mais ont-ils véritablement scruté le ciel ? Oui, ils ont même observé très attentivement la voûte céleste ! Leurs monuments en donnent la preuve. Ainsi, l'orientation des centaines de sites mégalithiques en Grande ou Petite Bretagne ne doit pas grand-chose au hasard. Ils sont orientés dans la direction du Soleil levant ou couchant en des moments précis (équinoxes, solstices, et à mi-chemin entre les deux) mais aussi dans la direction du lever ou coucher de la Lune en ses extrêmes (lever/coucher le plus au Nord/Sud). Atteindre une certaine précision sur des directions solaires demande déjà un certain temps (plusieurs années d'observations), mais que dire des directions lunaires (pour passer d'un extrême à l'autre, la Lune met presque 10 ans !). Ce type d'analyse a été effectué pour de nombreuses civilisations, surtout celles dont on ne possède pas d'écrits, et, partout, les temples et monuments importants cachent souvent des orientations célestes. Si le cas des pyramides et temples d'Égypte est connu, il est loin d'être unique, avec des sites amérindiens (Big Horn Medicine Wheel, Cahokia Mounds, dagues solaires de Fajada Butte), incas (le Torreon du Machu Picchu, les piliers de Cuzco), africains (Great Zimbabwe), polynésiens (certains moai de l'Île de Pâques), etc. Modéliser le ciel, un pas vers la science actuelle Souvent, on regarde le ciel pour guetter un signe des dieux célestes. Du coup, certains ont essayé de prévoir le comportement des astres, pour séparer le bon grain (un événement intempestif) de l'ivraie (les événements périodiques et naturels). Épaulés par de grandes campagnes d'observations, les astronomes se sont mués en théoriciens, modélisant les astres. Les Mésopotamiens (et les Indiens ?) ont été très loin dans la modélisation. Ils seraient les premiers à avoir l'idée de reproduire la Nature par un modèle abstrait - et pas n'importe lequel. Les mouvements célestes sont complexes ? Simplifions ! Considérons que tel paramètre varie pendant un court intervalle suivant une droite, ou supposons même qu'il soit constant sur cet intervalle. Les calculs seront bien plus aisés avec ces fonctions simples, il ne restera plus qu'à interpoler entre les positions typiques pour trouver les bonnes valeurs ! Les scientifiques actuels utilisent encore ce type de procédure quand ils rencontrent un phénomène complexe. Grâce à ces modèles arithmétiques, les astronomes mésopotamiens vont pouvoir calculer les phases de la Lune et sa visibilité nocturne, les éclipses, ainsi que les positions de planètes. Leur précision fera pâlir leurs voisins grecs - Hipparque aurait même, semble-t-il, piqué une grosse colère contre ses collègues incapables d'atteindre la précision de ces Mésopotamiens. On retrouve aussi des modèles arithmétiques chez les Mayas. Il est d'ailleurs à souligner que les 4 livres mayas encore en circulation (les « codex » de Paris, Dresde, Madrid et Grolier) sont tous consacrés peu ou prou à l'astronomie ! Ces codex présentent des modèles pour la Lune et le Soleil (table des éclipses), Vénus et Mars. Quoique se limitant uniquement aux nombres entiers, les Mayas sont arrivés dans ces tables à atteindre une très grande précision sur les cycles célestes (quelques minutes sur la période synodique de Vénus de 584j) en introduisant régulièrement des corrections. Le savoir des anciens, un héritage non dénué d'intérêt Les meilleurs observateurs anciens, ce sont certainement les Chinois. Depuis le 24e siècle avant notre ère, les astronomes de l'Empire du Milieu rapportent consciencieusement l'état du ciel. Métier apprécié, l'astronomie se fait dans des observatoires royaux, puis impériaux : le financement de la recherche est ainsi assuré, et l'on comptait déjà 300 fonctionnaires à l'observatoire impérial du temps de Qin (200 av. notre ère) ! Grâce à leur patience inégalée, les Chinois nous ont tout simplement transmis la plus grande bibliothèque astronomique du monde. Les seuls qui puissent un peu rivaliser avec eux sont les Mésopotamiens, dont un bon millier de tablettes dédiée à l'astronomie nous sont parvenus. Que peut-on tirer aujourd'hui de ce vénérable ensemble ? Plus qu'on ne l'imagine. Par exemple, cet héritage permet d'étudier les orbites de comètes à long terme, comme par exemple celle de la comète de Halley : les Chinois ont ainsi enregistré tous les passages de Halley depuis 2200 ans, et des traces ponctuelles plus anciennes existent également ! Autre exemple : l'analyse de la rotation de la Terre. Notre planète tourne en fait de plus en plus lentement, mais à quel taux exactement ? L'écart étant minime, un siècle ou deux ne suffisent pas : les anciennes observations d'éclipse ont ici été très précieuses pour trouver la valeur moyenne du ralentissement. Dernier exemple : les Chinois ont tout particulièrement surveillé les événements intempestifs, comme les supernovae et novae. Un astronome étudiant aujourd'hui un résidu de supernova sera certainement intéressé par les conditions de l'explosion, pour voir si tout cela « colle » avec les modèles actuels !