Abeilles : pourquoi disparaissent-elles ? Depuis l'interdiction des insecticides Gaucho et Régent,appliqués sur les graines de tournesol et de maïs, les ruches ne se portent pas mieux. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments a identifié une quarantaine de causes de mortalité d'abeilles, dont un acarien qui fait des ravages. Les insecticides Gaucho et Régent, de Bayer et BASF, ne sont pas l'unique cause des mortalités d'abeilles constatées depuis le début des années 1990 en France, contrairement à ce qu'affirment une partie des apiculteurs. La preuve : depuis l'interdiction de ces insecticides systémiques, appliqués sur les graines de tournesol et de maïs, les ruches ne se portent pas mieux. De nombreuses études montrent pourtant que la santé des abeilles ne cesse de se dégrader partout dans le monde. Les États-Unis, par exemple, sont touchés par une nouvelle maladie d'origine inconnue : le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles ou CCD. Un rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), rendu public la semaine dernière, a passé en revue une grande partie de ces études sans toutefois être exhaustif. Les experts consultés par l'agence dénombrent en tout une quarantaine de causes à l'origine des mortalités et des affaiblissements de colonies d'abeilles. «Aucun cas d'intoxication impliquant des résidus de produits dans le pollen ou le nectar d'espèces végétales issues de semences traitées n'a été recensé dans la littérature ou par les réseaux», souligne le rapport. L'Afssa recommande notamment la création d'un réseau d'épidémiosurveillance fonctionnant en continu. «Du fait qu'il n'y a aucun enregistrement, on est dans l'incantation médiatique», s'insurge Philippe Vannier, directeur de la santé animale à l'Afssa. L'agence demande la création d'un institut technique apicole ainsi que la remise en vigueur de la déclaration obligatoire annuelle du nombre de ruches dans un but strictement sanitaire et la mise en oeuvre de mesures coercitives en cas de non-respect de la réglementation. Ces mesures ont déjà été préconisées en octobre dernier par le député UMP Martial Saddier dans son rapport «Pour une filière apicole durable». Un fléau majeur : le varroa. L'impact des insecticides sur les abeilles n'est pas occulté, mais il se limite à des cas d'intoxications aiguës dus à des traitements effectués en période de floraison ou à des défauts de fabrication de semences enrobées. Mais, selon l'Afssa, l'effet chronique des pesticides invoqué par les apiculteurs n'a pas été mis en évidence. Une chose est sûre : le fléau majeur de l'apiculture reste le varroa. Originaire d'Indonésie, ce minuscule acarien, arrivé en France à la fin des années 1980, fait des dégâts considérables. La mondialisation du commerce des reines d'abeille a contribué à le diffuser dans le monde entier. Le rapport de l'Afssa souligne le trop petit nombre de traitements efficaces contre ce parasite, tout en dénonçant les mauvaises pratiques qui peuvent conduire des apiculteurs à utiliser des produits dangereux pour les abeilles elles-mêmes. D'autres prédateurs ou parasites (champignons, bactéries, virus) dont certains interagissent avec le varroa s'en prennent aussi aux ruches. La diminution de la biodiversité liée à l'agriculture intensive est également citée comme l'une des causes vraisemblables des mortalités d'abeilles. En plus d'être en contact direct avec un environnement dégradé, l'abeille est aussi une espèce domestique extrêmement fragile du fait de la complexité du fonctionnement de l'ensemble de la ruche. L'abeille est un insecte social et pas une vache à miel. ** DOCUMENT - Le rapport complet de l'Afssa (PDF) : http://www.afssa.fr/Documents/SANT-Ra-MortaliteAbeilles.pdf ** Les insectes pollinisateurs, une «aide» non négligeable. Y. M. 23/02/2009 | Mise à jour : 09:07. Pour la première fois, des chercheurs ont calculé à quelle hauteur le travail des abeilles et d'autres espèces sauvages contribuaient à l'économie mondiale. Les insectes pollinisateurs sont menacés par les activités agricoles (pesticides, destruction des habitats, réduction de la biodiversité), alors même qu'ils contribuent à la production alimentaire. Des chercheurs français du CNRS et de l'Inra ont calculé qu'à l'échelle planétaire, sur la base des prix de 2005, la contribution des pollinisateurs s'élève à 153 milliards d'euros, soit 9,5 % de la valeur de la production agricole mondiale destinée à la consommation humaine (Ecological Economics, 15 janvier 2009). Mis à part les céréales (60 % des ressources alimentaires), la majorité des cultures fruitières, légumières, oléagineuses, protéagineuses, de fruits à coques dépend de l'activité des pollinisateurs et particulièrement des abeilles domestiques. Leur contribution intervient pour 50 milliards d'euros dans la production des fruits et des légumes et pour 39 milliards dans la production d'oléagineux. Ce chiffre est calculé en multipliant la valeur des différentes cultures enregistrées par la FAO et le coefficient de dépendance de chaque espèce végétale. Le Sud plus dépendant. Mais ces données globales cachent de fortes disparités régionales. En Europe, l'agriculture des pays méditerranéens est plus dépendante de la pollinisation que celle des pays du nord. Les pollinisateurs contribuent en moyenne à 9 % de la production en France, 12 % en Italie, 11 % en Espagne contre 1 à 7 % dans le nord de l'UE. Nicola Gallai, du laboratoire montpelliérain d'économie théorique et appliquée (Lameta), a fait les calculs pour la France. Il devrait bientôt les publier. Sur les 23 milliards d'euros que représente la production des 73 principales cultures réservées à l'alimentation humaine, il a calculé que 2 milliards sont à mettre à l'actif des insectes pollinisateurs. Ce chiffre serait beaucoup plus élevé s'il prenait aussi en compte leur contribution à la production des plantes fourragères et productrices d'énergie ou même à la reproduction de la flore sauvage. La disparition des pollinisateurs dans notre pays pourrait entraîner un surcoût de 2 à 6 milliards d'euros pour le porte-monnaie des Français. «Le manque ne serait pas seulement financier, assure Nicola Gallai. On trouverait sans doute des substituts, mais la perte se traduirait aussi en termes de bien-être.» La dépendance des espèces végétales est très variée. Le kiwi, une plante dioïque avec des pieds mâles et des pieds femelles, dépend à 100 % des pollinisateurs pour fructifier. Le coefficient de dépendance de la plupart des arbres fruitiers, comme le pommier, le poirier, le prunier, le pêcher, le cognassier, se situe entre 40 % et 90 %. En l'absence de pollinisateurs, la récolte baisse mais aussi sa qualité. C'est ainsi que des fraisiers non pollinisés donnent des fruits rabougris. Les scénarios du Millenium Ecosystem Assessment prévoient dans les prochaines décennies une intensification des cultures de légumes et de fruits autour des grandes concentrations urbaines. Le service des insectes pollinisateurs à l'agriculture devrait s'intensifier. Leur survie est donc aussi un enjeu pour demain.