Vers des thérapies inédites pour soigner Parkinson. La recherche explose: nouveaux médicaments, thérapie génique et cellulaire. Le parkinsonien est condamné aux mouvements volontaires à perpétuité, disait Charcot, le célèbre neurologue français qui a baptisé la maladie de Parkinson (MP) en 1872. Près d'un siècle et demi plus tard, les symptômes des parkinsoniens peuvent être soulagés; mais la maladie, due principalement à une dégénérescence des neurones à dopamine, ne se guérit toujours pas. Pour combattre les atteintes neuronales, voire les prévenir, plusieurs voies prometteuses sont explorées: médicaments, thérapies géniques et cellulaires, stimulation électrique de zones cérébrales. Parallèlement, les chercheurs tentent d'élucider les mécanismes intimes de ces morts neuronales et d'identifier les différentes formes de la maladie. Les médicaments disponibles, dits dopaminergiques, améliorent le quotidien des patients, mais leurs effets secondaires peuvent être très gênants. La L-dopa induit notamment des effets «on-off» (fluctuations brutales d'efficacité) et des mouvements anormaux. Quant aux agonistes dopaminergiques, plus récents, ils se sont révélés, dans des cas parfois dramatiques, susceptibles d'induire des conduites addictives: jeux, achats, sexe. En outre, ces molécules n'agissent pas sur la cause ni sur la progression des lésions. Il y a quelques mois, une étude franco-américaine a toutefois suggéré que la rasagiline, un nouveau médicament, pourrait ralentir l'évolution de la MP. «C'est une nouveauté majeure, qui m'incite à en prescrire plus tôt, commente le Pr Pierre Césaro (Hôpital Henri Mondor, Créteil). Il serait d'ailleurs intéressant d'évaluer les effets de cette molécule chez des patients à risque qui n'ont pas encore déclaré la maladie de Parkinson.» De fait, selon le neurologue, les troubles moteurs peuvent être précédés, plusieurs années avant, de symptômes telles une perte de l'odorat, une constipation grave ou encore des anomalies du sommeil paradoxal. Des médicaments préventifs seraient aussi bienvenus dans les formes familiales, héréditaires, de la MP. Stimulation de la moelle épinière. Un autre défi majeur pour les chercheurs est d'agir sur les troubles de la posture, de la marche, de l'élocution, les atteintes des sphincters. symptômes très invalidants qui apparaissent en général après dix à vingt ans d'évolution. «Ces signes dits axiaux, qui existent chez 90 % des patients, ne sont pas liés à une carence en dopamine, insiste le Pr Yves Agid, responsable scientifique de l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (cette fondation privée d'utilité publique, qui réunira 600 chercheurs, ouvrira ses portes à l'automne prochain à la Pitié-Salpêtrière de Paris). Ils ne répondent donc pas aux médicaments ni à la stimulation cérébrale profonde.» Pratiquée depuis 1993, dans des indications très sélectionnées, cette technique chirurgicale assez lourde consiste à stimuler une petite zone profonde du cerveau (les noyaux sous-thalamiques), pour lutter contre le tremblement, la rigidité et des troubles moteurs. Entre 3 000 et 3 500 parkinsoniens en ont bénéficié en France. Les spécialistes cherchent à définir d'autres cibles. Quelques équipes, notamment en France, étudient ainsi les effets de la stimulation d'un noyau profond - dit pédiculopontin -, impliqué dans la posture et la marche. Mais les résultats, obtenus sur un nombre encore limité de malades, sont pour l'instant contradictoires, selon le Pr Jean-Philippe Azulay (CHU de Marseille). Une étude française est par ailleurs en cours pour évaluer la stimulation de la moelle épinière. Très prometteuse sur des modèles animaux de la MP, cette méthode présente l'avantage d'être techniquement plus facile et beaucoup plus légère que la stimulation cérébrale profonde. Quant aux thérapies géniques et cellulaires, elles sont à des phases de recherche moins avancées. Une thérapie génique avec trois gènes, «soit la chaîne complète de fabrication de la dopamine», selon le Pr Cesaro, est testée chez quelques malades à Créteil. Ce spécialiste se dit en revanche sceptique sur l'avenir des thérapies cellulaires, d'autant que des travaux récents ont montré que les neurones greffés deviennent parkinsoniens après plusieurs années. Comme si la maladie se transmettait de proche en proche, telle une infection. Un obstacle loin d'être insurmontable, selon Pierre-Marie Lledo, de l'Institut Pasteur. Pour ce chercheur, qui a déjà réussi à reprogrammer des cellules souches neuronales adultes en neurones à dopamine, la clef de la réussite réside dans un bon timing : «En intervenant au bon moment, on peut choisir le destin des cellules et maîtriser leur durée de vie.» Des mondes qui restent encore à explorer. ** Parkinson: un livre blanc pour sortir de l'ombre. Remis le 12 avril à la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, à l'occasion de la journée mondiale de la maladie de Parkinson. «Quand je vais dans les supermarchés avec mon petit garçon, il y a des moments où je me fais insulter, où les gens disent que j'ai bu, que je suis droguée», raconte une malade. «Une pétition de parents d'élèves s'est faite, visant à ne plus nous revoir à l'école au prétexte que j'ai la maladie de Parkinson», s'insurge une autre, qui souhaiterait «un spot télévisé pour sensibiliser l'opinion publique et inciter les gens à tendre la main aux malades plutôt que de les enfoncer». Ces deux témoignages, emblématiques de la discrimination que subissent certains parkinsoniens, sont issus d'un livre blanc remis le 12 avril à la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, à l'occasion de la journée mondiale de la maladie de Parkinson (MP). Réalisé avec la participation de plus de 2 000 personnes, patients et professionnels, au cours d'états généraux (organisés par l'association France Parkinson), ce livre blanc a pour objectif de faire reconnaître la MP comme une «grande» maladie justifiant des actions spécifiques. Vingt propositions sont donc formulées, tant pour la faire sortir de l'ombre que pour aider les patients dans leur vie quotidienne, les soigner plus efficacement et renforcer la recherche. En France, environ 150 000 personnes sont concernées. La maladie de Parkinson est la deuxième cause de handicap moteur d'origine neurologique chez le sujet âgé après les accidents vasculaires cérébraux, estime la Haute Autorité de santé (HAS). Pourtant, cette pathologie décrite pour la première fois en 1817 reste très méconnue, comme le montre une enquête publiée dans le livre blanc. Méconnaissance publique. Pour le grand public, Parkinson rime surtout avec tremblements (cités dans 84% des cas), perte de mémoire (citée dans 29% des cas, par confusion avec la maladie d'Alzheimer) et lenteur. Alors que les malades, eux, disent souffrir avant tout de troubles de la marche et de chutes (dans 43% des cas), de lenteur et de blocages (21%) et de troubles de l'écriture (19%). Plus inquiétant encore, leurs témoignages soulignent la méconnaissance de la maladie de Parkinson et des effets secondaires des traitements par les acteurs de la santé et les services sociaux. «Je n'ai pas l'air malade, alors, quand l'assistante sociale me voit, elle ne croit pas que j'ai la maladie de Parkinson», dit l'un. «D'un coup, je ne peux plus bouger et ça repart tout seul sans prévenir, alors le médecin-conseil croit que je suis un affabulateur», écrit un autre. Le livre blanc demande aux autorités sanitaires de développer «une prise en charge multidisciplinaire avec des professionnels formés»; d'établir, «en urgence», des recommandations HAS sur les prescriptions médicamenteuses et leur interaction ; et d'alerter sur les effets secondaires des médicaments. Une autre proposition est de faciliter la prise en charge de la MP en affection de longue durée, dès le diagnostic ou après six mois de traitement. On en est encore loin: l'âge moyen au diagnostic est de 60 ans, celui de l'inscription en ALD de 74 ans. source: LeFigaro.fr