Vaccin contre la grippe : peut mieux faire ! Une gigantesque étude confirme néanmoins que le vaccin contre la grippe est assez efficace, notamment chez les très jeunes. Les opposants aux vaccins retiendront que le vaccin contre la grippe saisonnière ne protège en moyenne que 60 % des adultes immunisés. Les autres estimeront que la méta-analyse réalisée par des chercheurs américains et publiée la semaine dernière dans la version électronique du Lancet Infectious Diseases confirme l'intérêt de cette vaccination, même si elle n'est pas parfaite. En pratique, Michael Osterholm, de l'université du Minnesota, et ses collègues ont sélectionné et analysé, parmi les 5 707 articles répertoriés sur le sujet, 31 études ayant évalué les effets des vaccins contre la grippe homologués aux États-Unis. Explications et commentaires du professeur Bruno Lina, virologue au CHU de Lyon et directeur du Centre national de référence de la grippe. Le Point.fr : Que pensez-vous de ce travail ? Professeur Bruno Lina : C'est un travail très sérieux, et, même s'il porte sur des études réalisées aux États-Unis, ses résultats sont parfaitement extrapolables à l'Europe. En revanche, il faut préciser que les Américains disposent d'un vaccin vivant atténué administré par voie nasale et qui ne sera disponible en Europe que l'an prochain. Et les publications prises en compte portent à la fois sur ce type de vaccin et sur les vaccins inactivés injectables utilisés chez nous. Autre précision prouvant la rigueur de cette analyse : les auteurs se sont focalisés sur les études dans lesquelles la présence du virus de la grippe a été confirmée par des tests virologiques. Ils ont donc éliminé toutes celles où un syndrome grippal, notamment dû à un rhinovirus, pouvait être considéré comme un échec de la vaccination. Quels sont leurs résultats ? En faisant la moyenne de l'ensemble des études, ils aboutissent à 60 % de protection. Ce qui n'est pas une surprise. Cela peut sembler faible, par rapport à d'autres vaccins, comme ceux contre la rougeole ou la polio qui immunisent à plus de 95 % (après plusieurs injections). Mais il ne faut pas oublier que le virus de la grippe change d'année en année. Cela veut dire que, sur dix personnes exposées à ce virus, quatre feront la maladie dans le groupe vacciné contre dix chez les non-immunisés. Il faut quand même souligner que les travaux américains ne portent pas sur les personnes de plus de 65 ans, qui sont la principale cible de la vaccination en France, ni sur les enfants âgés de 2 à 17 ans. Quant aux résultats sur les très jeunes (âgés de 6 à 24 mois) ayant reçu dans la plupart des cas un vaccin vivant atténué, ils indiquent une protection moyenne de 65 % - mais la fourchette est très large puisqu'elle va de 34 à 82 %. C'est plutôt une bonne nouvelle, car on pensait que c'était moins. Quelle conclusion en tirez-vous ? D'abord qu'il est très difficile et long de lire correctement ce genre d'articles, d'où les interprétations erronées, voire abusives, de la part des "anti-vaccins". Les personnes qui appartiennent aux groupes à risque ne veulent pas mourir, mais elles hésitent à se faire vacciner ! Or, la vaccination est le meilleur outil pour lutter contre les infections. Il faut bien savoir où sont ses amis et ses ennemis. Néanmoins, la piqûre est toujours ressentie comme un geste agressif. D'où l'intérêt de l'arrivée prochaine en Europe d'un vaccin par voie nasale, comme aux États-Unis. Et d'autres pistes, actuellement à l'état de recherche comme celle d'un vaccin transcutané, semblable au patch de nicotine, ou d'une vaccination via les muqueuses, avec un cachet à laisser fondre dans la bouche. Malheureusement, il faudra encore patienter entre cinq et dix ans avant leur mise sur le marché. source: le point