Un procédé de conservation des vaccins dans les pays tropicaux a été découvert Depuis le début des années 1990, dans les pays en développement, la part des populations bénéficiant de campagnes de vaccination stagne entre 75 % et 80 %. En cause, la difficulté à préserver, dans les régions les plus reculées, la chaîne du froid qui garantit la conservation et l'efficacité des vaccins. Un procédé, mis au point par une équipe de l'université d'Oxford et la société Nova Bio-Pharma Technologies, pourrait permettre de s'affranchir de cette contrainte et d'améliorer l'état sanitaire dans les zones rurales des pays pauvres. Les maladies infectieuses sont la première cause de mortalité des enfants de moins de 5 ans dans ces pays. Les chercheurs, qui présentent leurs travaux, jeudi 18 février, dans la revue Science Translational Medicine (STM), sont parvenus à conserver deux préparations à base de virus atténués pendant six mois à une température de 45 °C, sans qu'ils perdent leur capacité à induire une réaction immunitaire. Ces deux virus ont pu être en quelque sorte vitrifiés au sein d'une solution sucrée, qui se solidifie en s'asséchant. Il suffit ensuite de mettre ce "verre sucré" en contact avec un liquide pour que les agents viraux - en l'occurrence, un poxvirus et un adénovirus - retrouvent leur pouvoir infectieux, qui garantit l'efficacité de la formule vaccinale. Un brevet a déjà été déposé pour protéger cette innovation, dont la mise en oeuvre pratique promet d'être d'une grande simplicité : le vaccin emprisonné dans son support solide est encapsulé dans une simple cartouche de plastique, qui s'insère entre l'aiguille et la seringue au moment de la vaccination. "Dans un sac à dos". Actuellement, les vaccins doivent impérativement être conservés entre 4 °C et 8 °C au maximum. Des capsules thermosensibles permettent de s'assurer que la chaîne du froid n'a pas été rompue. "Cela signifie que vous avez besoin d'un dispensaire avec une infirmière, un réfrigérateur, une alimentation électrique et des camions réfrigérés pour la distribution, indique Matthew Cottingham (Institut Jenner, université d'Oxford) l'un des principaux auteurs des travaux. Si l'on pouvait transporter les vaccins à température ambiante, on réduirait énormément les coûts tout en améliorant l'accès aux vaccins : on pourrait imaginer quelqu'un les transportant dans un sac à dos, à vélo, jusqu'aux villages éloignés." Pour Souleymane Koné, responsable "chaîne du froid" à la division vaccination de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un tel procédé "changerait effectivement beaucoup de choses sur le terrain, car le coût managérial de la réfrigération est énorme". Il rappelle que les ruptures de la chaîne du froid conduisent à la perte de 20 % à 50 % des vaccins, selon leur type de conditionnement. Elle est plus faible quand les doses sont individuelles. Dans les pays développés, 200 millions de dollars (147 millions d'euros) sont dépensés chaque année pour maintenir la chaîne du froid, ce qui augmente le coût de la vaccination de 14 % à 20 %, selon des estimations de l'OMS. Ces recherches ont été soutenues par le Wellcome Trust et des bourses issues des "grands défis pour la santé mondiale", financés par la fondation Bill et Melinda Gates. La technologie des vaccins "sur sucre" était envisagée depuis plus d'une décennie. "On l'avait évoquée en 2001 lors d'une réunion de l'OMS", se souvient M. Koné. Elle s'appuie sur la faculté de certains sucres à stabiliser les produits biologiques. "Ce sont ces sucres qui permettent à certaines plantes des zones désertiques de s'assécher puis de ressusciter", rappelle l'immunologiste Christine Rollier (Jenner Institute), cosignataire de l'article. Nova Bio-Pharma Technologies est en première ligne pour l'étape suivante : il faut s'assurer que l'on peut passer à l'échelle industrielle et démontrer que le procédé fonctionne pour les vaccins actuels - et futurs. Mme Rollier précise que la question de la conservation à température tropicale est particulièrement sensible pour les vaccins de prochaine génération. "Dans le cas du paludisme, par exemple, ils s'appuient sur des virus génétiquement modifiés pour présenter des gènes du parasite tout en restant inoffensifs, ce qui permet ensuite au système immunitaire de reconnaître la maladie. Mais pour que cela fonctionne, indique-t-elle, il faut que ces virus restent vivants." Ces vaccins, encore en essais cliniques, ne seront pas diffusés "avant cinq ans", prédit-elle. source: le monde.fr