Un lien entre un virus et la "fatigue chronique" La tentation était forte d'en faire une "fausse maladie". Une invention de laboratoires pharmaceutiques toujours prêts à sacrifier au "disease mongering", exercice de marketing scientifique consistant à formaliser sous un nom médical - pour y proposer un remède - un ensemble de troubles vagues, sans cause organique identifiée. Le syndrome de fatigue chronique était de ces suspects : sans étiologie connue, il associe une grande lassitude physique à des douleurs articulaires, des troubles de la mémoire et du sommeil, des irritations de la gorge, etc. Le soupçon est-il levé ? Des chercheurs américains dirigés par Vincent Lombardi (Whittemore Peterson Institute, Nevada) et Francis Ruscetti (National Cancer Institute à Frederick, Maryland) viennent en tout cas d'établir un lien très étroit entre cette pathologie et un rétrovirus infectieux. Leurs travaux, publiés vendredi 9 octobre dans la revue Science, ont consisté à analyser les échantillons sanguins d'un groupe constitué de 218 individus sains, puis d'un autre de 101 personnes souffrant du syndrome de fatigue chronique. Résultat : le rétrovirus XMRV (Xenotropic MLV - Related Virus) a été retrouvé dans 67 % des échantillons sanguins prélevés sur les personnes souffrant de la maladie en question. Et chez seulement 3,7 % des individus ne se plaignant d'aucun trouble. Le XMRV est la version "humaine" du MLV (Murine Leukemia Virus), un rétrovirus responsable de leucémie chez la souris. "Le XMRV a été mis en évidence dès 2006 dans certaines tumeurs de la prostate, explique le virologue Thierry Heidmann (Institut Gustave-Roussy, CNRS, université Paris-XI), spécialiste du monde rétroviral. Il s'ajoute aux deux autres rétrovirus infectieux humains connus, le VIH, responsable du sida, et le HTLV (Human T-cell Leukemia/lymphoma virus), responsable de certaines leucémies." Pour autant, si les chercheurs disent avoir découvert "une association hautement significative" entre le XMRV et le syndrome de fatigue chronique, ils n'en sont pas moins très prudents sur les conclusions à en tirer. "Nos observations soulèvent plusieurs questions importantes", écrivent-ils. En particulier celle de savoir si c'est le virus qui déclenche (ou co-déclenche) le syndrome. Ou si, au contraire, c'est l'état de faiblesse induit par le syndrome chez les individus - d'où l'affaiblissement de leur immunité - qui suscite ou permet la présence du XMRV... Qui est l'oeuf, qui est la poule ? "Aujourd'hui on l'ignore, tant pour certains cancers de la prostate que pour ce syndrome", dit M. Heidmann, qui ajoute que c'est désormais à l'épidémiologie de prendre le relais pour contribuer à trancher la question. Ce qui sera très ardu pour la "fatigue chronique". Car en poser le diagnostic de manière univoque semble difficile. source: le monde.fr