Spirit et Opportunity, (presque) increvables explorateurs martiens Le rover Opportunity a dépassé la date de garantie depuis 2 696 jours martiens. Mais il a toujours bonne roue bon oeil. Lui pour qui la NASA se serait, à l'origine, contentée de trois mois de fonctionnement arpente la plaine de Meridiani de Mars depuis le début 2004. Il poursuit vaille que vaille une mission unique dans les annales de l'exploration spatiale. Le voici désormais sur les bords d'un cratère, presque paré pour affronter l'hiver. Son jumeau Spirit force lui aussi l'admiration, après un vaillant combat à l'issue fatale. Ayant perdu l'usage d'une roue en 2006, il a continué de progresser dans le cratère Gusev, jusqu'à s'ensabler en traversant une croûte de terre traîtresse, en avril 2009. La panne d'une seconde roue l'a alors fort handicapé, l'empêchant de s'échapper et même de tourner vers un Soleil déclinant ses panneaux photovoltaïques déjà obscurcis par la poussière martienne. Ne pouvant recharger ses batteries pour survivre à la mauvaise saison, Spirit est entré en sommeil en mars 2010, pour ne plus se réveiller. En 2007, c'est la panne de sa première roue qui avait entraîné la découverte, au sens propre, d'une couche plus brillante sous la poussière martienne. L'analyse a révélé qu'il s'agissait de silice presque pure. "Cela a montré qu'il y a eu des sources chaudes ou des émissions de vapeur sur ce site, qui constituent des conditions favorables à l'apparition d'une vie microbienne ", estimait alors Steve Squyres (Cornell University, Ithaca), responsable scientifique des deux rovers. Même immobilisé, Spirit a continué à travailler pour la science. Il a scruté les couches de terre mises à l'air libre par ses efforts pour se désensabler. Les chercheurs qui le pilotaient ont constaté que les minéraux de surface portaient la trace du passage d'eaux qui les avaient en partie solubilisés avant de s'enfoncer dans le sol. Son avis de décès a été délivré par la NASA le 25 mai, son compteur définitivement stoppé à 7 730,5 mètres. Opportunity connaît un destin moins sombre. Le 16 novembre, date du dernier compte rendu des responsables de la mission, il avait parcouru ainsi un total de 34 328,09 mètres et s'apprêtait à positionner ses panneaux solaires pour attendre l'hiver en toute sécurité. La communauté scientifique espère qu'il pourra ensuite explorer les pentes à la recherche d'affleurements d'argile, une roche favorable à l'apparition de la vie que son successeur Curiosity a pour mission de trouver. Au-delà de l'exploit technique, l'épopée des rovers jumeaux a été une collaboration internationale de longue haleine. Le Français Claude d'Uston (Observatoire de Midi-Pyrénées) l'a vécue de l'intérieur, sur l'équipe Spirit. Il minimise son rôle (" Je m'occupais de la marche de l'essuie-glace pour le cas où il pleuvrait sur Mars... ") et insiste sur le travail en groupe : "C'est l'organisation orientée vers l'efficacité lors des opérations qui m'a le plus étonné : elle permet de se sentir efficacement impliqué dans un rôle satisfaisant tout en participant à une aventure humaine exceptionnelle." Une expérience qu'il va renouveler avec Curiosity, avec la communauté scientifique française associée au rover américain. Il attend fébrilement son départ depuis la Floride.