Récupérez la terre des taupinières Une fois de plus, c'est un désastre : une taupe a ravagé votre terrain. Et si, maintenant que le mal est fait et l'intruse partie, au lieu d'aller quérir la carabine, vous vous munissiez d'une pelle ? La terre des taupinières, c'est comme la chicorée : un trésor de bienfaits... Des galeries Ces monticules de terre que vous découvrez au petit matin, c'est ce que l'on appelle des taupinières. En creusant ses nombreuses galeries, à la recherche de nourriture dans le sol du jardin, la taupe doit évacuer la terre... en surface. D'où ces excroissances à intervalle régulier... Un produit de qualité En y regardant d'un peu plus près, que constate-t-on ? Que le travail de la taupe produit une terre très fine, bien malaxée, à mille lieues de la terre probablement argileuse et certainement compacte du jardin. Notez cependant qu'elle n'est pas en soi d'une qualité supérieure : cela demeure de la « terre du jardin », à la différence des petits turricules produits par les vers de terre... dont le ramassage est un poil plus fastidieux ! .Pourquoi s'attaquent-elles aux pelouses et aux massifs ? Les taupes s'intéressent aux terrains plutôt frais, dans lesquels abondent les vers de terre et les larves en tout genre... Récupération Munissez-vous d'une petite pelle ou d'un transplantoir (pelle à main), et récupérez la terre en surface. Nous allons lui trouver bien des usages au jardin... Pour les semis Très fine, la terre des taupinières s'avère idéale pour les semis. •Mélangée à un peu de terreau tamisé, elle sera parfaite pour vos semis en caissette •Comme elle est assez dense, vous l'utiliserez également pour recouvrir les graines avec une fine couche •Variante de cette idée : employez-la pour réparer les trous dans le gazon. La boucle est bouclée : la taupe vous aide à prendre soin de la pelouse... Le rempotage, les jardinières Pour l'alléger, vous pouvez mélanger la terre de taupinière avec du compost, un bon terreau ou du sable. Ce substrat est bien adapté pour... •le rempotage des plantes d'intérieur •le surfaçage des mêmes plantes, parfois trop volumineuses pour être rempotées, ou rempotées seulement tous les 2 ans. Une bonne couche déposée en surface après un grattage léger leur apportera les éléments nutritifs indispensables à leur bonne santé •recharger en terre les jardinières, dont le terreau a souvent tendance à se tasser au fil des arrosages. Il y a surement d'autres idées pour exploiter cette matière première de qualité. La taupe est passée, ses dégâts vous exaspèrent... Mais à quelque chose, malheur est bon ? upesTrès chères taupes Vous êtes chassées des jardins, évacuées des potagers, anéanties des champs cultivés par vos «amis» les jardiniers... Vos seuls espaces de liberté vont bientôt se réduire à peau de chagrin. Mais vous, malheureuses, ne voyez rien. Et continuez inlassablement de manger les vers nuisibles pour nos indispensables légumes, d'aérer notre terre. Vous êtes trop bonnes. Laissez-nous seulement leur dire... Envahisseur des jardins Oui, les taupes sont partout. Elles creusent des galeries qui détruisent les racines des végétaux, aménagent des taupinières dans les jardins anglais et défigurent les massifs. Sans compter Rex le chien qui transforme chaque monticule de terre en un cratère béant dans lequel le petit Nathan ira sûrement jouer après l'orage de la veille... De vraies « emmerdeuses » en somme. D'autant plus que le vrai problème est qu'elles reviennent toujours. Et si ce ne sont pas elles, ce sont les mulots qui prennent possession des galeries abandonnées. Ce qui ne marche pas Alors, on peut toujours truffer son jardin de poils de chien, de branches de rosiers, de tessons de bouteilles, de fil barbelé. Ou bien planter des bulbes odorants comme des fritillaires, de l'ail ou de l'oignon, des plantes répulsives comme le ricin... Sachez que tous ces systèmes ne sont efficaces que très localement. Reste les pages jaunes et internet, les taupiers professionnels et revendeurs de pièges s'y font la course. Ils sont nombreux et diront tous la même chose : « Ce travail sera à recommencer, encore et encore ». La taupe a généralement une (deux sont rares) période de reproduction par an, avec une moyenne de six petits. Au bout de deux mois, les jeunes quittent le nid vers d'autres territoires pour y faire leurs galeries... Une fois un jardin mécaniquement débarrassé de ses taupes, le taupier doit donc aller piéger les champs ou jardins en périphérie. Un travail sans fin... Mise au point Le but du jeu ne doit donc pas être l'anéantissement de la taupe sur son terrain, qui ne marche apparemment pas plus que le reste. Mais plutôt l'acceptation du jardinier de devoir vivre avec. C'est comme ça... Rendez-vous compte, les taupes ne sont vraiment nuisibles que pour la vue... A leur manière, elles sont aussi de vraies petites jardinières. Elles peuvent attraper pour vous quelques petits serpents, des petits mulots. Elles raffolent des vers blancs de hanneton, des courtilières et des vers taupins qui, eux, sont nuisibles. Elles aèrent la terre et contribuent à faciliter le drainage des terrains par leurs galeries... Moyens de régulation Toutefois, on a beau aimer les taupes et ne pas vouloir les anéantir. Il n'y a aucune obligation à devoir abriter toute la colonie de taupes du quartier. De temps en temps, il peut donc être utile de savoir réguler la population, si celle-ci devenait trop nombreuse. Dans ce cas, le recours à un piège à taupe sans douleur facilement accessible dans les jardineries sous le nom de taup'clac peut-être envisagé. Une fois emprisonnée, il n'y a plus qu'à aller la lâcher dans une jachère, un pâturage où elle cohabitera avec les vaches et les moutons. Ou s'en ira ailleurs... La présence de chats ou de chiens sur un périmètre donné peut également être un des moyens combinés de dissuasion. En revanche, pour protéger de l'invasion des taupes un espace réduit, comme un potager, il suffit de clôturer la zone ou d'enfouir un grillage dans le sol à un minimum de 60 cm de profondeur (également valables pour les lapins et campagnols). Piéger la taupe : conseils de pro Pour les amateurs de belle pelouse qui voient fleurir des taupinières, la taupe devient rapidement l’ennemi public n°1. Lorsque le conflit est déclaré, reste le choix des armes : répulsifs, ultra-sons, fumigènes, détaupeur, poison, pétard, colle à papier peint, piège à taupe... Difficile de s’y retrouver ! Jérôme Dormion, taupier au château de Versailles, va vous aider à y voir plus clair. Profession : taupier ! Il combat les idées reçues et privilégie le piège traditionnel, le plus efficace et le seul autorisé en culture biologique. Il nous aide ici à y voir plus clair sur cet animal très mystérieux. Car quand, malgré l'amour de la Nature et le respect de la biodiversité, on doit faire quelque chose pour limiter les dégâts de ces charmantes petites bêtes, autant employer une solution qui marche ! .L'interview G : Les différentes techniques pour lutter contre les taupes sont-elles efficaces ? JD : Le marché des anti-taupes en France est de 10 millions d’euros ! Vous comprendrez alors aisément pourquoi les fabricants rivalisent d’inventivité pour mettre sur le marché de nouveaux produits.Les produits anti-taupes vendus dans le commerce sont de plus en plus complexes, souvent dangereux pour l’homme, les animaux domestiques et l’environnement. De plus, aucun fabricant n’a cherché à connaître davantage cet animal, son mode de vie… une large majorité pense encore que la taupe est hémophile ou qu’elle mange des racines ! Résultat, les consommateurs achètent en moyenne 2,5 produits et le taux de réussite pour exterminer ou faire fuir les taupes est seulement de 7 %, de quoi rassurer les défenseurs de la taupe... La seule technique efficace est le piégeage traditionnel, pour preuve c’est la seule technique utilisée par les taupiers professionnels qui savent qu’« on ne se débarrasse que de celui que l’on connaît parfaitement ». G : La cohabitation est-elle possible ? JD : Oui, il y a des jardins où la cohabitation avec une taupe peut se passer sans trop de problèmes. En effet, passés les dégâts des premières taupinières (monticule de terre), il peut arriver qu’une fois celles-ci rasées, plus aucune taupinière ne réapparaisse. Le régime alimentaire de la taupe est pour 90 % constitué de vers de terre, si la taupe ne persiste pas dans votre jardin, c’est que celui doit être peu fertile (donc peu de vers de terre) et la taupe va chercher d’elle-même un autre terrain, chez le voisin peut-être ? Si les taupes restent au fond de votre jardin, les dégâts restent modestes et ne nécessitent pas vraiment qu’on leur déclare la guerre. Mais malheureusement, dans bien des jardins, les taupinières ne cessent de se succéder, jour après jour, il faut agir ! G : Existe-t-il des solutions préventives ? JD : Non, aucune solution préventive n’est efficace. Par contre, il faut éviter de stocker au fond de votre jardin les déchets de tontes, car cela reste une véritable réserve de nourriture et vous multipliez par 10 le risque d’avoir des taupes. G : Qu’appelle-t-on le rat-taupier ? Rat taupier JD : C’est le nom vulgaire du campagnol, qui lui est un rongeur, contrairement aux taupes il se nourrit uniquement de racines. Fainéant de nature, il squatte souvent les galeries de taupe. Mais rassurez-vous, la présence de campagnols est très régionale, il est très présent en Auvergne et dans le sud-est de la France. Le piégeage traditionnel est aussi très efficace contre le campagnol G : Pourquoi la taupe fait-elle des taupinières ? JD : La taupe creuse des galeries, elle tisse une « toile d’araignée » sous terre, et toute la journée tourne dans ces galeries qu’elle a creusées pour manger des vers de terre. Lorsque vous creusez un tunnel, vous évacuez ensuite la terre, la taupe fait de même et forme ainsi les taupinières. G : Pourquoi la taupe apparaît-elle souvent subitement dans un jardin ? JD : Concernant leur apparition, comme il s’agit d’animaux solitaires, dès que les 5 petits sont adultes, ils partent explorer et s’établir sur un nouveau territoire de chasse qui peut être votre jardin ou votre potager… G : En quoi consiste le piégeage traditionnel ? Piège traditionnel JD : Tout simplement à utiliser un piège à taupe, en sachant le disposer et masquer l’odeur humaine dont elle se méfie. Si les pièges sont bien posés, la taupe est éliminée en 24 heures. Cette technique, déjà utilisée par Le Nôtre sous Louis XIV, est celle que j’utilise toujours aujourd’hui pour mon client, le Château de Versailles. Les anti-taupes où aucune connaissance ne vous est demandée n’existe pas, c'est pourquoi j’ai écrit un livre « le piégeage traditionnel des taupes » aux éditions Ulmer et créé un coffret anti taupe, pour que le particulier puisse arriver à piéger les taupes seul. Le livre vous permettra de connaître la taupe, préparer le piège et choisir la bonne taupinière pour y placer le piège G : Quelle est la meilleure période pour piéger les taupes ? JD : La taupe n’hiberne pas, elle est active toute l’année. Contrairement à d’autres mammifères (marmotte), elle ne peut pas hiberner, car elle n’est pas capable de faire de réserves graisseuses. G : Beaucoup de jardiniers se plaignent de la recrudescence des taupes, comment l’expliquez-vous ? JD : Depuis quelques années beaucoup de produits chimiques (insecticides…) utilisés en agriculture et en espaces verts ont été interdits. La conséquence est qu’il y a plus de micro-organismes, votre sol redevient naturel, plus de vers de terre, plus de nourriture pour les taupes, ce qui entraine une meilleure reproduction et donc une augmentation de la population. L’autre facteur d’augmentation du nombre de taupes, c’est qu’elles n’ont plus ou peu de prédateurs, mis à part quelques bons chats de campagne. G : Existe-t-il plusieurs espèces de taupes ? Condylure étoilée JD : Oui, en Europe nous avons principalement la taupe commune « Talpa europaea », mais la plus étonnante est la taupe étoilée « condylure étoilée ». Cette étrange taupe est le mammifère qui mange le plus vite, grâce à ses 22 tentacules qui forment son nez sans égal. On la trouve au Canada. Elle passe une bonne partie de son temps dans l’eau, et peut même plonger sous la glace en hiver.