Quand le virus du SIDA livre un de ses secrets : se cacher pour survivre Une équipe de chercheurs de l'Institut de Technologie de Californie (Caltech) a détaillé les mécanismes d'un processus infectieux grâce auquel le VIH parvient à échapper à des traitements médicaux pourtant de plus en plus efficaces. Ce mécanisme utilise les cellules déjà infectées comme vecteurs pour contourner les défenses mises en place. Cette découverte pourrait à terme permettre la mise au point de traitements permettant de lutter contre cette infection chronique. Le virus pourrait également préparer des réservoirs latents : des cellules infectées qui peuvent rester inactives et discrètes pendant de longues durées avant d'être à nouveau utilisées pour répandre l'infection dans l'organisme. Le VIH : un expert en survie. Le VIH est à l'origine de la pandémie du Syndrome de l'ImmunoDéficience Acquise, qui a causé près de 2 millions de morts en 2009, selon les derniers chiffres de l'Organisation Mondiale de la Santé . Plus de 33 millions de personnes dans le monde sont porteuses du virus et plus de 2,5 millions ont été infectées en 2009, selon ces mêmes sources. Les modes de transmission du virus (par voie sexuelle et sanguine, principalement) favorisent sa propagation à l'échelle de la planète mais ce sont ses mécanismes de survie et d'adaptation qui en font aujourd'hui l'une des maladies les plus étudiées au monde. La réplication du virus se fait au sein même des cellules immunitaires, chargées de défendre l'organisme et provoque donc un affaiblissement des défenses de ce dernier. Lorsque le virus est présent dans l'organisme, il se déplace librement dans le sang, jusqu'à trouver une cellule hôte, qu'il va alors infecter. Les thérapies utilisées actuellement pour lutter contre le virus se concentrent sur l'élimination ou la désactivation de ces virus circulant dans l'organisme. Leur action consiste à inhiber certains mécanismes clés du cycle de réplication du virus : entrée dans la cellule hôte, intégration du matériel génétique à celui de la cellule infectée, production de protéines virales, etc. Il existe aujourd'hui plus de 35 traitements (hors génériques) approuvés par la Food and Drug Administration (FDA) ciblant un ou plusieurs de ces mécanismes . La mise en place de multithérapies, qui combinent plusieurs de ces traitements, permet aujourd'hui de diminuer très fortement la charge virale présente dans l'organisme des patients infectés et de rétablir des concentrations de cellules immunitaires dans le sang permettant à l'organisme de lutter efficacement contre d'autres pathogènes. Malgré les progrès réalisés, le SIDA reste aujourd'hui une maladie chronique. Ceci est dû au fait que le VIH, comme d'autres pathogènes, peut mettre en place des "réservoirs", c'est-à-dire des stocks de copies virales cachés dans des endroits peu accessibles, dont le rôle est de survivre aux réponses immunitaires et thérapeutiques violente. Ces réservoirs permettent à la maladie de se redévelopper, après une apparente période de rémission. Une des stratégies de survie du VIH dévoilée, d'autres à découvrir ? C'est cette hypothèse de l'existence de "réservoirs" de pathogènes que les chercheurs du Caltech, menés par David Baltimore (Prix Nobel de Médecine en 1975) ont choisi d'explorer. Ils ont étudié un mode d'infection alternatif utilisé par le VIH, utilisant les lymphocytes T infectés comme vecteur. Ce mode de transmission est caractérisé par l'absence de passage par le milieu sanguin : la cellule infectée se rapproche d'une ou plusieurs cellule(s) saine(s) et leur transmet directement une charge virale très importante. La proximité entre les cellules et le nombre très élevé de copies virales ciblant un nombre restreint de cellules augmentent fortement la probabilité qu'au moins une copie virale persiste même sous la pression des traitements antiviraux. Ils ont démontré l'efficacité de cette stratégie virale en étudiant, in vitro, la propagation du virus dans un milieu traité par les thérapies actuelles, en présence ou en absence de cellules infectées au début de l'expérience. Lorsque le virus est présent uniquement dans le sang, les traitements pharmaceutiques démontrent leur efficacité et peu de cellules sont infectées. Cependant, si des cellules déjà infectées sont introduites dans l'expérience, le virus se répand avec plus de facilité, même en présence de très forts dosages d'antiviraux. Une autre hypothèse pouvant expliquer pourquoi la charge virale ne devient jamais nulle concerne la création de réservoirs latents par le virus. Cette stratégie est basée sur la constitution, par le virus, d'une population de cellules infectées mais inactives. Plutôt que de forcer la cellule à produire des copies virales (jusqu'à sa destruction), le VIH pourrait en effet simplement insérer son patrimoine génétique dans certaines cellules et les laisser continuer leur activité normale. Ces cellules ne montrent pas les signes extérieurs de cellules infectées et ne sont donc pas inquiétées par la réponse immunitaire et les traitements. Lutter contre ce type de stratégie serait théoriquement possible en forçant les réservoirs latents à s'activer et à libérer leur charge virale dans le sang, qui serait alors détruite ou inactivée par les traitements. Les chercheurs doivent cependant étudier les relations qui existent entre les réservoirs latents et la stratégie d'infection qu'ils viennent de décrire. En effet, si les réservoirs latents, une fois activés, jouent le rôle de vecteur décrit plus haut, forcer leur activation ne permettrait pas l'éradication finale de la maladie. Une réponse qui amène de nombreuses autres questions L'équipe de Caltech va maintenant chercher à comprendre plus en détail les mécanismes qu'ils ont décrits in vitro. Les chercheurs vont pour ce faire collaborer avec le Centre de Recherche sur le SIDA de l'Université de Californie, Los Angeles (UCLA) afin d'étudier les mécanismes et les stratégies à une échelle plus physiologique, plus complexe. Ils vont en particulier étudier la propagation du virus au sein de milieux tels que les ganglions lymphatiques, où la transmission virale de cellule à cellule a été observée. Cette étude [3] démontre que le VIH, au-delà de sa propension à la mutation, dispose de stratégies de propagation et de survie complexes. Afin de permettre la mise au point d'un traitement efficace et/ou d'un vaccin, il est primordial de comprendre le virus et les mécanismes de la maladie. Ces découvertes sont encourageantes mais montrent que beaucoup de chemin reste à parcourir. source: buletin électronique états unis