Migraine : la recherche explose. En dépit des nombreux traitements existants, certaines font de la résistance. Peut-être plus pour longtemps.... N'en déplaise à Balzac, qui écrivait que la migraine n'est qu'un prétexte féminin pour échapper au devoir conjugal, cette affection est une maladie d'origine génétique portée par les chromosomes 19, 1 et 2. En outre, sur les 8millions de Français concernés, 2,8millions sont des hommes (35%). La douleur résulterait d'une irritation des méninges, provoquant la transmission de signaux douloureux par voie nerveuse et vasculaire dans le cerveau. Or, le caractère difficilement prévisible des crises et leur répétitivité peuvent être une source de handicap: 50% des migraineux font plus d'une crise mensuelle. Pourquoi aussi peu de migraineux se font-ils suivre? «Au Centre urgence céphalées de Lariboisière, 10000 patients viennent consulter chaque année, dont 4700 migraineux. Certains sont déjà suivis, d'autres non, comme sur l'ensemble du territoire, où 47% des migraineux ont recours exclusivement à l'automédication. Sur les 53% restants qui ont vu leur médecin, un tiers n'y est jamais retourné. Il ne reste donc au final qu'une minorité de migraineux traités pour ce problème», regrette le Dr Dominique Valade, responsable de ce centre unique en Europe. Se passer de traitement de fond. Le principal risque, lorsqu'on se débrouille seul, est un abus des médicaments, une accoutumance et, enfin, une aggravation des maux de tête: 3% des migraineux (240000 personnes) sont concernés. C'est dommage, car l'arrivée des triptans (une classe de médicaments entraînant une vasoconstriction), dans les années 1990, a révolutionné la prise en charge de la crise, exception faite des patients ayant des antécédents vasculaires et qui n'ont pas droit aux triptans. L'arrivée, en novembre2009, d'un triptan sous forme de lyophilisat, à prendre sans eau, a encore augmenté la possibilité de réagir très vite, un gage d'efficacité. En permettant une reprise de l'activité sous deux heures dans plus de deux tiers des cas, les triptans sont même un bon moyen pour les migraineux ayant peu de crises de se passer complètement de traitement de fond. «Destinés à réduire la fréquence et l'intensité des crises, les traitements de fond reposent sur la prise quotidienne de un à plusieurs comprimés par jour. C'est justifié quand la migraine est handicapante, mais pas quand les quelques crises existantes sont rapidement soulagées. C'est pourquoi il appartient désormais aux migraineux de décider en fonction de leur gêne, s'ils sont prêts à suivre ou non un tel traitement», poursuit le Dr Valade. Seule exception: triptans et anti-inflammatoires ne peuvent être pris plus de douze fois par mois sans que l'on risque l'accoutumance, mais le traitement de fond ne se discute plus lorsque les crises se répètent trop souvent. Il repose alors sur la prise de bêtabloquants, d'inhibiteurs calciques, d'antisérotoninergiques, d'antiépileptiques ou d'antidépresseurs. Après les triptans, on attend les gepans (olcégepan et telcagepan) d'ici à 2012. Ces médicaments agissent directement au niveau du nerf responsable de la maladie migraineuse et n'ont pas d'action vasculaire comme c'est le cas des triptans. «Principal avantage: les patients ayant un antécédent d'infarctus, d'accident vasculaire ou d'hypertension artérielle pourront enfin en bénéficier. Idem pour les 5 HT1F (antagonistes spécifiques de la sérotonine), attendus d'ici à 2013», remarque le Dr Valade. À côté de ces traitements de la crise, un traitement de fond devrait arriver d'ici à 2014. Il est encore en phase d'expérimentation. Il s'agit d'un puissant antalgique, proche de la kétamine -un anesthésique- très efficace sur la douleur et sans aucun effet d'accoutumance. Quant aux migraineux chroniques, ils ne sont pas oubliés: près de 800000 patients sont concernés. Ils présentent une céphalée migraineuse survenant 15 jours ou plus par mois, avec au moins 8 jours de migraine, en l'absence d'abus médicamenteux. C'est dire s'ils sont gênés! «Chez ces patients, deux pistes sont très prometteuses. La plus avancée, c'est le Botox, en attente d'autorisation de mise sur le marché. À raison d'une injection tous les 90 jours, il permet de passer d'une migraine chronique à une migraine épisodique et de diminuer l'utilisation des médicaments de la crise, comme l'ont démontré deux études (Preempt 1 et 2), annonce le Dr Valade. Vient ensuite la stimulation du nerf d'Arnold, impliqué dans la transmission de signaux douloureux au cerveau, par un petit stimulateur placé au niveau du point d'émergence de ce nerf, derrière la tête: il fait actuellement l'objet d'une étude mondiale dont les résultats sont attendus sous deux ans.» À suivre.... ** Vrai migraineux ou pas, comment le savoir ? Êtes-vous un «vrai» migraineux? C'est la première question à se poser. Une chance, la migraine ne pose aucune difficulté diagnostique. La plus fréquente (80% des cas) est reconnue dès qu'un adulte a eu au moins cinq crises ayant duré de 4 à 72 heures (sans traitement) et accompagnées d'au moins un des caractères suivants: nausées et/ou vomissements, intolérance à la lumière et au bruit. Les maux de tête doivent avoir au moins deux des caractéristiques suivantes: commencer d'un seul côté de la tête, être pulsatiles, modérées ou sévères et aggravées par les activités physiques de routine. Enfin, l'examen clinique doit être normal entre deux crises. Améliorer son hygiène de vie. Dans l'autre forme de migraine, dite avec aura, qui ne touche que 20% des migraineux, la céphalée est précédée par un trouble de la vision (points lumineux, par exemple), une perte des sensations ou de la parole. Ensuite seulement vient la douleur. Là encore, le diagnostic ne fait aucun doute si au moins trois des quatre caractéristiques suivantes sont retrouvées: réversibilité totale du ou des symptômes de l'aura, s'installant sur plus de 4 minutes mais moins de 60 minutes et enfin un intervalle entre l'aura et le mal de tête inférieur ou égal à 60 minutes. «À partir du moment où une personne répond bien à ces critères, il n'y a aucun examen complémentaire à réaliser, sauf si le contexte est atypique: en l'occurrence, débuter une migraine après 50 ans, ce n'est pas habituel et cela doit faire rechercher un autre diagnostic», précise le DrValade. Une association entre migraine et accidents vasculaires ayant été retrouvée, en particulier chez les migraineux avec aura, le 1,6 million de Français concernés ont intérêt à miser sur une meilleure hygiène de vie pour compenser. Plus de risques d'AVC, mais moins de cancers du sein. Plusieurs études américaines menées auprès de milliers de migraineux en attestent. «En cas de migraines régulières avec aura, le risque de faire un jour un accident vasculaire est doublé. Cependant, il reste faible. C'est un peu différent chez le migraineux (avec aura) et qui fume: le risque est alors multiplié par 5 au moins. Il l'est par 15 chez la migraineuse recevant une pilule oestroprogestative. Et même par 35 chez la migraineuse avec aura, fumeuse et recevant une pilule fortement dosée», souligne le Dr France Woimant, neurologue à l'hôpital Lariboisière de Paris et ancienne présidente de la Société française neuro-vasculaire. De quoi inciter les femmes concernées à se faire aider pour en finir avec le tabac, mais aussi à changer de moyen de contraception. Et à pousser les chercheurs à continuer leurs investigations pour mieux comprendre les liens entre migraine et affections vasculaires. Ce n'est d'ailleurs pas le seul mystère à résoudre. Une autre étude a montré que, chez les migraineuses, le risque d'être atteintes un jour d'un cancer du sein était diminué de 26%, et ce, indépendamment de l'âge, des traitements et du fait d'être fumeuse ou non. Les chercheurs aimeraient comprendre.... ** Quand les maux de tête passent de père en fils. Avant la puberté, les garçons sont plus sujets à la migraine que les filles La douleur est pulsatile et suffisamment forte pour perturber le jeu ou le travail scolaire, d'où un risque accru d'absentéisme. Pour beaucoup, la migraine est une histoire d'adultes, alors qu'elle peut toucher de très jeunes enfants, même si, avant 3 ans, le bébé peut difficilement décrire ce qu'il ressent. « Un parent migraineux ayant 60 % de risque d'avoir un ascendant ou un descendant migraineux, cela n'a finalement rien de surprenant», fait remarquer le Dr Valade. Comme pour les adultes, on trouve une prédominance féminine (65 % de filles pour 35 % de garçons), mais seulement après la puberté, quand les hormones féminines dévoilent des filles migraineuses qui n'avaient pas eu de manifestations auparavant. Car, avant la puberté, les garçons sont majoritaires (55 %) et c'est peut-être encore plus dur pour eux d'être pris au sérieux, d'autant que le stress est un facteur déclenchant fréquent. De là à penser que l'enfant simule lors d'un contrôle, dans l'espoir d'échapper à l'examen. Souvent, la douleur est pulsatile et assez forte pour perturber le jeu ou le travail scolaire, d'où un risque accru d'absentéisme. Mais, contrairement à la migraine de l'adulte, qui se déclenche d'un seul côté, les crises sont plutôt frontales ou bilatérales chez l'enfant. Elles sont aussi plus courtes, leur durée moyenne est de deux heures. Et d'autres signes y sont souvent associés, comme une grande pâleur en début de crise, des douleurs abdominales et des vertiges. Enfin, ces crises disparaissent souvent avec le sommeil. Comme les facteurs déclenchants sont nombreux (bruit, lumière, stress, etc.), tenir un agenda des crises, en y notant les circonstances et le déroulement de chaque épisode, permet très souvent d'y voir plus clair. Lorsque les maux de tête décrits par l'enfant ressemblent à une migraine et en présence d'un contexte familial, il est inutile de lui faire passer un scanner ou une IRM qui ne montreront rien de plus. Ces examens sont plutôt réservés aux très jeunes enfants (moins de 3 ans), en cas de signes neurologiques autres associés, ou encore en cas d'aggravation des crises ou de diagnostic douteux. Outre le sommeil, qui soulage bien les enfants, la relaxation est efficace lorsque les crises sont déclenchées par le stress. Elle permet une diminution d'au moins 50 % du nombre de crises, une diminution de leur intensité et une action plus rapide des antalgiques. « Les anti-inflammatoires sont donnés en première intention dans la crise (ibuprofène 10 mg/kg). Un triptan a même son AMM chez les 12-18 ans : il s'agit du Sumatriptan spray nasal 10 mg. Et les traitements de fond sont les mêmes que chez l'adulte», explique le Dr Valade. Si l'enfant est scolarisé, il est capital d'établir un projet d'accueil individualisé (PAI) à remettre au directeur de son établissement scolaire. Car le PAI est le seul moyen pour que l'école ait le droit de donner un médicament à l'enfant. Or, pour enrayer une crise, il n'y a pas de temps à perdre : plus on agit tôt, plus c'est efficace. Concernant la migraine des enfants : www.migraine-enfant.org (réalisé par le Centre de la migraine de l'enfant, hôpital Armand-Trousseau à Paris). source: LeFigaro.fr