Les gélules d'oméga 3 protègent-elles des maladies cardio-vasculaires ? Nicolas Danchin cardiologue HEGP et membre de la Société française de cardiologie, répond. Les oméga 3 sont des graisses faisant partie des acides gras polyinsaturés, que l'on trouve dans l'alimentation, en particulier dans les poissons (surtout les poissons «gras») et dans certains végétaux, comme les noix, le lin ou le colza. À la différence de beaucoup de composants nutritionnels, les oméga 3 (essentiellement les huiles de poisson) ont fait l'objet de nombreuses études thérapeutiques. C'est en effet à la suite d'observations épidémiologiques constatant une faible mortalité cardio-vasculaire dans les pays ou régions où la population consomme beaucoup de poisson, qu'un intérêt spécifique s'est porté sur les vertus protectrices potentielles des oméga 3. De nombreuses études À la suite de ces premières observations, une étude italienne, Gissi-prevenzione, ayant inclus environ 11.000 malades après une crise cardiaque a évalué les effets de la prise quotidienne de gélules d'oméga 3 ; après un suivi de trois ans et demi, on observe une baisse de 10 % du risque de décès, récidive d'infarctus ou attaque cérébrale et une diminution de 14 % de la mortalité chez les malades ayant reçu 1 g/jour d'oméga 3. En outre, cet effet favorable est apparu essentiellement lié à une diminution du risque de mort subite cardiaque, donnant à penser que les oméga 3 pourraient améliorer la stabilité des circuits électriques cardiaques. Pourtant, l'étude n'a pas emporté la conviction, largement parce qu'il s'agissait d'une étude «ouverte», c'est-à-dire d'une étude où les sujets traités par oméga 3 savaient qu'ils recevaient un traitement censé améliorer leur survie, induisant ainsi un possible «effet placebo» (on sait en effet que le simple fait de prescrire un médicament, même totalement inactif, qu'on appelle «placebo», diminue le risque de faire des complications). En outre, l'étude est ancienne (il y a plus de quinze ans) et les malades n'étaient pas traités comme nous le faisons actuellement. Depuis l'étude Gissi-prevenzione, de nombreux autres essais ont cherché à vérifier les conclusions initiales, en particulier pour tenter de vérifier la possibilité d'un effet contre la mort subite. Certaines études ont ainsi évalué des patients à haut risque de faire des arythmies graves (celles responsables des morts subites) et chez lesquels un défibrillateur implantable capable d'enregistrer toutes les arythmies sérieuses avait été mis en place ; elles n'ont pas pu retrouver de différence entre les patients qui prenaient des oméga 3 et ceux qui recevaient un médicament placebo. En 2008, un travail a regroupé l'ensemble des études réalisées avec les oméga 3 et a noté un effet sur le risque de mortalité d'origine cardio-vasculaire, mais pas d'effet sur le risque de mort subite ni sur la mortalité totale. En d'autres termes, les oméga 3 permettraient de diminuer le risque de mourir du coeur, mais ne retarderaient pas la date de la mort ! Depuis cette analyse, deux études importantes ont été présentées. Une étude menée chez des malades atteints d'insuffisance cardiaque, Gissi-HF, a noté une réduction marginale de la mortalité (- 6 %) au bout de 4 ans, mais pas d'effet significatif sur le risque de mort subite. Une autre, l'essai Omega, a évalué l'effet d'un traitement par des oméga 3 chez des patients ayant fait un infarctus et recevant les traitements actuellement préconisés dans cette situation ; le traitement par oméga 3 était comparé à un traitement par huile d'olive, présentée sous forme de gélules d'apparence identique pour éviter l'effet placebo : après un an, on ne constate aucun bénéfice des oméga 3 par rapport au traitement classique. Ainsi, à l'heure actuelle, la situation n'est toujours pas complètement claire : si les gélules d'oméga 3 d'origine animale (les huiles de poisson) ont un effet, celui-ci est probablement très limité et on ne sait pas dire quel mécanisme exact est impliqué ; dans ce contexte, on attend donc avec beaucoup d'impatience les résultats d'un grand essai français, conduit par le Dr Galan et le Dr Hercberg, l'étude SUL-FOL-OM3, qui a évalué sur une période de plus de quatre ans l'effet des oméga 3 (600 mg par jour) chez des malades ayant fait un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral. Mais il n'en reste pas moins vrai que le fait d'avoir une alimentation riche en oméga 3, d'origine animale et végétale, est associé à un moindre risque d'accident cardio-vasculaire : la qualité de l'alimentation est probablement plus importante que le fait de prendre des gélules en supplément. source: LeFigaro.fr