Le traitement des hernies discales passe-t-il par la chirurgie ? Le Pr Joël Menkès, rhumatologue, est membre de l'Académie nationale de médecine. Pr Joël Menkès On estime que 60 % à 80 % de la population souffrent du dos au moins une fois dans son existence. Dans la plupart des cas, la douleur se localise à la partie basse du dos, correspondant aux vertèbres lombaires. Ces troubles sont particulièrement fréquents en consultation de rhumatologie mais aussi au cabinet des généralistes. Leur coût socio-économique est important car ces lombalgies représentent environ 20 % des arrêts de travail et 7 % des accidents de travail, avec des suites souvent difficiles. La charge émotionnelle qui relie la souffrance de la colonne vertébrale à l'individu est liée à deux craintes majeures : la paralysie ou un cancer que les médecins n'arrivent pas à dépister. Ces craintes sont rarement exprimées et souvent étayées par la connaissance d'un cas exemplaire dans l'entourage. La prise en charge du mal au dos demande du temps pour l'écoute des doléances du patient, de l'expérience et un examen attentif. L'origine d'une douleur vertébrale est d'autant plus difficile à établir qu'il n'y a pas de parallélisme entre l'intensité de la douleur et l'aspect radiologique. Le disque intervertébral est un cartilage particulier qui a un rôle amortisseur avec une partie périphérique plus rigide, l'annulus, et une partie centrale hydratée, le nucléus. Les contraintes et la répétition des efforts vont provoquer des fissures avec migration du nucléus : c'est la hernie discale. À partir de 40 ans, elle est associée à des lésions d'arthrose plus ou moins étendues et caractérisées par une destruction du cartilage avec des constructions osseuses, les ostéophytes. La hernie discale n'est pas visible sur les simples radiographies qui sont surtout utiles pour ne pas passer à côté d'une lésion tumorale, cancéreuse, une spondylarthrite ankylosante ou une infection disco-vertébrale. L'imagerie moderne, scanner ou IRM, permet de faire la preuve de l'existence anatomique de la hernie discale, mais n'autorise aucune conclusion automatique sur ses conséquences cliniques. Structures nerveuses. Le mal de dos peut irradier, selon la localisation de la hernie, derrière la cuisse et la jambe, c'est la sciatique, ou sur le devant de la cuisse, c'est la névralgie du nerf crural. Il faut savoir que dans plus de 80 % des cas, la douleur disparaît spontanément dans un délai qui peut atteindre six mois. Rares sont les cas où une intervention chirurgicale s'impose d'emblée. Il peut s'agir d'une douleur d'une violence extrême, résistant aux antalgiques majeurs, avec impotence fonctionnelle ou surtout complications neurologiques évolutives. Elles associent à des degrés divers des troubles sphinctériens et des paralysies du membre inférieur qui dépendent du siège de la hernie discale. Les troubles urinaires font d'emblée envisager une intervention. Les paralysies peuvent être initialement prises en charge médicalement sauf si on constate une aggravation progressive. Quelle que soit la technique utilisée, l'intervention chirurgicale a pour objectif la décompression des structures nerveuses dans le canal rachidien. Chez un sujet jeune, certains ont proposé de compléter le curetage discal par la mise en place d'une prothèse discale intervertébrale. L'intérêt de cette technique est encore l'objet de discussions. La chirurgie de la hernie discale n'est pas une panacée. Elle peut se compliquer d'une spondylodiscite par infection nosocomiale. La paralysie ne régresse pas plus rapidement après la chirurgie qu'avec la seule rééducation. Les douleurs peuvent persister inchangées, voire aggravées. On évoquait autrefois comme explication des phénomènes de fibrose cicatricielle. On pense aujourd'hui qu'il s'agit de lésions des racines nerveuses, souvent définitives, par thrombose vasculaire. Pour les chirurgiens, l'attentisme excessif et l'attitude contemplative de certains rhumatologues favorisent ces lésions radiculaires. source: LeFigaro.fr