Le lien se resserre entre alimentation et cancer. Les fruits et légumes préviennent plusieurs cancers digestifs et, pour les fruits seulement, les cancers du poumon. Plus de 30 % des cancers pourraient être évités par de meilleures habitudes alimentaires. Bon nombre de cancers font leur lit dans nos assiettes. Sur les 320 000 nouveaux cas recensés chaque année en France, 30 % environ pourraient être évités par de meilleures habitudes nutritionnelles et un mode de vie équilibré. En 2009, un nombre croissant de publications scientifiques ont mis en évidence le lien entre le mode d'alimentation et le cancer. L'Institut national du cancer (Inca) a publié il y a quelques mois de nouvelles recommandations à ce sujet en se fondant notamment sur les conclusions d'un rapport du World Cancer Research Fund, qui a analysé plus de 7 000 études. Au banc des accusés, le surpoids et l'obésité, l'alcool, le sel, les viandes rouges et charcuteries et les compléments alimentaires à base de bêtacarotène. L'activité physique, l'allaitement et la consommation de fruits et légumes sont classés comme facteurs réduisant le risque de cancer. Consommés quotidiennement (en quantité au moins égale à cinq par jour), les fruits et légumes préviennent plusieurs cancers digestifs et, pour les fruits seulement, les cancers du poumon. Certains sont-ils meilleurs que d'autres pour la santé ? Régulièrement, des chercheurs étudient à la loupe les effets anticancérigènes d'aliments précis. Dernière étude en date : la consommation quotidienne de pistaches protégerait des cancers du poumon. Effets antioxydants Pour les spécialistes, ces travaux sont utiles dans un cadre de recherche, mais, en pratique, mettre en avant les vertus de tel ou tel produit n'a pas de sens. «Il n'y a pas un fruit ou un légume miracle, chacun peut contenir de multiples substances intéressantes : vitamines, polyphénols, caroténoïdes., insiste le Pr Serge Hercberg, président du comité de pilotage du Plan national nutrition santé (PNNS). C'est la combinaison des aliments qui permet d'avoir une synergie et une complémentarité pour prévenir les cancers, mais aussi les maladies cardiovasculaires.» Les propriétés des fruits et légumes s'expliquent en partie par leurs effets antioxydants. Au cours de la vie, l'accumulation de radicaux libres dans les cellules conduit à des phénomènes d'oxydation qui les font rouiller et donc vieillir. «Les antioxydants s'opposent à ce mécanisme, explique le Pr Hercberg. L'image est celle d'un avocat qui se colore quand on l'ouvre en deux. On peut prévenir cette "rouille" en le recouvrant de citron, riche en vitamine C.». Ail, brocolis et tomates sont-ils anticancéreux ? La famille des légumes non féculents est associée à une réduction du risque Plusieurs aliments, sans doute aussi parce qu'ils ont fait l'objet d'études approfondies, ont été vantés pour leur effet anticancer. En voici quelques exemples, même s'il est bien évident que c'est l'alimentation globale qui a un effet protecteur, plutôt que la consommation en grande quantité d'un nutriment isolé. Ail. Depuis 3 000 ans, l'ail s'est vu attribuer un nombre impressionnant de vertus médicinales. L'Allium sativum serait notamment antiseptique, anticholestérol. Ces dernières années, ses effets ont été vérifiés scientifiquement par des centaines d'études précliniques et épidémiologiques, notamment dans le domaine des cancers. Résultats ? Cette plante réduit le risque de tumeurs colo-rectales avec un niveau de preuve «convaincant», selon le World Cancer Research Fund (WCRF), dans son dernier rapport, publié en 2007 . Plusieurs études cliniques ont conclu que les plus grands consommateurs d'ail avaient un moindre risque de tumeurs coliques que les consommateurs les plus modestes. «Des expériences chez les animaux ont démontré que les sulfures d'allyle (composants de l'ail, NDLR) inhibent effectivement la formation des tumeurs coliques, et qu'ils peuvent aussi inhiber la croissance cellulaire in vitro», précise le rapport. Les sulfures d'allyle agiraient notamment en exerçant un effet toxique sur les cellules cancéreuses, et en induisant une apoptose (mort programmée) des lignées cellulaires anormales, observent des chercheurs chinois qui viennent de publier leurs travaux dans la revue Human And Experimental Toxicology. Chez des souris atteintes de leucémie, cette équipe a obtenu une régression des tumeurs après injections de sulfures d'allyle. Ces résultats très préliminaires restent toutefois à confirmer. Le rapport du WCRF considère qu'en dehors des tumeurs colo-rectales, l'ail n'a pas fait ses preuves dans la prévention des cancers. Tomate. De nombreux essais cliniques, enquêtes cas témoins ou études de cohorte, sont parvenus à la même conclusion : les tomates jouent un rôle non négligeable dans la prévention des cancers de la prostate. Ces tumeurs masculines sont significativement moins fréquentes chez les gros consommateurs des pommes d'or et de leurs produits dérivés que chez ceux qui en mangent peu. L'effet protecteur s'expliquerait par la richesse des tomates en lycopène, un pigment rouge présent aussi en bonne quantité dans d'autres fruits rouges tels que les pastèques et les pamplemousses. Le lycopène, qui appartient à la famille des caroténoïdes, est en effet un antioxydant puissant (voir ci-dessus). Il serait même le plus puissant antioxydant de l'organisme, selon le rapport du WCRF. Ce composé étant libéré lors de la cuisson, les préparations à base de tomate (sauces, jus, soupes, ketchup) sont beaucoup plus concentrées en lycopène que le fruit frais. Une équipe irlandaise a récemment suggéré qu'un régime riche en lycopène atténuait les symptômes urinaires chez des sujets atteints de cancer de la prostate (publiés dans Prostate Cancer and Prostatic Diseases), mais les preuves sont insuffisantes pour proposer une supplémentation des malades, concèdent les auteurs. Des expériences chez l'animal suggèrent aussi que ce composé pourrait combattre d'autres tumeurs, notamment celle du foie, mais rien n'est prouvé chez l'humain. Brocolis. Effets préventifs sur les tumeurs de la vessie, du poumon, de la prostate ou encore de l'estomac. les brocolis et autres légumes crucifères comme le chou sont souvent présentés dans les magazines comme des aliments «miracles» dans la lutte contre les cancers. L'an dernier, une étude américaine a même suggéré que la consommation de crucifères permettait de réduire sensiblement le risque de tumeurs du poumon chez les fumeurs. Selon les scientifiques, les propriétés anticancéreuses des brocolis sont pour beaucoup liées à leur richesse en isothiocyanates, des composés antioxydants et antimutagènes. Les crucifères sont aussi de bonnes sources de caroténoïdes (antioxydants) et de vitamines (B, C.), dont les effets anticancérigènes semblent démontrés. Que retenir ? Pour le WCRF les brocolis appartiennent à la famille des légumes non féculents, une catégorie associée à une réduction du risque de nombreux cancers (bouche, pharynx, larynx, oesophage et estomac) avec un niveau de preuve «convaincant». Pour les tumeurs du poumon, du naso-pharynx, du colon-rectum, de l'ovaire et de l'endomètre (corps de l'utérus), l'effet protecteur des légumes non féculents est seulement «probable». Noix, pistaches.... Les noix protégeraient du cancer du sein. Les pistaches réduiraient le risque de tumeurs pulmonaires. Les fruits à coque ont le vent en poupe chez les chercheurs en cancérologie, et font l'objet de nombreuses études épidémiologiques et d'expériences chez des animaux. En pratique, leurs effets anticancéreux (dont beaucoup ne sont encore que supposés) pourraient s'expliquer en partie par leur teneur en vitamine E. Cette vitamine réduirait les risques de cancers de l'oesophage et de la prostate avec un niveau de preuves «probable», selon le WCRF. Les différents types de noix, noisettes, pistaches. contiennent aussi beaucoup de graisses mono et polyinsaturées. Mais les propriétés préventives de ces acides gras sont moins démontrées en cancérologie que dans le domaine cardio-vasculaire. «Pour le cancer du sein, plus de 70 études épidémiologiques ont été menées, aucune n'a pu identifier formellement un acide gras associé à un risque plus élevé ou moindre de source: LeFigaro.fr