Le blues des enfants en surpoids. Près de 7 enfants obèses sur 10 ont des parents en surpoids et ne réalisent leur «différence» qu'au moment de la scolarisation. Face à l'obésité infantile, les campagnes de prévention se multiplient. Mais la vie intérieure des enfants gros reste encore peu étudiée. Ce mois-ci s'est installée à la Cité des sciences, à Paris, et pour une durée d'un an, une exposition à destination des 9-14 ans intitulée «Bon appétit !». Au programme, des ateliers et des activités ludiques pour apprendre à se nourrir, à comprendre ses réactions face aux différents plats, à devenir acteur plutôt que victime de son alimentation. En ligne de mire bien sûr, les enfants en surpoids. Depuis que les chiffres font état d'un enfant obèse sur cinq en France, les campagnes de santé se multiplient. Certes, toutes ces mesures permettent de diffuser des informations capitales pour enrayer les «mauvais» comportements alimentaires. Mais en se focalisant sur les stratégies nutritionnelles, en évoquant essentiellement régimes et «cinq fruits et légumes par jour», toutes ces mesures semblent ignorer une dimension essentielle du problème que de nombreux professionnels de l'enfance n'ont de cesse de rappeler : la vie psychique et relationnelle des enfants trop enrobés. Elizabeth Lesne, professeur de français dans un collège parisien, fut l'une des premières il y a plus de dix ans à raconter qu'être gros, c'est d'abord un problème dans la tête, dans son livre intitulé Papa, maman, on m'a traité de gros. «Dans chacune de mes classes, je voyais au moins un ou une petite ronde engoncé(e) sous des couches de vêtements même en été. Des enfants hypergentils avec tout le monde, prêts à tout pour se faire aimer et explosant de colère de temps en temps, de manière très rapide, lorsqu'une fois de plus ils étaient la risée des autres. J'éprouvais de l'empathie pour eux. J'ai donc mené une enquête pour mieux comprendre la vie intérieure systématiquement niée de ces enfants qu'on se limite trop souvent à définir comme gros. Cela n'avait jamais été fait.» «C'est un langage». Leur malaise se révèle essentiellement en certaines circonstances car, la plupart du temps, les enfants en surpoids ont la fâcheuse tendance à «prendre sur eux». Mais quand «il y a piscine» ou quand se profile le projet d'une classe verte, ils vacillent : les mots d'absence et de dispense de sport sont alors monnaie courante. Une stratégie pour éviter l'exposition en maillot de bain ou les veillées en pyjama, la douche collective avec des camarades de classe plus que moqueurs, cruels. «C'est terrible parce que justement ces enfants ont besoin d'exercice ! Aucun régime ne remplacera jamais la vraie bonne dépense énergétique», soupire la psychanalyste Catherine Grangeard (auteur d'Obésités, les maux du poids, le poids des mots). Cette spécialiste de l'obésité participe, avec des médecins, nutritionnistes ou psychologues scolaires, à un réseau de prévention d'obésité pédiatrique (Repop) des Yvelines. «Ces Repop ont un immense avantage : ils travaillent sur la proximité et la pluridisciplinarité. Ainsi nous constatons à différents niveaux, tous les jours, qu'être gros ne vient pas d'un simple dérèglement alimentaire. C'est un langage, un symptôme : avec son corps "trop", l'enfant dit qu'il ne sait pas qui il est.» Souvent d'ailleurs, il ne sait même pas qu'il est «gros» et c'est la société qui lui dit que c'est mal. Près de 7 enfants obèses sur 10 ont des parents en surpoids et ne réalisent leur «différence» qu'au moment de la scolarisation . «Peu à peu, ils se retrouvent alors enfermés dans ce regard de l'extérieur, explique la psychanalyste. Ils ne sont plus que des "gros".» «Ni vélléitaires ni gourmands». Autre difficulté à surmonter : les loyautés familiales. Si c'est autour des repas seuls que se sont structurés le plaisir ou les échanges dans cette famille-là, comment y échapper ? «Je peux pas refuser les parts de tartes que me fait ma tante. Elle est veuve», expliquait cette petite patiente en thérapie. «Normalement, nous faisons alliance avec la famille, raconte Catherine Grangeard. Mais après des mois où l'enfant a tenu le secret, nous apprenons par exemple que, à chaque sortie d'école, son père lui offre un pain au chocolat.» Et la résistance à la famille peut aussi se manifester en prise de poids : être grosses pour certaines petites filles leur permet de s'opposer à leurs mamans obsédées par leur ligne. Les prises en charge sont donc éminemment complexes, car chaque histoire d'enfant gros révèle un nid de contradictions. «Ces enfants ne sont ni velléitaires ni trop timides ou gourmands, insiste la psychanalyste. Ils souffrent d'un manque, d'une faim sur lesquels il y a à se poser des questions. Ou alors ils se protègent avec des kilos de graisse. Mais de quoi ? Rappelons tout de même qu'un enfant en surpoids sur dix a été abusé sexuellement. » Au-delà des messages d'informations sur les normes nutritionnelles, reste donc tout un monde psychique à explorer. ** La lutte contre l'obésité dès le berceau. La surveillance des enfants pour éviter des problèmes de poids doit commencer au berceau, selon une équipe de médecins américains qui se sont aperçus que les enfants en surpoids l'étaient souvent déjà avant l'âge de deux ans. Pour les enfants ayant fait l'objet de l'étude, publiée dans Clinical Pediatrics, "la période critique pour prévenir l'obésité infantile" aurait dû être celle "des deux premières années et, pour beaucoup d'entre eux, à partir de l'âge de trois mois". "Malheureusement, le mythe du bébé joufflu en pleine santé est bien vivant, malgré la prévalence élevée d'obésité infantile: seuls 20 à 50% d'enfants obèses sont diagnostiqués comme tels et encore moins reçoivent un traitement précis et efficace", soulignent les auteurs cette étude publiée jeudi. Leurs travaux visaient à déterminer à quel moment précis de son développement un enfant peut devenir obèse. Les chercheurs ont étudié 184 patients d'un cabinet médical privé et d'un hôpital de Virginie, âgés de 2 à 20 ans, obèses ou en surpoids. Les chercheurs ont découvert que l'âge médian auquel les enfants devenaient obèses ou en surpoids était de 22 mois. Ils ont également découvert qu'un quart des enfants étaient déjà en surpoids à l'âge de 5 mois, voire auparavant. source: LeFigaro.fr