La promesse d'aubes galactiques Observer les contrées les plus lointaines de l'Univers, c'est-à-dire remonter aux événements cosmiques les plus anciens (le temps que met leur lumière à nous parvenir étant proportionnelle à leur distance). C'est ce que va permettre le nouveau spectrographe du Très Grand Téléscope (Very Large Telescope, VLT) de l'Observatoire européen austral (ESO). Associant quatre miroirs de 8,2 mètres de diamètre, installés à 2 600 mètres d'altitude, sur le mont Paranal, dans le désert chilien d'Atacama (où le ciel est parfaitement dégagé), le VLT est aujourd'hui l'instrument astronomique au sol le plus avancé. Et le plus productif, avec une publication par jour dans une revue scientifique. Mis en service entre 1998 et 2000, il avait toutefois besoin d'affûter sa vision. C'est chose faite avec le spectrographe X-shooter, fruit de la collaboration de onze instituts danois, français, italiens et néerlandais, et d'un investissement de 6 millions d'euros. Le nouvel instrument se compose en fait d'un ensemble de trois spectrographes qui, ensemble, vont permettre d'enregistrer, en une seule fois et avec une sensibilité inégalée, la totalité du rayonnement - ou spectre de lumière - émis par un objet ou un événement céleste. Et donc d'analyser leurs caractéristiques physico-chimiques, autrement dit leur nature. NAISSANCE DES ÉTOILES. "Jusqu'à présent, explique Sandro D'Odorico, coordinateur de l'équipe de chercheurs et d'ingénieurs, il fallait plusieurs télescopes, différents détecteurs et des observations multiples pour couvrir toute la gamme de longueurs d'onde, de l'ultraviolet jusqu'à l'infrarouge." Si bien que les données, acquises dans des conditions et à des moments distincts, étaient difficilement comparables. Il fallait compter sur la chance pour capturer au vol le signal de phénomènes cosmiques aussi violents que fugaces. C'est le cas des sursauts de rayons gamma, les explosions les plus énergétiques et les plus lumineuses connues dans l'Univers, provoquées par l'effondrement du coeur d'étoiles massives se transformant en trou noir. Ces fulgurantes bouffées de rayonnements ne durent que quelques secondes et leur trace - la rémanence - s'estompe en quelques heures. D'où l'intérêt de disposer d'un instrument opérationnel sur tout le spectre lumineux. "Avec X-shooter, annonce François Hammer, de l'Observatoire de Paris, nous allons fouiller l'Univers, l'explorer sous toutes les coutures, en remontant jusqu'à 270 millions d'années après le Big Bang." L'âge de la naissance et de la mort des premières étoiles, l'aube galactique sur laquelle les astrophysiciens ne savent encore presque rien. Pendant sa phase de test, le nouveau spectrographe s'est déjà fait l'oeil, en détectant un sursaut gamma survenu un peu plus de 2 milliards d'années après le Big Bang. D'âge canonique donc, mais bien plus récent que les flashes visés à l'avenir. Le plus ancien sursaut capté à ce jour - il a été repéré le 23 avril dans la constellation du Lion - s'est produit 600 millions d'années après le Big Bang. Ce n'est qu'une première étape. Les équipes de l'ESO travaillent à la conception de l'Extremely Large Telescope : un télescope géant de 42 mètres de diamètre, qui pourrait être pointé vers le ciel à l'horizon 2018, pour un coût de 1 milliard d'euros. Cet oeil cyclopéen aura notamment pour mission de traquer les exoplanètes gravitant hors de notre système solaire. Non plus des géantes gazeuses surchauffées. Mais des cousines de la Terre, propres à receler de l'eau liquide, donc à être habitables... ou même habitées.