La majorité des fumeurs arrêtent sans aide. Entre les deux tiers et les trois quarts des ex-fumeurs arrêtent finalement sans aucune aide. Tous les experts s'accordent à dire que pour arrêter de fumer, il faut une motivation très forte fondée sur la certitude que le tabac est mauvais pour la santé. La meilleure manière de lutter contre le cancer du poumon, c'est d'arrêter de fumer. Toutes sortes de techniques existent, substituts nicotiniques, médicaments, thérapies cognitives. Cette semaine, la revue internationale PLoS publie les résultats de chercheurs australiens qui ont analysé toutes les études sur cette question publiées en 2007 et 2008. Ils arrivent à la conclusion qu'il n'y a pas de miracle. Entre les deux tiers et les trois quarts des ex-fumeurs arrêtent finalement sans aucune aide, par leur seule volonté. Ces experts australiens déplorent même un excès de médicalisation du sevrage tabagique, sous la pression des firmes produisant des substituts ou des médicaments. Pour arrêter de fumer, disent tous les experts, il faut une motivation très forte fondée sur la certitude que le tabac entraîne essoufflement, vieillissement de la peau, problèmes cardiaques, cancers. Facteurs de rechute Pour les plus dépendants (disponible sur Internet, le test de Fagerström permet de s'évaluer), l'aide d'un médecin peut s'avérer salvatrice. Dans son livre Arrêter de fumer, réédité aux Éditions Odile Jacob, le Pr Gilbert Lagrue, pionnier français en la matière, explique comment le syndrome de sevrage transitoire qui apparaît (irritabilité, perturbations du sommeil, humeur dépressive) est un facteur de rechute important à maîtriser. Les essais avec les traitements de substitution à la nicotine, en général prescrits pour une période de trois mois à doses décroissantes, montrent que 20 % des utilisateurs environ sont sevrés au bout de six mois. De même pour les médicaments destinés au sevrage. Les thérapies comportementales simples visent à apprendre à trouver une parade quand le besoin se fait sentir : boire lentement un verre d'eau, ou relire le précieux papier où l'on a inscrit les quatre raisons les plus fortes pour arrêter.... ** De nouvelles stratégies contre le cancer du poumon. Les femmes sont de plus en plus touchées. Les experts se battent contre le tabac, pour un diagnostic précoce. Le taux de cancer du poumon pourrait être réduit de plus de 80 % dans vingt ans si le tabac était définitivement banni. Aujourd'hui, et malgré les mesures contre le tabagisme, cette maladie continue à se développer, avec 30 000 nouveaux cas chaque année dans notre pays. Des chiffres en légère diminution chez l'homme, mais en progression constante chez la femme. Cette maladie est cependant en train de se transformer, grâce à de meilleures connaissances en épidémiologie, en biologie et à des essais thérapeutiques qui autorisent de nouveaux espoirs. Mais à ce jour, la seule manière de combattre efficacement le cancer du poumon est de lutter contre le tabac. «En France, plus de 80 % des cancers du poumon sont liés au tabac, les 20 % restants sont liés pour moitié au tabagisme passif et pour moitié à d'autres facteurs, comme le radon, explique le Dr Bernard Milleron (hôpital Tenon, Paris). En Asie, l'augmentation très particulière de cancers du poumon chez la femme non liée au tabac pourrait être en rapport avec l'inhalation de vapeurs de cuisine toxiques consécutives à certains modes de cuisson.» Des études récentes ont prouvé que le facteur essentiel est la durée du tabagisme. «Fumer beaucoup pendant un court laps de temps apparaît moins risqué que fumer moins pendant de nombreuses années, même si les deux sont à bannir, ajoute le Dr Milleron. Il faut aussi savoir que l'arrêt du tabac est intéressant à tout âge.» Le fait de fumer un paquet de cigarettes par jour pendant vingt ans multiplie le risque de cancer du poumon par 20. Lorsque l'on arrête à 30 ans, le risque est multiplié par 2, à 40 ans il est multiplié par 4. Mais même un faible tabagisme entraîne un risque supérieur à celui du non-fumeur. Le problème du dépistage. Il n'est jamais trop tard pour arrêter : le sevrage réduit le risque à tout âge. Plusieurs études récentes révèlent même que chez les personnes atteintes d'un cancer du poumon, la survie s'améliore quand elles arrêtent de fumer. Plus les jeunes commencent tôt, plus le risque est élevé. «Il faut se battre contre le tabagisme des adolescents», ajoute l'expert. Plus le cancer pulmonaire est dépisté tôt, meilleurs seront les résultats thérapeutiques. Or, à ce jour, aucune stratégie de dépistage du cancer du poumon chez les fumeurs n'a vraiment fait la preuve de son efficacité. Il a été montré que faire une radio systématique et régulière du poumon ne permet pas de réduire la mortalité liée à ces tumeurs. Plusieurs essais ont été lancés pour évaluer le scanner comme outil de dépistage. Les résultats ont pour l'instant été un peu décevants, en raison du nombre élevé de faux positifs (une image évoquant à tort un cancer) conduisant à la mise en oeuvre d'explorations lourdes (bronchoscopie, biopsie.) chez des patients ne présentant que des lésions bénignes et non évolutives. Des enquêtes sont en cours pour savoir si des fumeurs soumis à un scanner régulier ont un risque moindre de décès par cancer du poumon que ceux ne bénéficiant pas d'un dépistage. D'autres pistes cherchent à détecter des cellules cancéreuses dans les expectorations, ou des marqueurs du cancer dans le sang des fumeurs. Enfin, des travaux sont en cours pour rechercher une éventuelle susceptibilité génétique qui pourraient inciter certaines personnes à ne jamais fumer du fait d'un risque accru. Symptômes négligés. Dans ce difficile contexte de dépistage, les spécialistes insistent sur la nécessité de mettre en place un diagnostic précoce. Trop de patients arrivent à l'hôpital avec un cancer très évolué, alors que les premiers symptômes datent de plusieurs mois, mais ont été négligés. Toute expectoration sanguine, toute infection pulmonaire traînante ou toux persistante chez un fumeur, doit inciter à des explorations complètes. «Le cancer du poumon pris à temps n'est pas fatal. Lorsque la tumeur est de petite taille, le taux de guérison est de 80 %, souligne le Dr Milleron. Il y a encore dans l'esprit du public, l'idée que l'on ne peut pas faire grand-chose. C'est faux. Mais il faut raccourcir le délai entre les premiers symptômes et la prise en charge, qui est de cinq mois actuellement.» Le premier facteur pour améliorer la guérison est donc le diagnostic précoce. Au cours des dix dernières années, quelques progrès thérapeutiques ont été faits. L'intergroupe francophone de cancérologie thoracique (IFTC), présidé par le Dr Milleron, a été créé notamment pour mettre en place des essais et développer de nouveaux médicaments. Cet intergroupe a déjà contribué à des recherches innovantes. source: LeFigaro.fr