La chirurgie des yeux plus performante. Forts du succès des opérations de la myopie, les chirurgiens doivent satisfaire une demande de plus en plus forte aujourd'hui pour la presbytie. Elle permet aux myopes, aux presbytes, aux astigmates, de se passer de lunettes ou de lentilles : la chirurgie « réfractive » est, certes, une chirurgie de convenance, mais elle est incontestablement entrée dans la pratique courante. Sensible aux aléas économiques - la demande augmente quand l'économie se porte bien, stagne ou diminue les années moins fastes -, elle a pourtant moins souffert de la crise en France. Contrairement aux Etats-Unis où le nombre d'actes a diminué de 30% ! Dans l'Hexagone, l'activité s'est stabilisée autour de 120.000 opérations par an. En tête des actes : la chirurgie de la myopie, intervention reine avec la méthode Lasik. Mais la demande se fait de plus en plus forte pour corriger la presbytie - qui touche tout le monde après 45 ans - véritable challenge technique pour les chirurgiens et fabricants de laser. Cette chirurgie, de plus en plus performante, peut-elle aujourd'hui nous redonner une vue parfaite ? L'opération est-elle risquée ? Le point avec l'un des meilleurs spécialistes, le professeur Laurent Laroche, ophtalmologiste et chef de service de chirurgie réfractive à l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris. France-Soir. Quelles sont les motivations des patients qui se font opérer ? Pr Laurent Laroche. La plupart le font pour des raisons esthétiques ou de confort : ils ne veulent plus porter de lunettes ou de lentilles, souhaitent faire du sport sans contrainte. D'autres, pour des raisons professionnelles, ne peuvent porter de correction. D'autres encore ne supportent plus le port de lentilles, qui n'est pas anodin et comporte un risque infectieux réel. F.-S. La chirurgie réfractive donne l'impression d'être un domaine en constante évolution. Est-ce le cas ? Pr L. L. La chirurgie réfractive est très dépendante de la technologie laser, à forte composante informatique. Elle évolue donc régulièrement, parallèlement aux progrès réalisés sur les systèmes de laser. Les instruments qui permettent d'analyser la forme de la cornée et la vision sont également de plus en plus performants et offrent une très bonne connaissance des paramètres de l'oeil. F.-S. Recouvre-t-on une vue parfaite après l'opération ? Pr L. L. L'objectif est de donner une acuité visuelle sans correction identique, parfois même meilleure, à l'acuité visuelle avec correction. On peut obtenir 10/10e, voire plus. Mais les indications sont essentielles, et en cela, le rôle du chirurgien déterminant, car tout le monde ne peut être candidat à la chirurgie réfractive. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte : la forme de la cornée, la santé du patient, le type de défaut visuel. F.-S. Comment choisir son chirurgien ? Pr L. L. La notoriété du chirurgien est un élément qui peut guider, tout comme la mise à disposition d'un plateau technique moderne. On peut également se fier au bouche-à-oreille. Mais le plus important est le climat de confiance établi entre le chirurgien et le patient, ainsi que l'information donnée lors des visites préopératoires. F.-S. La chirurgie réfractive comporte-t-elle des risques ? Pr L. L. Il n'y a pas de chirurgie sans risques. Le chirurgien est d'ailleurs tenu de remettre au patient un document indiquant tous les potentiels accidents, même les plus rares, comme une infection ou une déformation de la cornée. Citons également le risque de sur-correction et de sous-correction, que l'on peut dans la plupart des cas retoucher. Les effets secondaires les plus courants sont une sècheresse de l'oeil, des éblouissements nocturnes. Ces phénomènes sont généralement transitoires. F.-S. Les patients sont-ils satisfaits après l'opération ? Pr L. L. Les patients sont dans l'ensemble très satisfaits. La principale insatisfaction provient d'un dialogue insuffisant : l'attente du patient excède alors les possibilités de cette chirurgie, qui rappelons-le, a ses limites. F.-S. De nombreux progrès ont été réalisés en matière de presbytie. La chirurgie permet-elle de retrouver la vue de sa jeunesse ? Pr L. L. La demande est de voir bien de loin et de près, et des deux yeux. Mais en l'état actuel, on ne peut atteindre ce but à 100 %. La nouvelle technique, le Laser Intracore, consiste à rendre la cornée « multifocale » : une partie permet de voir de loin, l'autre de près. C'est une technique en cours d'évaluation, qui ne permet pas encore d'obtenir des résultats totalement satisfaisants, même dans les mains les plus expérimentées. La technique du Presbylasik consiste quant à elle à augmenter la profondeur de champ d'un oeil, mais souvent au détriment de la qualité de l'image. D'autres techniques sont en cours d'étude, comme l'addition de tissu. Mais ce n'est pas encore au stade clinique. F.-S. Des progrès ont-ils été réalisés pour la chirurgie de la cataracte ? Pr L. L. Il s'agit de la chirurgie la plus fréquente, avec environ 600.000 actes par an. Elle consiste à remplacer le cristallin opaque par un implant intraoculaire parfaitement clair. Aujourd'hui, cette lentille peut avoir tout type de formes, et donc corriger, en plus de la cataracte, des défauts visuels tels que la myopie, l'hypermétropie, l'astigmatisme. F.-S. En matière de glaucome, y a-t-il eu des avancées notables? Pr L. L. La chirurgie consiste à améliorer l'évacuation de l'humeur aqueuse hors du globe oculaire, en créant une fistule. Le champ d'application des lasers s'est élargi pour le traitement du glaucome. C'est une chirurgie courante, mais avec un facteur limitant : l'oeil est un organe vivant, donc la fistule cicatrise. source: FranceSoir.fr