Lyon Lyon, ville mystérieuse D'OMBRES ET DE LUMIERE La cathédrale St Jean avec ses fortifications médiévales Lyon... Antique capital des Gaules, et depuis toujours capitale incontestée de l'ésotérisme. Ville des brumes, ou l'on se perd dans une ouate épaisse et lourde poussée par des fleuves d'un autre âge. Ville des labyrinthes hauts et bas... "Mirelingue la brumeuse" est la seule ville de France où l'on peut circuler de son c£ur à ses collines sans jamais utiliser une seule rue. L'initié parcourt ainsi d'obscurs escaliers, d'étouffants couloirs se ramifiant d'une bâtisse à l'autre, parsemé de loin en loin de puits de lumière et autres cours intérieurs... On peut y errer, s'égarer, sans rencontrer d'autres présences que des ombres couleur du passé pliées sous le poids de l'oubli ou gémissant à la mémoire d'un lieu digne d'une autre galaxie... DU LABYRINTHE A St JEAN DE LYON Et l'insolite se poursuivra sous terre. Lyon est construite sur les entrailles de la vieille Lugdunum romaine. De l'antiquité restent les labyrinthes d'assainissement et drains s'arrêtant où commencent les catacombes chrétiennes, ultimes demeures de ceux qui en attendant l'instant de résurrection, côtoient ceux qui, déjà morts vivants, fuient les folies humaines, d'immondes souvenirs ou d'intolérables réalités. Du fond d'une cour s'ouvre un puits, une porte basse, une cave irrespirable, une trappe épaisse... nous voilà dans d'autres galeries qui se répandent sur plusieurs profondeurs, de caves en caves, de dépôt en dépôt mais aussi d'églises en cathédrale. Ces galeries innombrables sont pourtant répertoriées par les services d'assainissement de la ville. C'est au long de cette pieuvre de clarté et d'obscurité que nous parcourrons l'espace et le temps d'une ville qui se refuse encore à révéler ses secrets... Exemple de galerie avec puits dans les sous-sols lyonnais De la colline de Fourvière à la Saône, ramassé contre sa cathédrale, le quartier St Jean étend les ramifications étroites et sombres de ses anciennes ruelles. Façades renaissances, gothiques ou moyenâgeuses, d'anciennes demeures surgissent d'un temps qui n'est plus le nôtre. Il y a quelques années encore ce quartier se dégradait inéluctablement. C'est aujourd'hui un véritable retour à la clarté. Ce sont quelques résurgences énigmatiques de son histoire ésotérique et hermétique que nous allons essayer d'approfondir à présent. LA TIARE QUI ROULE 14 novembre 1305. Bertrand de Got est couronné pape à Lyon sous le nom de Clément V. Ce qui aurait du être un jour de liesse tourne au cauchemar et irrémédiablement aux mauvais augures. Ils sont tous là, ceux qui firent, et surtout défirent la France du XIVe S. Philippe le Bel et sa cour célèbrent l'évènement selon un fastueux cérémonial. Les rues sont noires de monde pour cette manifestation. La procession pontificale avance majestueusement vers ce qui sera un jour le chemin neuf. Le roi de France, à la main, mène la monture du pape coiffé de sa tiare pontificale. Brusquement, c'est le drame. Tout un pan de mur vient de s'écrouler sous la pression de la foule. Le roi sera blessé légèrement, Charles de Valois plus grièvement. Des morts aussi dans le peuple et la cour: Orsini, le duc de Bretagne, Gaillard de Got de la famille du pape. Ce dernier est tombé lui aussi mais sans gravité, du moins en apparence. Mais la tiare papale, que l'on retrouve sous les décombres, aura perdue la plus grosse pierre de sa parure: une escarboucle de 6000 florins, dit-on... Le fait, incontestablement, sera perçu comme un très mauvais présage, et la pierre minutieusement recherchée ne sera jamais retrouvée... Ceci se passait à quelques dizaine de mètre de la cathédrale. D'étranges rumeurs circuleront à propos de l'escarboucle perdue et de l'Ordre du Temple. SARCOPHAGES ET BAPHOMET Curieusement, rares sont les écrits à propos de l'ordre du Temple à Lyon. Pourtant l'enceinte templière de cette ville, dite "Clos de St Georges" était plus étendu que celle du Temple à Paris. Commanderie de Lyon quartier St Georges Les vieux écrits relatent que c'était une cité interdite et très fermée "seulement ouverte d'une porte étroite". Et, du même texte, d'observer que des notoires de la cité réapparaissaient hors les remparts sans avoir à en sortir par la porte. Il faudra attendre le XVIIIe S. pour découvrir que le puits de "l'auberge du soleil" dans le vieux quartier St Georges était un accès "sec" à la commanderie et à la cathédrale St Jean. D'ailleurs le quartier porte encore des noms de rues évocateurs: rue des Templiers, place Port-du-Temple, rue du Temple. Le port templier de Lyon était le plus riche port fluvial de l'ordre en France. De là, l'ordre expédiait beaucoup et recevait encore plus: marchandises, valeurs, renseignements, responsables étrangers, juifs. L'ordre du Temple devait forcément connaître les ramifications souterraines de la vieille ville. Par ailleurs on peut constater que peu de Templiers furent arrêtés à Lyon. Ils brillèrent surtout par leur absence le jour de la rafle de Nogaret. DECOUVERTES SOUTERRAINES Dans les années 1960, plusieurs découvertes eurent lieu lors de travaux de démolitions dans ce secteur et jusqu'au "Quai St Antoine". On sait que furent remise à jour toute une partie d'immenses locaux souterrains ayant appartenus à l'ordre des Antonins ainsi que d'autres frappés de la croix du Temple... Mais aussi des fondations inconnues sous l'endroit où se trouvait une très ancienne chapelle de l'ordre. C'est lors des travaux, dans un ancien immeuble du Quai St Georges, que les ouvriers mirent à jour plusieurs pierres sculptées de croix templières, qui finirent chez un riche amateur lyonnais. Il en fut de même pour quelques "médailles" d'un métal très dur, extrêmement lourd et visiblement imputrescible. Les pièces étaient gravées de symboles. Avec ces dernières il y avait aussi une matrice à sceller dont seul le dessin était visible. Le vieux texte de l'architecte Guerrin, fait aussi mention, à propos < d'une cave de deuxième profondeur >, qu'en 1802 cette dernière possédait encore un "Cagueux", étrange sculpture de 40 cm de haut montrant une créature hirsute cramponnant une croix pattée et accroupie sur une petite tête anthropoïde dans une coupe. Les caractères qui l'accompagnaient, nous dit Marcel Guerrin, étaient < malpropres >(?), < effacés et incohérents >(?). Peut être sommes nous passé très près de la découverte d'un autre baphomet. L'accès de cette cave est maintenant propriété privée, mais la statuette y est toujours. Rue du Boeuf. quartier de St Jean. Pour mémoire, notons que la rue Port-du-Temple, s'appelait aussi rue "Ecorcheboeuf" en raison des taureaux, dépecés et distribués au peuple après avoir été jeté à la Saône pour célébrer la "fête des merveilles"... et aussi qu'au n°19 de cette rue était "l'Hôtel de la Monnoye" (monnaie)... Quel sublime hasard!!! LE TRESOR DES JUIFS A l'opposée du vieux quartier St Jean, nous trouvons le quartier St Paul. Nous n'en retiendrons que la rue dite "de la Juiverie". Rappelons brièvement que Lyon était la première place financière d'Europe et devait être la capitale de la France s'il n'y avait eu, en ce jour d'été 1536, le décès par empoisonnement du dauphin François fils de François 1er... Ce dernier venait de succomber pour s'être intéressé, d'un peu trop près, au "diamant des juifs". En effet les juifs avaient élu domicile dans ce secteur, et toutes leurs demeures communiquaient entre elles par des "traboules" ou encore 3 étages de caves et passages souterrains. Les juifs avaient déjà dans ce quartier, grâce à de puissants appuis, des comptoirs, des banques et une synagogue. S'ils se réfugient tous dans ce quartier ce sera surtout en raison de l'insécurité qui règne pour eux en ville <: ...et c'est pour autant que les juifs aient été chassés de la demeure de Lyon, l'an 1311, leurs biens et possession ayant été confisqués 'le jour feste de saincte Marie magdaleine' > nous dit Severt en 1621. Rumeurs pour une pierre... Les rumeurs sont persistantes sur cette colonie juive du Moyen-Age, et sur les chefs la dirigeant depuis leurs demeures rue de la Juiverie... Il est question surtout d'un fabuleux joyaux dont l'origine reste mystérieuse pour tous. On sait seulement, par D. Reju, qu'il s'agissait "d'un mystérieux et incomparable diamant. Les juifs l'auraient fait venir du Moyen-Orient et le conserveraient secrètement en le préservant des convoitises par de multiples précautions. La réputation de cette pierre, unique par sa grosseur et sa pureté, énigmatique de par ses origines et son usage". Les princes royaux, surtout, rêvaient de récupérer le fabuleux dépôt en intriguant avec acharnement pour en atteindre le secret. Un passage souterrain au 3ème niveau Les de Médicis "savaient" les tenants et aboutissants de cette histoire... Mais la mort du Dauphin, mise sur le compte d'une intervention destinée à défendre le diamant, terrorisa toute la cour et les courtisans. Ce royal décès fit sombrer le joyau maudit dans l'oubli d'où, plus personne, n'osa jamais le retirer. Mais la tradition et le mystère demeurent toujours. Un vieux récit raconte qu'au moment de leur persécution (il y en eut tant) tous les juifs, de ce secteur, unirent leurs fortunes, la liquidèrent et négocièrent avec cette somme effarante l'achat d'une pierre qui dépasse notre entendement. Ils pouvaient ainsi se déplacer sans plus craindre pour leurs biens, et rester chacun "actionnaire" d'un dépôt qui ne pouvait que se valoriser avec le temps... Une sorte de compte bloqué à haut intérêt! Les têtes de lions La légende explique aussi que, cernées dans leurs quartiers, les "têtes pensantes" de la communauté avaient dissimulé leur trésor dans un périmètre très réduit. Cette légende fait mention d'un objet fabuleux dissimulé au n°23 rue de la Juiverie. Cette demeure, à ce numéro, fait angle curieusement avec la rue de la Loge (!!!), et s'appelle "Maison Lantillon". Elle appartenait aux Dugas au XVIe S. et est dite "Aux têtes de lions". Ses 2 façades d'angles s'ornent effectivement d'énormes têtes de lions avec toute une infime différence, paraît-il. La légende veut qu'un coffret contenant l'énorme diamant soit dissimulé derrière une seule de ces têtes de lions. Il est ajouté que le système d'accès est inscrit dans "l'infime" détail d'une des faces d'animaux. Légende? Sans autre information, on pourrait l'affirmer. Mais voyons de plus près... Cette maison Lentillon est depuis le XVIIe S., au moins, une fonderie d'or et une fabrique d'orfèvreries. Si l'on prend le symbole du lion, sa couleur est le jaune: l'or. En outre le lion est solaire, représente la puissance et la souveraineté... donc l'or! Si l'on regarde les rues environnantes du vieux quartier, les noms sont assez évocateurs: rue Dorée, de Jérusalem, Esprit, de Josaphat... Une rue bien occupée rue Juiverie Mais nous savons aussi qu'au n°21 rue Juiverie, la maison (dont la façade est restée intacte) fut dessinée par Philibert Delorme, ce qui se passe de commentaire! Encore, qu'au n°4, l'immeuble s'appelle "Patarin". Faut-il rapprocher ce nom de Patarin du terme désignant les Cathares et cagots? Au n°22, soit la maison voisine de l'orfèvrerie, l'hôtel particulier appartenait aux Baronat. Ces derniers étaient originaires d'Annonay et propriétaire jusqu'en 1345 de mines d'argent à Argental... mines contrôlées par l'ordre du Temple et desservie par l'antique route sous le contrôle des Lupé. Au n°21, grâce à d'anciens plans conservés aux archives de la ville de Lyon, nous savons l'existence de 3 niveaux de sous-sols (à présent condamnés), dont le plus profond ouvre sur des galeries conduisant sous la Saône d'une part et dans le quartier Templier d'autre part, puis de là en direction de l'antique église d'Ainay. Pour en finir avec cette étrange ruelle les sous-sols du n°12 sont le départ d'un souterrain bloqué par une épaisse porte de fer. Il est évident qu'il n'en était pas toujours ainsi puisque au XVIIIe S. les chroniques racontent que Mandrin utilisait régulièrement ce passage pour échapper, avec succès, à l'Octroi de Pierre Scize... Lyon Le Diamant des Juifs Ce texte de Daniel Réju est un des rares portant sur une énigme particulière concernant une partie ancienne du quartier de St jean dans le 'vieux Lyon'à quasiment oublié des chercheurs intéressés par ce sujet. Aujourd'hui, que reste t-il de ce récit que tous considèrent comme une belle légende sans grand fondement historique ? Ceci reste la vision des 'officiels' et n'engage que leur seule réflexion qui reste assez restreinte et étroite en cette matière, il faut bien l'admettre... Ce qu'on appelle encore 'la maison Lantillon' est une des plus anciennes demeures de l'aristocratie locale. On oublie toujours qu'elle fut réaménagée, au 16e siècle, par un architecte que nous connaissons bien : Philibert Delorme. C'est ce dernier qui redessine et réhabilite le château de Lupé dans le Pilat. Delorme s'illustre également dans les affaires de l'observatoire de Paris, et on le retrouve impliqué dans plusieurs 'sociétés savantes' de l'époqueà ainsi qu'au sein d'un groupe ésotérique assez peu connu de nos chercheurs d'aujourd'huià pour ne pas dire carrément oublié! Cet architecte ésotériste notoire est impliqué dans divers éléments de l'architecture sacrée et de l'exploration d'un passé aux méandres encore inexplorésà Quant à ce quartier de 'La Juiverie', il plonge ses fondations dans les plus obscurs recoins antiques de Mirelingue la Brumeuseà dite Lugdunum autrefois. Que reste-il aujourd'hui des trois étages de souterrains parcourant les entrailles de l'antique cité celtique ? Il y a encore cinquante ans, on pouvait explorer de grandes portions de ce monde interdit où surgissaient encore plusieurs mégalithes et 'sables mous' capables d'absorber, en moins de deux heures, un bulldozerà On dit que le quartier de la Juiverie abritait plusieurs puits sacrés accédant à une sorte de fleuve souterrain et un monde où se seraient réfugiés les derniers rescapés d'un monde à l'agonie. Un temple, une nécropole, un sanctuaire y seraient enfouisà On note, en cherchant les anciennes galeries ouvrant çà et là depuis des caves humides et pourries, que les entrées furent discrètement obstruées par les services municipauxà mais le plus curieux est que certains de ces passages, mystérieusement, furent retrouvés réouverts malgré les matériaux utilisés (béton armé)à Quant à 'la maison Lantillon', elle reste une énigme jamais élucidée, avec ses énormes têtes de lion dont une recèlerait la clé d'un secret capable de modifier la face du monde. Des rois, des tyrans, d'obscurs mages et peut-être d'autres êtres innommables s'essayèrent à entrer en possession de ce secretà sans succès. Des rumeurs racontent qu'encore à certaines périodes des 'étrangers' explorent toujours les entrailles de ce quartier aujourd'hui des plus 'nettoyés' et modernisés, pendant que d'autres explorent, aux archives de la Montée de l'Observance, des cartons de documents anciens sur les propriétés concernées. Puis ils disparaissent ces étrangersà et d'autres arrivent tout aussi discrètement que le sont certaines sociétés occultes couleur de poussière du temps ! Suivons donc Daniel Réju dans les replis de l'histoire d'une pierre oubliée de tous, sacrée ou peut-êtreà maudite. Le diamant des juifs Il faisait très chaud à Lyon, ce jour d'été 1536. Le Dauphin François, fils de François 1er, venait de terminer une partie de paume passionnée, disputée sur le domaine de l'abbaye d'Ainay. Couvert de sueur, le Dauphin réclama à boire, et son écuyer, Montecuculli, lui tendit un verre d'eau glacée qu'il but d'un trait. Presque aussitôt, l'héritier de la Couronne de France se sentit pris de malaise. Il dut s'aliter et, après une brève agonie, rendit son âme à Dieu. Ce jeune prince athlétique, élégant et chevaleresque, que l'ensemble de ses contemporains comparait à son père, n'était âgé que de dix-neuf ans, et les médecins ne purent se prononcer sur la cause du décès. Aussi cette mort prématurée glaça-t-elle la Cour d'effroi : François était mort parce que, tout comme la plupart des grands seigneurs et nobles dames, il s'était intéressé de trop près au fameux diamant des Juifs de Lyon... Le Quartier Saint-Jean Entre la rive ouest de la Saône et la colline de Fourvière, groupées autour d'une cathédrale gothique, s'étendent les ruelles sombres du quartier Saint-Jean.... Elles sont brodées de vieilles demeures des XVIe ou XVIIe siècles, aux façades sculptées et ornées d'étroites fenêtres Renaissance. Passant sous des grilles de fer forgé, on pénètre dans des couloirs obscurs, qui débouchent eux-mêmes sur d'autres couloirs, autant de cours, de passages et d'escaliers divers : les fameuses 'traboules' lyonnaises, qui permettent, par exemple, de parvenir depuis ce quartier jusqu'à Fourvière, sans passer par aucune rue. Il y a quelques années encore, Saint-Jean était presque un 'coupe-gorge', le repaire des voyous et des truands de toutes espèces, une sorte de Pigalle lyonnais. Il faudra le mouvement de renaissance du vieux Lyon, l'installation des restaurants, cabarets et galeries d'art, pour que les truands cèdent le pas, que le quartier perde sa mauvaise réputation. Pourtant, au XVIe siècle, Saint-Jean était le quartier bourgeois de la ville. Tous les grands y possédaient de somptueuses demeures, et les tournois se déroulaient en son plein coeur : rue Juiverie. A cette époque, Lyon faillit de peu devenir capitale de la France. La Cour, avec la Régente, s'y était installée en août 1524, alors que le roi partait prendre Milan : pour quinze mois, Lyon devenait le siège du gouvernement et, après le désastre de Pavie, un an plus tard, Louise de Savoie décida de se maintenir au cloître fortifié de Saint-Just malgré la proximité des armées impériales. La cité vivait sa grande époque, plus resplendissante et plus florissante encore qu'à l'époque gallo-romaine, sa véritable renaissance. Première place bancaire d'Europe, Lyon s'épanouissait au rythme des grandes foires et une nouvelle activité venait encore l'enfiévrer: l'imprimerie. Implantée à partir de 1476, cette industrie s'y développe à une cadence foudroyante : environ cent imprimeurs en 1515, plus de 400 en 1548 et qui, contrairement à leurs confrères parisiens, adjoignent l'édition à leur activité principale. Un tel rayonnement séduit les étrangers : les Allemands arrivent en masse par la Suisse, les Italiens par la Savoie. La Cour demeure en permanence à Lyon de 1524 à 1540. Naturellement, elle attire une foule d'artistes et d'écrivains. Le mouvement intellectuel va de paire avec le développement économique de la cité. La Réforme se fait sentir et on trouve à Lyon la plupart des précurseurs : Clément Marot, Bonaventure, Despériers, alors que Rabelais vient s'installer comme médecin à l'Hôtel-Dieu en 1531. C'est là qu'il publiera ses célèbres ouvrages. Et les poètes pullulent: Claude Bellièvre, Guillaume de Choul, Jean Croies, Barthélémy Aneau, Maurice Scève, Louise Labbé, dite la 'Belle Cordière', et tant d'autres.... Les salons ne désemplissent pas, les fêtes et les cérémonies somptueuses se succèdent. Dans cette ambiance un peu folle, où contrastent violemment l'opulence des grands et la misère du petit peuple, les intrigues ne manquent pas, surtout à la Cour. C'est la plus mystérieuse d'entre elles qui devait coûter la vie au Dauphin François. Une pierre venue du Moyen-Orient A cette époque de la Renaissance, outre les Allemands et Italiens, une importante colonie juive, puissante aussi bien par le nombre que par la richesse, s'était installée à Lyon, dans le quartier Saint-Jean, et sa 'tête pensante' avait justement élu domicile dans l'actuelle rue Juiverie. D'étranges bruits circulaient au sujet de ces nouveaux venus. On parlait d'un mystérieux et incomparable diamant, qu'ils auraient fait venir du Moyen-Orient et conserveraient jalousement, dans le secret, en le préservant des convoitises par de multiples précautions. La réputation de cette pierre, unique par sa grosseur et sa pureté, énigmatique de par ses origines et son usage, était parvenue jusqu'à la Cour. Tous étaient fascinés par cette histoire étrange et rêvaient de s'approprier le précieux diamant. Les divers clans de courtisans intriguaient en ce sens. Catherine de Médicis, entre autres, passionnée de bijoux, se montrait acharnée à percer le secret de la mystérieuse pierre. Dans ce contexte trouble, amplifié par la présence des astrologues, des mages et des empoisonneurs florentins, survint l'affaire du Dauphin. Actuellement, nombre d'historiens s'accordent à penser que cette mort fut naturelle : François, après un effort qui l'avait considérablement échauffé, aurait contracté un refroidissement en absorbant cette eau glacée. D'autres estiment que l'ambitieuse Catherine aurait fait ajouter à cette eau un quelconque poison, afin d'ouvrir le chemin du trône à son mari, le futur Henri II... Toujours est-il qu'à l'époque les médecins déclarèrent cette mort inexplicable. Or, il fallait une raison : on estima que le Dauphin avait bien été empoisonné ù mais à l'instigation de Charles-Quint ù et que l'exécutant avait tout simplement été Montecuculli, l'écuyer de François.... Ce dernier fut écartelé à la satisfaction générale, rue Grenette, sur l'autre rive de la Saône. Cela n'empêchait pas les courtisans d'avoir peur. Car eux le savaient, et certains historiens connaissant bien les dessous de l'affaire le soutiennent toujours, si le Dauphin avait bien été empoisonné, le fait en revenait aux Juifs de Lyon qui entendaient protéger leur énigmatique diamant dont le Dauphin aurait enfin trouvé la piste. En tout cas, immédiatement après cette mort, aussi soudainement que mystérieusement, la 'pierre venue du Moyen-Orient' retomba dans l'oubli. On ne peut s'empêcher de rapprocher ces événements d'un épisode qui marqua le couronnement du pape Clément V, à Lyon justement. Au cours de la cérémonie, un mur s'écroula, tuant plusieurs personnes et désarçonnant le pape lui-même. Au cours de cette chute, le nouveau pontife devait perdre la plus belle pierre de sa tiare, qui ne fut jamais retrouvée.... La Maison aux lions Qu'est devenu depuis le fabuleux diamant ? Il est difficile d'affirmer, d'autant plus que les possibilités de cachettes ne manquent pas dans le vieux Lyon et à Saint-Jean en particulier. Pourtant, à l'angle des rues de la Loge et Juiverie, au 23 de cette dernière, une grande bâtisse XVIIe attire l'attention. Mis à part ses dimensions imposantes, rien ne la distingue des autres habitations du quartier, sinon une façade sculptée de têtes de lions, toutes différentes les unes des autres. C'est la 'maison Lantillon', dite des Lions, bâtie en 1617 et qui fait actuellement office de fonderie d'or. Une légende, une tradition populaire plutôt, se rapportant à cette 'maison des Lions', a encore cours parmi les anciens du quartier Saint-Jean : une cassette, contenant une fabuleuse pierre précieuse, aurait été cachée là, scellée derrière une des têtes. L'analogie avec l'histoire du diamant, l'emplacement - rue Juiverie - en plein quartier juif lors de la Renaissance, laisse à penser qu'une fois de plus la légende rejoint l'histoire et vient la compléter. On peut très bien supposer que, de cachette en cachette, depuis l'empoisonnement du Dauphin François jusqu'à la construction de la maison Lantillon, le diamant ait finalement échoué derrière une de ces figures de pierre. L'alerte avait été chaude et, pour sauvegarder la pierre, ils durent sans doute redoubler de précautions. Or, la légende précise que la clef de la cachette réside justement dans certaines particularités des sculptures.... Cette piste semble la plus logique, mais elle n'est pas unique. Les innombrables puits et souterrains du quartier Saint-Jean peuvent constituer autant de cachettes valables. Au 21, rue Juiverie - édifice voisin de la maison des lions - existent trois niveaux en sous-sol, comportant des oubliettes, qui n'ont pas encore été mises à jour : ils sont seulement connus grâce à des anciens plans et devis conservés aux Archives de la ville. Un souterrain, passant sous la Saône, relie l'Antiquaille ù un hôpital situé en dessous de Fourvière ù à l'église d'Ainay. Du 12, rue Juiverie, part un souterrain que l'on peut suivre sur environ deux cents mètres, au delà desquels on se heurte à un éboulement. De même à partir du 16, rue du Boeuf, depuis un jardin en terrasse, un autre souterrain qui irait jusqu'à Vaise, gardé par deux portes de fer successives : au delà de la seconde, il n'est plus possible d'avancer. Pourtant, ce boyau était encore praticable au XVIIIe siècle, puisqu'il fut utilisé par le célèbre Mandrin, afin d'éviter les guichets de l'octroi. Et chaque immeuble, chaque 'traboule' possède son puits, depuis longtemps inutilisé. Il est bien évident que les Juifs de Lyon n'eurent que l'embarras du choix pour cacher leur diamant. Lyon est une ville de trésors En juillet 1966, des ouvriers occupés aux premiers travaux d'un parc à voitures souterrain, sous la statue équestre de Louis XIV, place Bellecour, découvraient un coffre contenant des portraits, médaillons et pièces de monnaie diverses, en or ou en argent, qui allèrent s'ajouter aux collections déjà impressionnantes du musée Saint-Pierre. Or une tradition, tenace et d'origine inconnue, affirmait justement l'existence d'un trésor sous la statue de Louis XIV. Peut-être en sera-t-il un jour de même pour le diamant des Juifs, et la pioche d'un chercheur ou la pelleteuse d'un ouvrier mettra-t-elle à jour la mystérieuse pierrerie qui valut la vie d'un Dauphin de France et, le roi y ressentant désormais trop de tristesse, ôta ainsi à la ville de Lyon toute chance de devenir capitale ? D. REJU