H1N1 : faut-il vacciner les personnes âgées ? Pour l'instant, les personnes âgées ne sont pas prioritaires dans les recommandations des autorités de santé, sauf en cas de facteurs de risque identifiés. Les épidémies de grippe sont associées à une mortalité cardiaque élevée et les vaccins ont un effet protecteur. Une enquête publiée mardi dans la revue médicale britannique The Lancet révèle que lors des épidémies saisonnières de grippe, entre 30 et 50 % des décès en excès sont dus à des attaques cardiaques. Ainsi, notamment pour les personnes âgées, le virus de la grippe ne tuerait pas directement, mais en favorisant la décompensation d'un état général fragile, notamment pour les plus de 65 ans. Ce travail réalisé par des chercheurs britanniques en santé publique suggère aussi que la vaccination réduirait ce risque de décès d'origine cardiaque lors d'épidémie de grippe. Dans le contexte actuel, et à la lumière de ces éléments, faut-il que les personnes âgées se fassent vacciner contre la grippe A (H1N1) pour se protéger contre cette surmortalité ? Pour l'instant, elles n'apparaissent pas comme prioritaires dans les recommandations des autorités de santé actuelles sauf en cas de facteurs de risque clairement identifiés. Chaque année 6 000 décès en moyenne sont liés à la grippe saisonnière. Cette surmortalité n'est en général observée qu'a posteriori. «Quand on examine la courbe du taux de mortalité de la population en fonction du temps, on se rend compte chaque année, qu'il y a un petit pic concomitant à l'épidémie de grippe, explique le Pr Antoine Flahault (épidémiologiste, spécialiste de la grippe, directeur de l'Institut des hautes études en santé publique). Cet excès de mortalité varie selon les années, de 1 000 à 8 000 décès annuels, décès qui ne sont mesurés que statistiquement et rétrospectivement.» «Hiérarchiser les priorités». Lors de la grippe saisonnière, 6 millions de personnes en moyenne contractent le virus en France, 6 000 en décèdent, soit un décès pour 1 000 malades (taux similaire au Japon, aux États-Unis et en Australie). Sur ces 6 000 décès, seuls 600 sont reconnus comme liés directement à la grippe comme l'indiquent les certificats de décès, les autres l'étant par l'analyse rétrospective. Par ailleurs, cette surmortalité liée à la grippe touche pour 90 % des plus de 65 ans et pour 87 % des plus de 75 ans. «On ne connaît pas la cause de ces décès. Il y a deux hypothèses, soit la grippe entraîne une décompensation d'une maladie préexistante chez la personne âgée, soit l'infection grippale viendrait déséquilibrer un état général fragile, ajoute Antoine Flahault. Dans 90 % des cas, le médecin n'associe pas le décès à la grippe. Cette analyse du Lancet apporte de nouveaux éléments dans ce débat.» Dans ces conditions, faut-il recommander la vaccination systématique des personnes âgées contre le virus H1N1 dans la mesure où une surmortalité non perceptible en temps réel n'est pas à exclure ? «Je pense que par précaution, étant donné ce risque de surmortalité que l'on ne pourra évaluer que rétrospectivement, il faudrait recommander le vaccin H1N1 à toutes les personnes âgées, répond le Pr Antoine Flahault qui estime aussi que c'est par précaution que l'on va vacciner contre le virus saisonnier. Pour l'instant, il est vrai, aucun élément sur la mortalité des personnes âgées ne met en évidence des données inquiétantes. «Un certain nombre de travaux indique que les personnes nées avant 1957 semblent relativement protégées contre cette grippe liée au H1N1, assure le Pr Paul Léophonte (professeur de pneumologie honoraire à Toulouse). Je pense qu'il faut bien hiérarchiser les priorités de vaccination, plutôt que faire des vaccinations de masse.» Selon le Pr Claude Hannoun, spécialiste de la grippe, il n'a pas été observé pour l'instant «de surmortalité par le virus H1N1 chez les personnes âgées, qui semblent moins sensibles à ce virus». En période d'incertitudes, il n'est pas simple de trouver les bonnes décisions à prendre en santé publique. Pour l'instant, les décès liés à la grippe A semblent toucher des personnes plutôt jeunes, souffrant souvent - mais pas toujours de pathologies associées. Le taux de décès avec le virus H1N1 serait de l'ordre de un cas pour 10 000 personnes infectées. Mais demande à être mieux précisé par des enquêtes complémentaires. Le virus saisonnier régresse. La semaine dernière, le ministère de la Santé a lancé comme chaque année la campagne de vaccination contre le virus de la grippe dite «saisonnière». À la différence près que cet événement a été initié plus tôt, pour éviter les interférences avec la vaccination contre le H1N1. Actuellement, le virus qui circule majoritairement en France, selon les données de l'Institut de veille sanitaire, basées sur des prélèvements systématiques, c'est le H1N1. Les autres, ceux de la grippe saisonnière, s'avèrent eux nettement minoritaires. De même aux États-Unis, si l'on en croit le site du Centre de contrôle des maladies d'Atlanta, le seul agent de la grippe qui frappe la population actuellement est le H1N1. Dans ces conditions, faut-il malgré tout se faire vacciner avec le vaccin saisonnier ? Oui, répond le ministère, conscient des incertitudes sur l'évolution de la situation, difficilement prévisible. Lors de pandémies passées, l'apparition d'un nouveau virus «phagocytait» les autres qui disparaissaient plus ou moins. En sera-t-il de même avec ce nouveau venu ? Nul ne le sait. Pour l'instant, les virus saisonniers n'ont pas totalement disparu. C'est pourquoi le ministère de la Santé recommande que les personnes de plus de 65 ans, celles souffrant d'affections longue durée, celles enfin atteintes d'asthme ou d'une autre maladie respiratoire bénéficient du vaccin contre la grippe saisonnière. H1N1 : enquête sur les risques du vaccin. Les experts se veulent plutôt rassurants, mais des incertitudes persistent. Vaccins mis au point à la va-vite, contenant des conservateurs ou des adjuvants potentiellement toxiques. Les plus folles rumeurs circulent à propos des vaccins contre la grippe pandémique A (H1N1), dont l'administration devrait commencer courant octobre en France. Selon un récent sondage, un quart des Français seraient totalement rétifs à la vaccination. Et la défiance n'épargne pas les professionnels de santé. La Coordination nationale médicale santé environnement (CNMSE), qui revendique un millier d'adhérents professionnels de santé, demande des preuves scientifiques «démontrant que cette vaccination est nécessaire et sans danger notamment pour les femmes enceintes et les jeunes enfants» . L'organisation s'inquiète par exemple de la présence d'adjuvants - produits destinés à amplifier la réponse immunitaire au vaccin - comme le squalène, «mis en accusation dans le syndrome des vétérans de la guerre du Golfe». Elle s'interroge aussi sur le thiomersal, «conservateur contenant du mercure». «Pour l'essentiel, les vaccins pandémiques ont la même composition que ceux utilisés sans problème depuis plus de soixante ans contre la grippe saisonnière», martèle le Dr Rebecca Martin, du bureau européen de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). «Les vaccins antigrippaux sont généralement bien tolérés, confirme le pneumologue Paul Léophonte, auteur de l'ouvrage Les Grippes en question (Éditions Privat). Les effets secondaires les plus fréquents sont des réactions locales. Plus rarement, on observe une réaction générale avec fièvre, fatigue, etc., rapidement réversible.» Quant aux complications neurologiques, tel le syndrome de Guillain-Barré - qui se traduit par des paralysies généralement régressives en quelques jours -, elles sont rarissimes : 1 cas sur 1 million. À part les antigènes viraux, quelles peuvent être les différences entre ces vaccins bien connus et les nouveaux vaccins pandémiques ? D'abord, la technique de production. Pour gagner du temps, l'américain Baxter a choisi de ne pas utiliser la classique culture sur oeufs embryonnés et d'opter pour des cultures de cellules Vero, provenant de singes. «C'est une technologie nouvelle, qui est encore en cours de tests cliniques, mais elle n'inspire pas de crainte particulière», assure le Dr Martin. Autre différence possible, la présence dans les vaccins pandémiques de conservateurs comme le thiomersal. Le recours à ce composé qui diminue le risque de contamination microbienne est justifié par le conditionnement en multidoses, mais sa composition à base de mercure inquiète les consommateurs. «Dans les années 2000, le thiomersal avait été retiré des vaccins car suspecté d'être à l'origine de troubles comme l'autisme, explique Fabienne Bartoli, de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Depuis, les études épidémiologiques ont montré que cette maladie continuait à progresser, ce qui est indirectement rassurant.» Selon elle, il est donc licite d'en utiliser, la balance entre ses bénéfices (certains pour éviter les contaminations bactériennes) et sa toxicité (non prouvée) restant positive. Qu'en est-il des adjuvants ? «Les vaccins saisonniers n'en contiennent pas, sauf le Gripguard (Novartis, NDLR), qui est surtout utilisé chez des personnes âgées, dont les réponses immunitaires sont plus faibles», indique le Pr Léophonte. Pour les vaccins pandémiques, les quatre laboratoires qui vont livrer la France ont leur propre stratégie. «L'intérêt de ces adjuvants est d'obtenir la même réponse immunitaire avec une quantité plus faible de vaccin. Dans une situation d'urgence sanitaire, cela nous permet donc de produire davantage», justifie Pascal Barollier, porte-parole de Sanofi-Pasteur. La firme mène des essais cliniques du vaccin contre le H1N1 avec ou sans un nouvel adjuvant, appelé AF03. «Au total, il a été testé sur plusieurs milliers d'individus», estime Pascal Barollier. Le recul est aussi limité sur l'adjuvant de GSK, appelé AS03, qui a été administré à environ 45 000 personnes, selon l'OMS. Novartis utilise un adjuvant nommé MF59, présent depuis plus de dix ans dans des vaccins saisonniers. «Plus de 40 millions de doses de cet adjuvant à base de squalène ont été administrées dans le monde, à des groupes à risques ou avec une immunosuppression, sans aucune alerte de pharmacovigilance», assure le Dr Martin. Chez Baxter, aucun adjuvant n'est utilisé. Dans son avis sur la stratégie vaccinale, le Haut Conseil de la santé publique a recommandé de préférer les vaccins non adjuvantés dans certains groupes de populations (femmes enceintes et nourrissons, notamment). Vaccination élargie. En l'absence de données à grande échelle sur les nouveaux adjuvants, le Pr Léophonte s'interroge cependant sur le bien-fondé d'une vaccination de masse. «Le vaccin se justifie chez les personnes à risque de formes graves. Mais il faut rester prudent quant à une campagne à grande échelle, qui multiplie les risques d'effets secondaires exceptionnels», relève-t-il. D'autres experts reconnus sont favorables à une vaccination élargie, pour protéger à la fois l'individu et la collectivité. Même si les technologies de fabrication des vaccins antigrippaux ont évolué ces dernières décennies, les 532 cas de Guillain-Barré (dont une trentaine mortels) survenus aux États-Unis en 1976 après la vaccination hâtive de 40 millions de personnes sont dans toutes les mémoires. «Les pays devront mettre en place des systèmes de pharmacovigilance réactifs et communiquer entre eux en temps réel», insiste Rebecca Martin. source: LeFigaro.fr