Futur téléscope géant: le désert chilien espère son "oeil dans l'espace" Dans le désert du nord chilien, des astronomes scrutent le site d'Armazones, un des deux candidats avec l'archipel des Canaries (Espagne) pour accueillir le futur téléscope géant européen (E-ELT), annoncé comme "l'oeil le plus puissant" ayant jamais observé l'espace. Avec son altitude (3.050 m), ses ciels dégagés 360 nuits par an, et les proches infrastructures de l'Observatoire du Mont Paranal, également dans le désert d'Atacama, le Mont Armazones est persuadé de tenir le bon bout, pour ce projet exaltant attendu par l'astronomie et l'astrophysique mondiales. Le téléscope géant européen (E-ELT, European Extremely Large Telescope en anglais) de l'Observatoire européen austral (ESO), qui devrait être construit à partir de 2011 et opérationnel en 2018, aura un miroir d'un diamètre sans précédent de 42 mètres. Pour donner une idée de son potentiel futur, son petit frère (8,2 m de diamètre) le Trés grand téléscope (VLT) de Paranal, a réussi à capter en 2009 "l'objet" le plus ancien jamais observé dans l'univers: une "flambée" après une explosion survenue il y a plus de 13 milliards d'années, soit 600 millions "à peine" après le Big Bang. Le téléscope E-ELT pourrait "révolutionner notre perception de l'univers", prédit l'agence intergouvernementale de recherche ESO, grâces à ses données sur des planètes extra-solaire, les toutes premières étoiles, la matière noire, la formation de l'univers. Pour l'astronome allemand de l'ESO Wolfgan Gieren, en repérage cette semaine au Chili, un téléscope comme l'E-ELT va spectaculairement accroître les chances d'observer "d'ici moins de 15 ans" des planètes similaires à la terre en d'autres systèmes solaires "et peut-être sur elles des signes de vie". "Il s'agira du plus grand téléscope du monde, qui restera le plus grand pour longtemps, ce qui veut dire que nous devons sélectionner le meilleur site", explique à l'AFP Massimo Tarenghi, astronome italien membre de la délégation de l'ESO venue à Armazones, à 1.100 km environ au nord de Santiago. "Le Chili a un site super, le meilleur du monde, aucun doute là-dessus", ajoute Tarenghi, qui s'empresse d'ajouter que rien n'est joué, que l'ESO "devra étudier les propositions chilienne et espagnole, évaluer aussi des critères de fonctionnement, de travaux, de coûts de production". Les astronomes chiliens sont intarissables sur les avantages comparés du site d'Armazones, une "conjugaison de facteurs" donnant un panorama céleste d'observation exceptionnel, dans cette zone considérée comme une des plus arides de la terre. "Les nuages haut sont déviés, au-dessus du Pacifique par une zone de haute pression, et ne parviennent pas à terre par l'Ouest, tandis qu'à l'Est, es hauts sommets de la Cordillère des Andes empêchent humidité et nuages venus de l'Atlantique", explique l'astronome chilien Mario Harmuy. En altitude, la lumière des étoiles traverse moins d'atmosphère et se déforme moins, ajoute-t-il, n'omettant pas de glisser que ce massif en altitude du nord Chili est moins sujet aux tempêtes que l'archipel des Canaries au large de l'Afrique du Nord-Ouest. Pour appuyer le dossier chilien, l'Etat est disposé à céder à l'ESO les 600 hectares nécessaires au fonctionnement de l'E-ELT, a assuré le directeur de l'Energie, des Sciences et Technologies au ministère des Affaires étrangères, Gabriel Rodriguez. Le dossier du Chili devrait être remis à l'ESO la semaine prochaine, une décision pourrait intervenir dès mars.