Du mercure ou du bisphénol A dans les caries dentaires ? Principe de précaution contre nécessité de soins, les dentistes risquent d'être bientôt confrontés à un réel problème. Faute de nouveaux matériaux de comblement sûrs, le professeur Goldberg s'inquiète d'un possible "retour au Moyen Âge". Avec quel matériau les dentistes pourront-ils boucher demain les dents cariées ou empêcher l'apparition de cette affection si fréquente ? La question taraude le professeur Michel Goldberg, spécialiste en odontologie (Inserm U 747 et université Paris-Descartes). Dans le dernier numéro de la revue Le chirurgien-dentiste de France, il s'inquiète des possibilités futures de soigner les dents abîmées en raison de la probable interdiction - à plus ou moins long terme - d'employer des matériaux contenant du mercure, et donc de "réaliser des restaurations à base d'amalgame d'argent, dont l'efficacité clinique n'est plus à démontrer", et des mesures attendues concernant le bisphénol A, qui est présent dans toutes les résines actuellement utilisées en dentisterie. Concernant les "plombages" qu'il n'a jamais cessé de défendre, le spécialiste n'y va pas de main morte : "Les campagnes anti-amalgame nous font perdre un temps qui aurait pu utilement être utilisé. (...) Quand, grâce à ces groupes mono-obsédés par les méfaits du mercure, les patients ne pourront recevoir que des ersatz éphémères, nous en arriverons au règne de l'obscurantisme et à la régression vers un Moyen Âge." Certains dentistes français continuent à préférer les amalgames classiques, car ils sont plus faciles à poser et plus résistants. Et pourtant, l'Organisation mondiale de la santé a préconisé dans un récent rapport l'utilisation de matériaux de remplacement permettant d'éviter de recourir au mercure. La Norvège, la Suède et le Danemark viennent d'interdire les amalgames dentaires et le Conseil de l'Europe a adopté en mai une résolution visant à suivre un chemin similaire. La France est le seul pays à s'y opposer... Principe de précaution Cependant, il reste encore aux dentistes la possibilité de restaurer les pertes de substance des dents soit par des résines composites soit par des "ciments verre" modifiés par des résines. Ils peuvent également toujours prévenir le développement de lésions carieuses chez les jeunes patients grâce au scellement des sillons dentaires au moyen de résines. "Hélas, trois fois hélas, ces temps risquent aussi d'être révolus, car la présence de bisphénol A vient dorénavant présenter une question angoissante", écrit le professeur Goldberg. Selon lui, ce perturbateur endocrinien se trouve aujourd'hui logiquement mis au banc des accusés en raison de données de laboratoires obtenues in vitro sur des cultures cellulaires ou tissulaires, ainsi que de résultats des expérimentations animales. Mais ensuite, concernant l'homme, il ne s'agit que d'extrapolation. De plus, si du bisphénol A est effectivement libéré dans la salive trois heures après la mise en place de la restauration dentaire, la dose n'a pas été correctement évaluée, ni à court ni à long terme. Néanmoins, en raison de l'application du principe de précaution, la prudence s'impose. Avec toutefois une conséquence directe pour les dentistes : le choix du matériau de restauration qu'ils auront le droit d'employer à l'avenir. Que leur restera-t-il comme possibilité "sinon des ciments éphémères ou de ne plus soigner, quelles qu'en soient les conséquences ?" redoute le professeur Goldberg. On peut toutefois espérer que les laboratoires concernés travaillent déjà activement à la mise au point de nouveaux produits plus sûrs... source: le point